LE RAPPORT PÉRÈS
Le mardi i6 juillet 1918 commencèrent, devant le Sénat réuni en Haute-Gour de Justice, les débals du procès Malvy.
M. Eugène Pérès, ancien bâtonnier du barreau de Toulouse, est sénateur de la Haute-Garonne. Son rapport n'est pas une œuvre exempte de toute critique, mais on ne peut lui dénier de grandes qualités de clarté, de logique et de fermeté.
I, i4, rue Laferrière, à Paris.
J'en parle avec d'autant plus d'impartialité que, comme on le verra, M. Pérès n'a nullement cherché à mériter mes suffrages. Dès le début de son rapport, en effet, il fait de consciencieux efforts pour essayer de prouver que ma lettre au Président de la République ne contenait que trois accusations contre M. Malvy et que ces trois accusations n'étaient pas fondées. Mais, si l'honorable rapporteur semble n'avoir voulu retenir que les chefs d'accusation énumérés dans ma lettre à titre d'exemple, il n'en a pas moins été amené à examiner, et avec quelle sollicitude, se conformant cette fois, qu'il le veuille ou non, aux termes mêmes de ma lettre ci -dessus visée, la gestion de M. Malvy pendant ses trois années de ministère de igi/i à 1917.
Cet examen détaillé Tamena à faire des recherches, des confrontations, des enquêtes, qui firent découvrir des complots, des complicités plus graves que ne le faisait même supposer ma lettre au Président de la République.
Le but vers lequel je tendais était donc ainsi atteint. La trahison enfin dévoilée, le pays sauvé. Que pouvais-je demander de plus!
Aussi on se doute de l'accueil que le rapport Pérès recueillit dans la presse rnalvyste. M. Pérès y est qualifié de « sectaire réactionnaire » .
Le Journal du Peuple écume.
Aussi loin qu'on remonte dans les annales de la Justice je ne crois pas — écrit l'ancien censeur Armand Charpentier — qu'on puisse trouver un document où l'inconscience, le parti pris, la haine et la sottise soient accumulés avec plus d'abondance que dans le rapport de M. Pérès.
On verra, par la suite, que le réquisitoire de
M. Mérilloa n'a pas beaucoup plus de succès auprès de nos naalvyates. D'ailleurs l'article reproduit est intitulé : « Le Roy a trois procureurs », votre serviteur, MM. Pérès et Mérillon et, en ma compagnie, ces magistrats sont eux aussi flétris à jamais !
M. Pérès, après avoir rappelé l'arrêt de la Haute- Cour de Justice du 28 Janvier, ordonnant un supplément d'information sur les poursuites dirigées contre M, Malvy. résume la double accusation soup laquelle la Chambre a renvoyé Malvy devant !c Sénat,
Malvy a-t-il profité de son admission au Gomiti' de guerre pour prévenir l'ennemi de l' offensive d'avnl 191 7 P M. Pérès estime que les déclarations du témoin entendu rogatoirement devant la commission ne permettent pas d'arriver à cette conclusion.
L'ennemi n'est-il pas d'ailleurs renseigné par d'autres moyens?
(c Les mouvements de troupes et de matériel, les conversations téléphoniques surprises no permettaient pas de dissimuler, dit le rapport Pérès, notre offensive. Il n'y avait pas de surprise possible. Nous connaissions les projets de l'ennemi comme il con naissait les nôtres. »
« Qu'importe, après cela, dit le rapporteur, l'accession du ministre de l'Intérieur au Comité de Guerre? »
Cette impossibilité d'agir par surprise a été contredite à maintes reprises par les faits depuis l'affaire du Chemin des Dames, notamment lors de l'avance allemande sur Château-Thierry en juin dernier.
c( A propos des indiscrétions commises à l'occasion de la Dobroudja j'aurais, dit le rapporteur, été amené à lier ensemble deux affaires, celle du
Chemin des Dames et celle des Papiers d'Orient; le 6 octobre 191 7 en effet, je déposais devant le capitaine Bouchardon qu'un document secret, concernant les armées d'Orient, aurait été passé par Malvj à Leymarie et de là à Paix-Séailles, lequel le remit à Almereyda. Ce document mentionnait jes raisons pour lesquelles une offensive des armées de Saionique était interdite aiix Alliés pour le moment. Almereyda, disais-je, fit diligence et communiqua aussitôt par sa voie ordinaire, c'est-à-dire par Duval, le document à la police allemande de Mannheitn, celle ci le transmit à Berlin et le gouvernement impérial prévint aussitôt les Bulgares, qui attaquèrent les Roumains avec le succès que l'on sait. »
M. Pérès déclare que le point de départ des conclusions accusatrices n'a point une valeur indiscutable et que le général Sarrail aurait témoigné que les renseignements étaient connus de tous et se trouvaient dépourvus de portée pour i'onnemi, les plans ayant été changés.
