‹ Le poignard dans le dos; notes sur l'affaire MalvyChapitre 45 sur 55 · DEPOSITION DL LIEUTENANT BRUYANT · texte numérisé non relu

DEPOSITION DL LIEUTENANT BRUYANT

Cette déposition, par sa précision et sa documentation, fut certainement une des plus accablantes pour l'accusé. Aussi provoqua-t-elle les cris de rage de la presse défaitiste.

Le lieutenant Bruyant est actuellement au commissariat général de la Sûreté nationale.

En novembre 191 6 il fut chargé de « surveiller la propagande pacifiste » .

Il dit :

J'étais reçu par MM. Hudelo et Moreau qui me communiquaient des renseignements, mais M. Hudelo était moins documenté que M. Moreau. Le premier me communiquait des généralités, mais M. Moreau me fournissait des renseignements beaucoup plus complets...

M. Hudelo nous avait donné l'impression — continue le t-émoin — de miser sur deux tableaux. J'entends dire par là qu'il cherchait à servir le G. Q. G. sans desservir ses intérêts de carrière.

La meilleure preuve c'est que, lorsque M. Hudelo fut devenu Préfet de police, il me donna un certain nombre de renseignements, concernant notamment la création de comités ouvriers et de paysans, qui m'avaient été cachés par le contrôleur général et qui étaient extrêmement utiles.

Je demandai à M. Hudelo, à un moment donné, de vouloir bien saisir les tracts dans les imprimeries qui les tiraient, dans les syndicats où ils étaient déposés, au lieu d'attendre qu'ils fussent à la poste. M. Hudelo fut très embarrassé et exprima le désir qu'une pression fût faite sur lui pour Vohliger à agir. C'est l'origine de la lettre du général Nivelle du 28 février...

Les relations devinrent de plus en plus tendues entre le G. Q. G. et la Sûreté générale.

LESDEBATS. ->II

Au début de juin nous nous trouvions dans la période des actes d'indiscipline. Le G, Q. G. demandait que Ton prît des mesures contre la diffusion des tracts, contre les réunions pacifistes, qu'on épurât les gares.

Mesures contre la diffusion des tracts. — Le G. Q. G. demandait qu'ils fussent saisis dans les imprimeries et dans les lieux où ils étaient déposés. Deux circulaires furent envoyées à ce sujet : l'une, le i^' juin, fut rapportée. Le mijiistère de l'Intérieur avait supprimé les mots dans quelque endroit quils se trouvent; l'autre, le 26 juin, ne laissait à M. Hudelo le droit de perquisitionner ni dans les Bourses du travail, ni à la C. G. T. Or à ce moment M. Dumas avait signalé à ses chefs que des papillons et tracts s'y trouvaient déposés.

Mesures contre les réunions. - - Nous avions demandé que fussent interdites toutes les réunions où les discussions n'étaient pas purement professionnelles. Or on laissait faire toutes les réunions. On demandait seulement aux organisateurs leur parole que la réunion resterait professionnelle. Ils la donnaient, mais ne la tenaient pas et aucune poursuite n'était engagée.

Dès l'arrivée de M. Leymarie, dit le lieutenant Bruyant, tout changea. J'allai le voir et je lui exposai les mesures que nous entendions demander à la Sûreté générale.

M. Leymarie ne me cacha pas qu'il ne me suivrait pas sur ce terrain, que cela ne correspondait pas à sa politique et qu'il irait s'en expliquer lui-même avec le général en chef.

Effectivement M. Leymarie se rendit à Compiègne et fut reçu par le général Pétain.

Le général Pétain fut très surpris de l'attitude désinvolte de M. Leymarie. Sa surprise se changea en stupéfaction quand, ayant parlé de la propagande pacifiste, M. Leymarie lui répondit — je garantis l'authenticité de mes paroles, parce que quand le général Pétain me les a répétées, j'ai aussitôt pris une feuille de bloc-note et que j'ai écrit — M. Leymarie répondit : « Je ne puis com battre la propagande pacifiste. »

Des ordres furent alors donnés. M. le contrôleur général ne me remît plus que quelques documents sans importance. Cependant, il m'en a remis quelquefois en me disant : a Voici des documents qui avaient été enlevés et que je ne devais pas vous remettre, par ordre de M. Leymarie.»

C'étaient les plus intéressants.

Nous ne recevions donc plus que des documents insignifiants.

Ces déclarations du lieutenant Bruyant déplaisent fort à Malvy , qui se lance dans de longues explications qu'il avait déjà fournies en réponse à MM. Moreau et Perrette.

Malvy demande alors que le lieutenant Bruyant et Ciiiappe soient confrontés.

Cette confrontation fut mouvementée. Ghiappe cria beaucoup, vainement d'ailleurs; le lieutenant Bruyant lui tint tête avec un imperturbable sangfroid.

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