‹ Le poignard dans le dos; notes sur l'affaire MalvyChapitre 44 sur 55 · MM. LAURENT ET CHANOT · texte numérisé non relu

MM. LAURENT ET CHANOT

Laurent le somnolent — car il dort debout — fut, pendant deux ans, le collaborateur et Tami de Lépine. En septembre 191 4 il succéda à Hennion à la Préfecture de police, où il resta près de trois ans. Mais il n'eut rien d'un préfet de guerre. Il lui manquait, pour tenir ce rôle difficile, beaucoup de qualités indispensables et celle qu'il possédait au suprême degré n'était pas celle qu'on eût été en droit d'exiger.

M. Laurent est avant tout, et l'on pourrait dire exclusivement, un homme faible, ne voyant autour

de lui que des hommes vertueux. Je les connais tous, dit-il, et il étend sur tous ses anciens collaborateurs un pan protecteur de sa redingote.

C'est évidemment très touchant mais un peu ridicule. En y réfichissant bien, c'est au surplus habile. Comment accabler un homme aussi bon, aussi naïf.^

— Monsieur Laurent, lui dit le Procureur général, vous êtes bon pour tout le monde. Cependant quelque désir que vous ayez d'être bon, il faut aussi être juste .

Le procès-verbal de l'aftentat des Buttes-Ghaumont dont Sébastien Faure fut le héros n'a pas semblé au somnolent assez grave pour lui donner prise sur ce dégoûtant personnage. Mais comme il avait tenu des propos dangereux et fait une propagande défaitiste, il l'a fait appeler et l'a sermonné ferme.

Le Sénat veut être fixé sur la gravité du délit et se fait lire le procès-verbal de constat. Comme il est impossible d'étaler en public de pareilles abjections, le huis clos fut ordonné pour entendre cette lecture.

M. CHAAOT

Avec M. Chanot, la manière change. Plus de réticences, de sous-entendus. Ses déclarations sont nettes et fermes.

M. Chanot est un ancien directeur de la police municipale.

Il s'explique rapidement sur le déplacement de M. le commissaire de poHce Gauthier, à la suite de son enquête sur l'affaire Lipscher, pui« parle du défaitisme.

Et tout d'abord cette appréciation plutôt sévère du rôle de Maunoury : <( M. Maunoury jouait à

3o8 LE POIGNARD DANS LE DOS.

la Préfecture un rôle que j'ai toujours trouvé déplorable. M. Maunoury m'est toujours apparu comme ayant certainement été chargé d'une mission dont il s'acquittait — a-t-on dit — avec un caractère acariâtre et sans aucune aménité. M. Maunoury tenait essentiellement à être la seule source de renseignements de la Préfecture de police. A mon avis il était chargé là d'une consigne spéciale. » M. Chanot parle alors de la propagande pacifiste, qui se faisait, on le sait, au moyen de tracts et de réunions publiques. Il y eut beaucoup de ces réunions faites sous les auspices corporatifs et où il n'était question que de pacifisme, mais ce fut surtout au printemps de 1 9 1 7 qu'elles se multiplièrent. — « A ce moment, comme directeur de la police, j'eus des angoisses patriotiques très vives, notamment au sujet des grèves des midinettes. On alla ensuite graduellement jusqu'à déclencher des grèves d'hommes. Contrairement à ce que prétendait M. Maunoury, je voyais dans ces grèves la main de l'étranger et je l'ai prouvé par l'arrestation, dans les groupes des manifestants, de nombreux étrangers. »

Malvy déclare alors que les grèves ont eu strictement un caractère économique et en appelle à Laurent le Somnolent.

LE COLONEL ZOPFF

Après les dépositions des fonctionnaires de la Sûreté générale et de la Préfecture de police, voici maintenant des officiers.

C'est d'abord le colonel Zopff, commandant le 47"^ régiment d'infanterie.

Le colonel expose, avec une grande précision, ce

LES DÉBATS/ 3o9

que furent les rapports du haut commandement et de l'Intérieur et comment le lieutenant Bruyant fut désigné pour assurer ces rapports. Celui-ci se trouva d'abord en relations avec Hudelo et le contrôleur général Morcau.

Leymarie, ayant remplacé Hudelo, chargea son chef de cabinet Ghiappe des relations avec l'officier de liaison. Ghiappe ne donnait que des documents sans importance. Le lieutenant Bruyant en manifesta son étonnement à M. Morcau qui lui expliqua que lui-même n'était pas tenu au courant.

La netteté de cette déposition fit une excellente impression sur la Haute-Gour.

M. le Procureur général demanda alors au colonel de rester pendant la déposition du témoin suivant.

MADAME LEt-RUÎî

L'entrée de cette femme héroïque fut accueillie avec émotion et curiosité. Nul n'ignorait en effet avec quel dévouement et avec quel courage elle avait accompli, au péril de sa vie, en Allemagne les missions doHt elle avait été chargée. Gette bonne Française a rendu au commandement des armées des services éminents qui lui ont valu la reconnaissance des patriotes et nul ne s'en étonnera, non plus que des insultes à son endroit d'un député défenseur du malvysme et du caillaniisme.

Eile raconta alors ses douze voyages en Allemagne et les confidences que lui fil le lieutenant allemand Gebsattel, qui lui donna, la croyant pour de bon au service de l'Allemagne, les noms de véritables espionnes qu'elle dénonça et dont certaines furent fusillées, notamment la fille Pfaadt à Marseille.

3lO LE POIGNARD DANS LE DOS

Page 1