Au surplus, conclut le rapporteur, la poursuite judiciaire, parallèlement menée, n'a jamais impliqué iMaivy.
Mutineries militaires. — La question des mutine ries militaires est une question d'une exceptionnelle gravité. Mais je suis oblige de rappeler encore ici les termes de ma lettre au Président de la République, h'iâ termes de M. Pérès, ci-dessous rapportés, semblent vouloir faire supposer que j'ai spécialement fait allusion, dans cette lettre, à l'affaire de Cœuvres. Il n'en est rien.
Sochez aussi que des docviments d'une authenticité indiscutable montrent la main de Malvy et de la Sûreté
330 LE POiGNAHD DANS LE DOS.
générale dans les mutineries militaires et dans les tragiques événements du mois de juin 191 7.
Ce n'est donc pas uniquement à l'affaire de Gœuvres que je faisais allusion, mais à toutes les mutineries militaires en général, et elles furent malheureusement fort nombreuses à un moment donné.
(( Dans ce qu'il appelle l'affaire de Cœuvres, dit le rapporteur, M. Daudet s'appuyait sur une note du 10 septembre Î917, fournie par M. le Sénateur Bérenger à la commission du contrôle des étrangers.
« Aux termes de cette note, à Cœuvres, le 3 juin 1917, des individus, vêtus d'un uniforme militaire démarqué, auraient été surpris parmi les hommes, les excitant après les avoir fait boire. Le lieutenant Godon, accompagné du sous-lieutenant Mariller, ayant interpellé l'un d'eux pour lui reprocher son abominable métier, celui-ci lui aurait fermé la bouche en exhibant une carte d'agent de la Sûreté. C'est sur cet incident particulier que s'établirait la conclusion généralisée que le mouvement de révolte aurait été l'œuvre du ministère de l'Intérieur. »
Dans quelle mesure, si cet acte était établi, serait-il permis, se demande M. Pérès, d'en faire remonter la responsabilité jusqu'à M. Malvy.^
Le rapporteur examine l'intervention, dans cette affaire, d'un soldat nommé Damiron, chef du contentieux à la Compagnie Gresham, chargé de la défense de certains mutins devant le Conseil de guerre. Au cours de ses démarches pour obtenir une commutation de peine en faveur d'un malheureux égaré par des excitations, il fit à M. Chesnau, secrétaire de M. le sénateur Bérenger, le récit d'une conversation avec le sous-lieutenant Mariller. Celui-ci lui aurait révélé que, pendant les émeutes, le lieute-
LES DÉBATS. a5l
nant Godon se serait trouvé en présence d'un homme, vêtu d'un uniforme sans écusson ni numéro, se prétendant représentant de la Sûreté. Les déclarations ultérieures des témoins Mariller et Godon ont eu du mal à détromper Damiron. Elles ont néanmoins semblé pérempcoires à la Commission.
Par malheur, continue M. Pérès, cet incident n'est pas unique. Il n'est qu'un des trop nombreux épisodes d'un vaste complot militaire sur lequel ne peut pas ne pas se projeter l'intégrale lumière de la justice.
Il est indispensable, à mon avis, pour connaître la gravité des événements auxquels le Rapporteur fait allusion de reproduire ici quelques passages du rapport, rédigé le 5 juin 191 7, par le lieutenantcolonel Dussauge.
Le 2 juin, à midi, le R. I. recevait l'ordre prépa-
ratoire de quitter le cantonnement de Cœuvres dans la nuit suivante pour se rendre à Bucy-le-Long. Je fis transmettre aussitôt l'ordre aux bataillons et rien alors ne pouvait laisser prévoir qu'il serait difficilement exécuté. A vrai dire, le spectacle scandaleux offert par d'autres unités les jours précédents avait causé un malaise visible dans la troupe. Le 3o mai, le R. I. avait traversé
nos cantonnements en camions automobiles, les hommes brandissant des fanions rouges, hurlant l'Internationale (des officiers ont été remarqués chantant avec la troupej et jetant à nos soldats des appels à la a grève » et à la rébellion. Pareille attitude avait été relevée le lendemain parmi les hommes du régiment de , trans-
portés également en camions. Le contact du R. ï.
dans un cantonnement voisin, le passage des relèves des et régiments avaient laissé des impressions net-
tement démoralisantes. Enfin les hommes du régi-
ment n'ignoraient pas que des incidents avaient éclaté
aux , etc., et ces incidents avaient été natureUement très exagéi'és.
Le détachement fort de hommes, tous armés,
refusa de m'écouter; les soldats, sans m'insulter, sans me bousculer, s'écartaient à droite et à gauche, et continuaient la marche. — Beaucoup me saluèrent. — De là, ils se répandirent dans Cœuvres pour entraîner le bataillon, en tirant en l'air des coups de fusil, en usant de la force pour se faire suivre de leurs camarades. La compagnie, en grande partie, obéit aux mutins. Au total, meneurs et terrorisés, hommes prirent la route
de Villers-Gotterets, en déclarant qu'ils marchaient sur Paris après s'être joints aux hommes qui les atten-
daient dans la forêt de Gompiègne. Mais plus de re-
vinrent à la faveur de la nuit, et le reste ne dépassa pas les bois immédiatement au sud de Cœuvres.
