M, DUMAS
Cette déposition était attendue avec curiosité. Le témoin a été mêlé activement aux affaires du Bonnet Rouge. C'est un fonctionnaire subtil et on sent qu'il n'est pas fâché de dire enfin sa façon de penser à MM. Malvy, Ley marie et consorts. Son ancien ministre ne lui en impose plus et il dit ce qu'il a à dire sans se préoccuper des affirmations ou des dénégations de Malvy, qu'il qualifie au besoin d'inexactes.
L'affaire Garfunkel, l'affaire Cochon, l'afiaire Sébastien Faure nous sont contées une fois de plus.
Garfunkel. — M. Dumas avait découvert que Garfuckel, entre autres méfaits, cherchait à faire exempter du service militaire moyennant argent certains mobilisés, qu'il exerçait illégalement la médecine et était en relations avec un Allemand. M. Maunoury prescrivit à M. Dumas de faire une enquête. Elle confirma les indications ci-dessus. Mais peu de jours après, M. Maunoury lui ordonna, par ordre de Malvy, d'envoyer l'inspecteur qui
aga le POIGNARD DANS LE DOS.
avait fait l'enquête « recevoir les déclarations de Garfunkel ».
— Mais cela ne s'est jamais fait, dis-je à M.Maunoury. Vous allez entraver l'enquête judiciaire.
— Cest un ordre du ministre^ me fut-il répondu. Et Garfunkel fila en Suisse.
Chargé d'une enquête sur Almereyda par Malvy, M. Dumas la fit et la conclusion du rapport qui en résulta fut naturellement qu'Almereyda était un homme extrêmement suspect, qu'il y avait lieu de le tenir en surveillance continuelle ainsi que les gens qui gravitaient autour de lui : Mario», Duval, Goldsky, Para, et d'autres.
Or, dit M. Dumas, le 7 septembre je fus appelé au ministère de l'Intérieur et reçu par M. Malvy. M. Malvy me dit : « Monsieur Dumas, \e viens de lire votre enquête; il n'y a pas grand'chose là-dedans, non, pas grand'chose, Almereyda vient de venir me voir; il avait l'air malade, très souffrant; il m 'a donné des précisions sur sa conduite et même sur ses ressources, il m'a dit qu'il n'avait pas d'automobiles à lui, mais des automobiles d'un garage de Lcvallois-Perret. L'argent qu'il dépense au Bonnet Rouge provient de M. Boulay, marchand de vins en gros, et de M. Francfort, négociant, fournisseur pour la défense nationale. Almereyda [n'est pas allé à Carthagène, prétend-il, mais à Saint-Sébastien. Gela ne me regarde pas, c'est l'affaire de la Sûreté générale qui vérifiera s'il est allé à Carthagène ou à Saint-Sébastien. Voulez-vous vérifier ces assertions? »
Le 18 septembre, je fis une enquête. Les assertions furent vérifiées et reconnues absolument exactes. Mon second rapport confirma le premier. Je le transmis au cabinet du Préfet, qui le fit parvenir sans doute à M. Malvy,
On connaît déjà Taffaire du déserteur Cochon et celle de Sébastien Faure.
LES DÉBATS. iQ^
On a VU plus haut que Malvy, après avoir 1q le rapport de M. Dumas sur Almereyda, lui avait déclaré quil n'y avait pas grand' chose dedans. M. Guillier ayant demandé la lecture de ce rapport remis à Malvy, en 1916 le greffier fut chargé de ce soin. Ce document résume le curriciihim vitœ du bandit, que j^ai exposé dans la Guerre totale.
Malvy estime qu'il n^'y avait pas grand'chose dans ce rapport. La Haute-Cour ne fut pas de cet avis.