CHIAPPE
Chiappe, chef de bureau au ministère de l'Intérieur, est e-ntendu. C'est l'intime de Leymarie dont il a été le chef de cabinet à la Sûreté générale et c'est le premier dont la déposition ne constitue pas une charge pour l'accusé. Talmeyr, qui l'a vu devant la Haute-Cour, en a fait un curieux et amusant portrait.
La figure hardie, le débit provocant, avec un air de dire aux sénateurs qu'il est de force à les mettre dans sa poche et que ce ne sera pas long, il fait penser à un chanteur de café-concert habitué à narguer le public, et semble plutôt arriver de Ba-ta-clan que d'un ministère.
Le témoin s'exprime avec optimisme sur les résiiltats admirables, selon lui, de sa collaboration avec Leymarie.
Il rappelle les perquisitions dans les imprimeries anarchistes, chez les époux Mayoux, les instituteurs pacifistes des Charcutes, chez Hélène Brion. Il affirme avoir fait tous ses efforts avec M. Leymarie pour la répression de la propagande pacifiste. Il déclare d'autre part qu'arrivé en juin à la Sûreté
générale avec Leymarie, alors que les mutineries militaires commencées en mai n'étaient pas encore terminées, celle-ci n'avait été mise au courant de ces mutineries que par les journaux et les bruits qui circulaient dans le public; qu'elle les avait ignorées officiellement, qu'elle n'avait pas connu la lettre du général Pétain.
Cette affirmation semble bien invraisemblable à M. Mérillon qui la fait répéter plusieurs fois au témoin.
En terminant, Ghiappe déclare que Leymarie connaissait la saisie du chèqiie Duval, mais qu'il ignorai! et le rapport du commissaire spécial de Bellegarde et la note de Hudelo sur cette afiaire.
Les déclarations fantaisistes de ce témoin provoquent des exclamations d'étonnement dans l'auditoire. Par contre la presse défaitiste manifeste son contentement et qualifie la déposition de M. Chiappe de a loyale, courageuse », a chic » en un mot. Ce qui est significatif, quand on connaît les fureurs qu'avaient déchaînées contre leurs auteurs le rapport Pérès et les réquisitions de M. Mérillon, ce dernier accusé de s'être « précipité dans la casuistique des Pères delà compagnie de Jésus ».
P AOLI
Paoli est secrétaire général à la Préfecture de police.
Le témoin dit qu'il ne peut apporter de renseignements que sur la mise en liberté, en août igiA, d'une centaine d'étrangers qui avaient été arrêtés au moment de la mobilisation sur les ordres de Hennion à la suite de désordres à Paris et en ban-
LES DEBATS. 29i>
lieue. Ces arrestations furent opérées dans la journée du 4 août.
Oui mais...
— Le lendemain de ces arrestations, déclare M. Paoli se produisit Vinteruention d Alnîereyda qui était accrédité auprès du préfet de police par le ministre de l'Intérieur.
— Mais, demande M, le Procureur général, n'avez-vous pas été étonné de la confiance dont jouissait Almereyda.^
— Certainement, déclare le témoin. D'autant plus que M. Hennion connaissait parfaitement le dossier d'Almereyda. Néanmoins, étant données les assurances qu'A.lmereyda avaient données au ministère de l'Intérieur... M. Hennion a sans doute eu des conversations avec Malvy à cet égard, mais je ne peux vous renseigner à ce sujet.
Malvy. — A quelle date a-t-il été accrédité.^ M. Paoli. — Le lendemain du jour où ces individus ont été arrêtés, c'est-à-dire le 5 ou 6 août 191 4- Ils ont été arrêtés le 4 août et les interventions d'Almereyda se sont produites le 5 ou 6 août.
— Qu'entendez-vous, demande M. Lucien Hubert, sénateur des Ardennes, par ces mots : Almereyda était u accrédité » auprès de la Préfecture de police ?
— Almereyda, répond M. Paoli, est arrivé à la Préfecture de police précédé d'un coup de téléphone de Leymarie et, j'imagine, avec une lettre de celui-ci au directeur de la Sûreté générale.
— Pourquoi, demande alors M. Dominique Deiahaye, n'avait-on pas arrêté ceux des 100 individus dont vous avez parlé et qui figuraient au Carnet B?
— Parce que, répond M. Paoli, les instructions du ministre de l'Intérieur s'y opposaient.