Actuellement, il reste manquants. (Le 5 juin au
matin.)
L'incident de Cœuvres ainsi relaté venait donc au lendemain de la mutinerie du d'infanterie qui n'était pas sans influence sur lui, on vient de le voir. Celle-ci, elle-même, jointe à une manifestation semblable du régiment, était signalée par le général Pétain, à la fin d'un rapport au ministre de la Guerre du 29 mai 191 7, rendant compte que ces deux formations avaient décidé de marcher le lendemain sur Paris, et faisant l'exposé des actes d'indiscipline collectifs qui se multipliaient, de façon inquiétante, depuis quelques jours.
Depuis quelques jours, les actes d'indiscipline collectifs et les manifestations se multiplient de façon inquiétante. Ils sont certainement organisés, et laissent pressentir des mouvements plus sérieux.
Ces douloureuses révélations soulèvent dans l'assistance une émotion considérable. Cris, protesta-
tions, puis le calme renaît, et M. Pérès continue sa lecture.
Dans l'ordre chronologique, les troubles se placent simultanément du mois de mai à la mi-juin 1917. C'était une véritable offensive contre le moral de presque tout le front et de trop nombreux enfants de France, de bons soldats, même des héros, ont dû porter le poids immédiat des responsabilités plus ou moins conscientes. Vlais les vraies responsabilités étaient ailleurs et la Commission, pour les déterminer, s'est crue obligée de remonter aux mutineries. Ses recherches, comme on va le voir, n'ont pas été vaines.
Ces causes ont été envisagées dans des documents dont on ne saurait contester l'importance. Ils émanent du général Pétain et du lieutenant-colonel Dussauge. Dès le 29 mai 191 7, le rapport du général Pétain les voyait telles qu'elles ont été ensuite dénoncées par le lieutenant-colonel Dussauge.
Sans doute il est possible que les mutineries militaires aient pris dans une certaine mesure, mais très faible, quelques prétextes d'ordre militaire .'désillusion de l'offensive de Champagne en avril, retards dans les permissions. Mais ces motifs ne sont qu'occasionnels et ils n'auraient jamais à eux seuls produit Texplosion constatée. Cette atmosphère a été exploitée par les meneurs, qui ont eu le talent de masquer ainsi ce qu'avait d abominable leur entreprise antipatriotique.
Ce mouvement a une paternité supérieure, capable d'un effort prolongé, continu, d'une action habile, tenace. Et cette paternité a sa reconnaissauce dans des signes de ressemblance irrécusables. Dans les réponses des mutins on retrouve tout le
a54 LE POIGNARD DANS LE DOS.
symbole des apôlres minoritaires ou anarchistes, tous les couplets de leurs réunions, tous les thèmes de leurs journaux oa de leurs tracts : a La victoire est impossible, le Gouvernement nous bourre le crâne, la poursuite de la guerre c'est la famine, les étrangers prennent la place des combattants... », etc. (On retrouve là les thèmes favoris du Bonnet Rouge, de la Tranchée Républicaine, du Pays.) S'il faut une preuve nouvelle des sources d'imputation, on la trouve dans le personnel qui a conduit l'altaque.
Plusieurs malheureux, qui avaient pris l'initiative de la rébellion, ont fait des aveux impressionnants, au moment d'être conduits au poteau d'exécution. L'un, appartenant à la X^ armée, a reconnu avoir cédé à l'entraînement d'une organisation centrale de l'intérieur, qui possède des correspondants chargés de répandre ses instructions et ses mots d'ordre dans les régiments. Un autre a déclaré textuellement :
Le mouvement a été organisé par quelques-uns, avec lesquels nous étions en correspondance assidue. Le mot d'ordre a été donné pour une date déterminée , dans certains régiments... ainsi en même temps que le 18^ R. /., trois autres régiments devaient refuser de marcher. . . nous avons été des poires. . . ce n'était pas prêt. Ces chefs de file ont donc eux-mêmes obéi à des directions émanant d'individualités dont l'action était concertée et que l'on devait rechercher parmi les propagandistes de l'intérieur, bien connus d'ailleurs et signalés quotidiennement dans la presse; et le ministre de l'Intérieur (Malvy) avait incontestablement le devoir de prendre à leur égard toutes les mesures édictées par la loi.
Les a-t-il prises?
Le rapporteur est forcé de reconnaître que non
et que non seulement il ne les a pas prises, mais que ses servicee, à qui ce soin incombait, la Sûreté générale, la Préfecture de police, non seulement ne faisaient rien, mais mettaient même une mauvaise volonté évidente à rechercher les criminels qui lui étaient signalés.
L'autorité militaire voulait-elle agir ? Malvy s'opposait personnellement, rarement de façon ouverte, mais par des moyens détournés, aux mesures que le G. Q. G. jugeait indispensable de prendre contre la racaille défaitiste, dont on lui signalait les agissements»
Cette ingérence de l'autorité militaire ne fut pas longtemps du goût de Malvy, et il s'employa avec succès à l'annihiler.
Les relations du Gouvernement militaire de Paris et de la Préfecture de police furent d'abord cordiales, ce fut alors, selon l'expression du général Clergerie « la lune de miel ».
Elles devinrent au contraire très tendues à partir de l'atifaire Desclaux. C'était, en effet, le deuxième bureau du gouvernement militaire qui avait fait arrêter Desclaux, ami personnel de Joseph Caillaux ; la préfecture de police ne le pardonna pas au Gouvernement militaire et Maunoury , directeur du cabinet de la Préfecture de police, ami de Leymarie, fit dès lors une opposition « enflammée » à l'œuvre du deuxième bureau. C'est le général Clergerie qui la qualifia ainsi.
L'affaire Garfunkel mit également aux prises, dit M. Pérès, le deuxième bureau du Gouvernement militaire et la Préfecture de police. Mis au courant des poursuites qui allaient être dirigées contre lui, l'inculpé, dit le général Clergerie, en profita pour
:i56 LE POIGNARD DANS LK DOS.
prendre la taite et passer en Suisse, où ce n'était plus l'autorité militaire mais la Sûreté générale qui devait s'occuper de lui. Or la Sûreté générale était sous l'autorité du ministre de l'Intérieur. Le Gouvernement militaire s'adressa donc à la Sûreté générale, pour lui demander de faire procéder à Farresta tion de Garfunkel. Celle-ci manifesta une mauvaise volonté évidente, envoyant à Tinculpé, pour l'arrêter, deux de ses amis. Il fallut que le généial Clergerie déléguât le commandant Baudier, chef de son deuxième bureau, afin de signifier à M. Richard, directeur de la Sûreté, qu'à défaut d'arrestation immédiate il opérerait lui-même, pour amener, trois jours après, cette arrestation, à la profonde stupeur de Garfunkel, qui n'en croyait pas ses yeux. Il a été, après extradition, condamné, on le sait, k^ cinq ans de prison.
Mais, continue le rapporteur, ce succès du Gouvernement militaire devait se racheter.
Est-ce pour arriver à ce résultat qu'on a suscité l'affaire Kovacs ^
Je passe sur cette affaire scandaleuse à laquelle j'ai fait, comme pour là précédente, maintes fois allusion dans l'Action Française et qu'a analysée Clemenceau le 2 2 juillet 191 7, dans son discours liistorique au Sénat.
Nous sommes dès maintenant en plein antagonisme de Malvy et du deuxième bureau. Malvy reprocha, en mars 1916, devant la Commission du budget de la Chambre, au deuxième bureau de faire de la politique, mais il dut se rétracter quelques jours après. Effectivement on ne trouva, dans l'exercice du deuxième bureau, aucune immixtion d'ordre politique. Une seule dé ses surveillances a
été de nature à atteindre gravement un homme public — et Caillaux — et encore n'en a-t-il pas eu l'initiative, c'est dans l'affaire Lipscher \
On trouvera dans les Procès de trahison tous les détails concernant cette significative affaire.
Rapports de la Sûreté générale et de l'autorité imliiaire, — A partir du 3i janvier 19 16, date de la suppression du deuxième bureau, l'armée se trouva privée de toute relation directe avec la Préfecture de police. Il semblait donc indiqué que celle-ci et la Sûreté générale dussent accomplir avec d'autant plus de zèle le rôle de surveillance sur les suspects et les défaitistes. On va voir qu'il n'en sera rien, bien au contraire.
Au mois de décembre 19 16, le général en chef signalait au ministère de la Guerre la propagande antimihtariste de l'intérieur et demandait que la Sûreté générale lui communiquât ses renseignements à ce sujet. Le Gouvernement militaire décida alors de désigner un officier chargé d'établir la liaison entre l'autorité militaire et la Sûreté générale. M. le lieutenant Bruyant fut chargé de remplir cette mission.
(On se souvient que M. le lieutenant Bruyant fut, à la suite de sa déposition accablante dans l'affaire du Bonnet Rouge y injurie par toute la presse malvyste, caillautiste et défaitiste.)
Voilà donc le lieutenant Bruyant, dit le rapporteur, chargé d'établir les relations entre la Sûreté générale et les armées. Le Livre Rouge des suspecte lui fut à ce titre communiqué. En dehors de ce document, il n'en reçut que d'anodins, tendant à
I. Voir le développement de ces affaires dans la Bévue des Procès de trahison.
POIGSARD DANS f,E DOS. 17
faire croire qu'il n'y avait "pas de sérieuse propagande défaitiste. Il arriva cependant à tirer de M. Hudelo, alors directeur de la Sûreté générale, un certain nombre de renseignements et de rapports.
Alors, le lieutenant Bruyant obtint du général Nivelle, commandant en chef, qu'il écrivît, en février 191 7, une lettre au ministre de l'Intérieur, dénonçant la propagande pacifiste de l'intérieur et demandant que des mesures énergiques fussent prises pour y mettre fin.
« Le général Nivelle dénonçait particulièrement l'action de Merrheim, de Sébastien Faure et d'Hubert.
u Cette lettre du commandant en chef fit l'effet au ministère de l'Intérieur d'un pavé dans la mare aux grenouilles. Les services responsables du ministère s'émurent; le ministre, M. Maly, déclara que la lettre était un coup de poignard dans le dos. Il sollicita pour ainsi dire du commandant en chef qu'il fit amende honorable. »
Où l'attitude de l'Intérieur parut encore plus suspecte, ce fut aux mois de mars et d'avril, à la veille des graves mutineries qui devaient se produire en mai et juin. A ce moment critique, l'Intérieur, dit le lieutenant Bruyant, « se montra de glace ».
« On ne fait rien, dit le témoin, il y a comme une sorte de trêve. »
Cependant, du 11 au 22 avril, se succèdent des correspondances dénonçant quantité d'actes ou de gens coupables de propagande pacifiste ; du 1 1 mai au 4 juin, des notes sur les menées anarchistes révolutionnaires.
Le 2 juin, le général Pétain signale au ministre
de l'Intérieur les mesures à prendre pour poursuivre les organisations de propagande. Le 4 juin, il rappelle qu'on a a signalé à l'Intérieur, le i4 avril, la propag;ande qui a fait son œuvre » et il souligne que sa continuation prouve l'inefficacité des mesures prises.
C'est alors que Leymarie, devenu sur ces entrefaites — ô honte 1 — directeur de la Sûreté générale, supprime les relations mensuelles entre le G. Q. G. et celle-ci, et déclare que « c'est le front qui a troublé l'arrière » .
Conclusion : Le ministre a été prévenu et l'autorité militaire s'est plainte de a l'inefficacité des mesures prises par lui >). Les mutineries ont éclaté et la patrie a été en danger.
Le Carnet B. — ^L Pérès explique alors qu^ la Commission d'instruction a cru devoir rechercher, par une enquête sur les faits et les actes, quelle avait été l'attitude générale du ministre de l'Intérieur, et la façon dont il s'était comporté dans l'ensemble des services de sa charge, pour la sauvegarde de l'intérêt national. Et c'est dans ces conditions que le rapport aborde la question du Carnet B, qui, dressé avant les hostilités, comprenait 2,5oi noms de suspects français et étrangers, à arrêter au moment de la mobilisation. Or, dès le 2 août, le ministre de l'Intérieur donna des instructions pour qu'on n'arrêtât pas les individus de nationalité française portés au Carnet Bpour raisons politiques.
MalvY ne manquera pas de dire qu'il a eu raison de faire confiance à ce mcment-là à la classe ouvrière. Le5 événements postérieurs démontrent-ils que la politique suivie par lui à ce moment-là ne fut pas téméraire?
fl6o LE POIGNARD DANS LE DOS.
Tout d'abord il ne faut pas confondre, comme le fait injurieusement Malvy, la classe ouvrière avec les individus portés sur le Carnet B.
La classe ouvrière, digne de ce nom, est composée de braves gens, de bons Français et n'a rien à voir avec les inscrits du Carnet B.
Le carnet B renfermait en effet 2 5oi noms de suspects français et étrangers. Ces suspects étaient classés en deux catégories :
i" Les gens dangereux pour l'ordre social.
2"" Des espions ou suspects d'espionnage.
Malvy et Almereyda. — Pendant plusieurs mois, dans l'Action Française et dans La Guerre totale, j'ai dénoncé le rôle criminel de cet ancien directeur du Bonnet Rouge. On apprendra sans surprise qu'il était un des inscrits du Carnet B.
Almereyda a-t-il joué auprès de M. Malvy, se demande M. Pérès, comme on l'allègue, le rôle de conseiller intime?
Almereyda, dit le rapporteur, venait tous les jours au ministère de l'Intérieur, souvent avec Landau, Goldsky et autres, et cela jusqu'à la veille de son inculpation. Les divers fonctionnaires du ministère de l'Intérieur entendus sur ce point sont unanimes.
M. Richard, comme M. Hudelo, se montrèrent surpris de ces fréquentations intimes du ministre avec un homme taré. M. Malvy, confirmé par M. Leymarie, prétend ne se souvenir que de cinq ou six visites d' Almereyda jusqu'en juillet 1916. A cette époque, éclairé sur son compte, M. Malvy aurait rompu avec lui.
Or, il est prouvé que M. Malvy recevait encore Almereyda en septembre 191 6 et même en mars 191 7.
A cette époque même, il amenait le sieur Gahen — le Gahen de Gaïffa — à verser une subvention au Bonnet Rouge.
Après avoir exposé les conditions dans lesquelles, sur les démarches réitérées de Le) marie, Goldsky chtint des sursis d'appel, M. Pérès parle des relations d'Almereyda avec les escrocs Rabbat et Zucco.
Quel pouvait ê-tre le fondement de l'influence d'Almereyda? L'hypothèse que fait le rapporteur est qu'en réalité, si Almereyda jouissait d'une telle faveur auprès de M. Malvy, c'est peut-être qu'il était cautionné par une haute personnalité politique, Joseph Caillaux.
En eôet cêlui-ci n'avait-il pas versé à Almereyda des subventions '?
De l'action occulte d'Almereyda, M. Pérès multiplie les formidables et scandaleux exemples.
Tel est le régime de confiance et de liberté fait aux suspects. Nous allons voir ses résultats.
Propagande -pacifiste. — Toute l'année 1914, ait M. Pérès, s'est écoulée sans agitation suscitant Tinquiétude. L'ennemi se croyait certain d'obtenir par les armes une victoire rapide. Mais, à partir de 1916, les déceptions de son offensive l'acculèrent aux pires moyens. N'ayant pu nous vaincre sur le terrain militaire, il va tentor de nous affaiblir en entretenant à l'arrière une propagande défaitiste dont il escomptait les effets démoralisants sur le front. Cette propagande (( n'a pas cessé d'être signalée au jour le jour par les préfets des départements, par les commissaires en province, par le Préfet de Police et par le Service du Contrôle de la Sûreté dans des notes et dans des rapports communiqués au directeur de la Sûreté générale qui les a communiqués toujours au Ministre » .
C'est ainsi que s'exprime un fonctionnaire des plus distingués, M. Moreau, Contrôleur général en
retraite des services de police administrative aa ministère de l'Intérieur.
La situation en 1916 révèle un mal latent qui impose la vigilaace. La Sûreté générale, qui juge la situation grave, essaye alors de dresser un tableau aussi complet que possible, de tous ces symptômes morbides. C'est le « Livre Rouge ».
Le 6 janvier, continue le rapporteur, le journal Ce qu'il faut dire publie intécj raie ment, sous la signature de Sébastien Faure, un manifeste cependant largement échoppé par la censure et imprimé à (^ La Ruche » . Avis en est donné à la Préfecture de Police. Le rapport est classé au dossier de la propagande avec la mention suivante : « Après avis du Cabinet (M. Maunoury), consulté M. Hudelo directeur de la Sûreté Générale :
(( Pas de perquisition, ni au domicile de Sébastien Faure, ni au journal Ce qu'il faut dire. »
Visxà-vis des anarchistes étrangers, ce sont les mêmes coupables complaisances. Ici se place l'analyse de la dramatique affaire Mauricius.
La notoriété de Sébastien Faure est plus vaste, dit M. Pérès. C'est en effet un des premiers rôles de la propagande défaitiste et l'on reste frappé de stupeur en voyant les complaisances, je dirai même les complicités, qu'il trouve dans les circonstances les plus honteuses. C'est ainsi que le ministre de l'Intérieur subventionne notamment l'ignoble établissement pseudo-scolaire connu sous le nom de c La Ruche )) où Sébastien Faure avait repris l'enseignement en commun du vice et de l'impudeur pratiqué précédemment par le trop fameux Robin de Cempuis. Malvy intervient aussi personnellement pour arracher. Sébastien Faure aux mains de la Justice.
Le Conseil des Ministres fut un jour saisi d'une demande de poursuites contre cet ignoble individu. M. Sembat opina pour un simple avertissement. Cet avis prévalut et M. Autrand, alors préfet de| Seineet-Oise, fut chargé par Malvy de convoquer Sébastien Faure.
L'entrevue avec le ministre eut lieu le 26 janvier i()i5 et, dans un tract imprimé à u La Ruche )), Sébastien Faure en fit le récit qui sera traduit en russe et inséré dans le Natché-Slovo du 16 février. Or, peu de jours après cette publication, Malvy manifestait à M. Autrand le désir de conférer avec Sébastien Faure, en ATie de lui faire modifier quelques passages de sa version. Et, en effet, peu de jours après, paraissait une deuxième édition de ce tract où toute une partie était supprimée.
Des explications embarrassées de Malvy lui-même, il résulte qu'il a détruit, jeté au feu des pièces, des dossiers publics relatifs aux menées anarchistes. Certaines copies de lettres brûlées ont été néanmoins retrouvées. Elles avaient été en effet retenues par prudence, le rapporteur dira même u par méfiance » , par les services de la Sûreté, lorsqu'ils avaient remis les originaux. Cette méfiance est symptomatique.
Cette bienveillance envers Sébastien Faure ne devait pas se lasser, et elle devait se manifester dans des circonstances particulièrement honteuses : l'affaire de mœurs des Buttes-Chaumont, où l'anarchiste satyre était pincé en flagrant délit d'attentat à la pudeur sur des enfants.
Un an plus tard, recherché pour des faits de même nature, Sébastien Faure s'est évadé de Paris. Arrêté à Marseille, il a comparu devant la 10" chambre
du tribunal correctionnel de la Seine qui l'a condamné, par jugement du 28 janvier 19 18, à six mois de prison.
Tel est l'éducateur politique et moral subventionné par le ministre de llnlérieur!
Le (( Livre Rouge » de M. Perette met en relief l'influence pernicieuse des propagandistes révolutionnaires russes qui, pour la plupart, incontestablement recevaient des subsides allemands par l'intermédiaire du fameux Parvus, agent notoire des empires centraux.
De l'ensemble des témoignages recueillis et des documents officiels consultés, le rapporteur dégage une double constatation : Le ministre de l'Intérieur a fait preuve, avant la révolution russe, d'une grande faiblesse à l'égard des révolutionnaires russes et d'une grande mansuétude vis-à-vis de ces mêmes individus après la révolution.
Ce qui précède montre le rôle du ministre de l'Intérieur dans la période préiinùnaire, pour ainsi dire préparatoire des troubles militaires, en ce qui concerne les perturbateurs. Mais, d'autre part, on se rappelle que les causes premières de la révolte à l'avant n'ont pae été attribuées seulement à l'influence défaitiste de l'arrière, et que le déclenchement même de la rébellion se rattache directemunt, d'après sa date chronologique aussi bien que par ses causes immédiates, au mouvement gréviste débordant de l'intérieur vers l'armée et que celle-ci a pris pour la révolution en marche.
Après une allusion à l'incident dit du « Cassini », le rapporteur arrive à Y affaire du chèque Duval, que j'ai exposée dans la Guerre totale et sur lequel je ne reviens pas.
Quant au système général de défense de l'accusé, il se ramène à cette brève formule : u Le ministre n'a pas fait autre chose que réaliser la volonté des gouvernements successifs auxquels il prêtait son concours. Ce système de d-efense met en caus€ MM. Viviaui, Aristide Briand, Ribot et Painlevé, qui furent présidents du Conseil des Cabinets dont fit partie Malvy comme ministre de l'Intérieur.
Ces anciens chefs de gouvernement, qui se sont succédé d'août 191 4 à novembre 19 17, renouvelleront devant la Haute-Cour les. déclarations qu'ils ont faites devant la Commission d'instruction.
Après avoir déclaré qu'il n'appartenait pas à la Commission d'apprécier si les efïets de la politique suivie par l'ancien ministre de l'Intérieur avaient été aussi heureux que celui-ci l'indique, le rapporteur termine par des renseignements de moralité sur l'inculpé.
J'ai cru nécessaire de les reproduire ici dans leur intégralité.
La Commission d'instruction s'est demandé, déclare M. Pérès, s'il lui appartenait de compléter le do.ssier, comme dans toute information judiciaire, par la recherche des renseignements de moralité. Elle a été conduite à une décision affirmative par le désir de justification manifesté par M. Malvy dans cet ordre d'idées, qu'il déclare le plus pénible pour lui parmi toutes les attaques dont il a été l'objet. Il faut donc proclamer que rien ne permet de retrouver dans les actes du ministre de l'Intérieur lui-même une pensée d'intérêt pécuniaire. Si le nom de M. Leymarie s'est trouvé malencontreusement mclé à une grosse et heureuse spéculation d'actions Moteui's Salmson, au moment de leur admission à la cote, la documentation fournie n'autorise pas à soutenir judiciairement ni qu'il y ait fait autre chose que révéler,
comme on dit, des tuyaux de Bourse^ quoique, sur les apparences, le remisier auquel il donnait les ordres par le téléphone ministériel l'ait pris pour un souscripteur personnel, ni que la quote-part modeste à lui réservée ait été acquise à titre gratuit. Il n'en est pas moins vrai que M. Malvy a pu ouvrir imprudemment la porte à des soupçons mal fondés, par le goût excessif qu'il a laissé voir pour le jeu. La plupart de ses loisirs, dont les graves soucis d'une lourde charge n'auraient pas laissé supposer le nombre, de jour ou de nuit, se trouvent absorbés par cette passion, soit au ministère de l'Intérieur lui-même, soit chez des tiers... En dehors de ces sortes de fréquentations, les quelques dîners dont on a reconstitué l'approximative composition laissent loin derrière eux les excès simultanés de table et de langage qu'on lui a inexactement prêtés. Pas davantage il n'y a li«u de s'arrêter aux incriminations le représentant comme un client assidu des lieux publics de plaisirs plus ou moins interlopes ni des maisons de débauche clandestines, à plus forte raison comme le héros, dans ces établissements, d'actes répréhensibles sinon criminels, Tout cela est pure calomnie.
Et voici le passage cùncernant la maîtresse en titre de Malvy, la fille suspecte Nelly Béryl, ramassée par lui dans une maison de rendez-vous :
Mais il a voulu lui-même, conjointement avec ses explications relatives à son amour du jeu, aborder un terrain plus intime, plus délicat par cela même, et, on peut le dire avec lui, aussi plus douloureux. Qu'un homme marié, père de famille, ait une faiblesse en s'abandonnant à une intrigue illicite, la juridiction criminelle a-t-elle le droit d'en tenir rigueur quand le véritable juge, dont le nom rappelle dans son prétoire des souvenirs trop respectables pour être oubliés, a donné son absolution d'épouse et de mère? Pourquoi faut-il que cet homme soit un homme d'État, et que son auto-
rite tutélaire gouverne la société? Pourquoi ses erreurs privées ont-elles emprunté une consécration officieJle à des actes juridiques que l'amnistie privée ne peut pas empêcher d'avoir été? Une femme a rencontré, sur le navire la ramenant en France, un officier qui devient son confident, et à qui elle avoue ses ambitions théâtrales vers une scène subventionnée. Pour y accéder, lui répond-il, il faut être la maîtresse au moins d'un ministre. C'était peut-être plus qu'une boutade, mais ce n'était, après tout, qu'une figure. Or, peu après, elle avait la fierté de lui faire part que tout cela était devenu réalité. Une villa au Yésinet, un chalet à Arcachon, le Gouvernement arrivant ensuite juste à Bordeaux, ces choses, bientôt connues, défrayent tapageusement les conversations d'abord, ensuite les chroniques. Mais voici la grossesse, et la terreur des pressentiments, et la mort subite, et le convoi funèbre conduit avec le confident, et l'écrasement public de la douleur, toutes les sei^itudes, toutes les misères de l'inconduite, l'atroce supplice de la désespérance solitaire. Alors, c'est la confession désemparée de la faute, et. c'est l'admirable pardon, le geste surhumain de rédemption dont un cœur de femme idéalise l'infinie grandeur. Est-ce le relèvement suprême ? Il y a au fond du calice et la présence réelle de l'enfant doublement adultérin et la lie des dispositions testamentaires que l'éponge reste impuissante à effacer. Plus de 200000 francs reconnus à titre de dette ou de dépôt, avec prière de prendre soin de l'orphelin, sous un déguisement qui dresse un inexorable dilemme. Ou bien la libéralité d'un argent qu'on doit sentir inavouable s'il est antérieurement acquis, qu'on doit craindre accusateur s'il date de la liaison dernière, car déjà commencent à sourdre des insinuations qu'il est le prix caché des complaisances. Ou bien le dépouillement, au profit de l'enfant naturel, d'un fils aîné légitime, dont le tuteur sera par surcroît le père de l'autre avec lequel il a si manifestement des intérêts opposés, sous la surveillance d'un conse-il de famille pris dans le cabinet ministériel
avec MM. Leyrnarie et Périé, de telle sorte que cette mission de confiance enferme encore celui qui en est investi dans cette inéluctable alternative : trahir les dernières volontés, en manquant au fidéicommis, au profit de l'un, ou trahir la fonction légale de protection en l'exécutant, en faveur de l'autre.
Troublant spectacle, en vérité, de faiblesse de caractère et de sentimentalité aveugle, problème déconcertant de psychologie personnelle, qui éclaire ou qui obscurcit, on ne sait, le problème de psychologie politique, selon qu'il en révèle le secret ou qu'il donne le change sur des apparences et qui intéresse, en tout cas, la défense autant que l'accusation.
Sous l'enveloppement volontaire des termes, Malvy est ici nettement et justement marqué d'infamie.
La lecture du rapport Pérès se termina dans une atmosphère de gêne indicible. A maintes reprises les sénateurs juges avaient manifesté, par des gestes et des cris, leur stupeur devant la précision et la gravité des faits qui leur étaient signalés et qui se succédaient toujours plus nombreux, toujours plus dramatiques.
Il m'a semblé indispensable de donner au rapport Pérès une place prépondérante dans cette analyse, par ailleurs forcément abrégée, des débats de la Haute-Gour. Les Français qui ont suivi nos campagnes contre la trahison, dans l'Action Française, pourront ainsi se rendre compte que si M. Pérès semble, au début de son rapport, n'avoir retenu, pour les écarter comme insuffisamment prouvés, que les chefs d'accusation mentionnés, à titre d'exemple, dans ma lettre au Président de la République, il n'en ressort pas moins, d'une manière éclatante,
LÊ8 -DÉBATS. 269
que tous les autres faits analysés par lui ont été signalés pendant ds longs mois dans P Action Française et soumis par irioi à la commission d'enquête.