U* US NOTAIRE
faux, et eau» que lui ou sa femme perdissent dans ce iadbk
mensonge l'ambiguïté de leur situation.
— Edouard, vous disaifr-je* aime une jeune personne que tous connaissez beaucoup.
— Je le présume.
— Fort jeune et fort jolie.
-*• Puisque vous rassurez.
— (Ju'il voit assidûment.
— Raillez-vous? interrompit Maurice, qui, le premier, eensuma ce rire phosphorique et revint à son ton naturel; raillesvous?
,-r- Vous auriez quelque raison de croire qu'on se joue de votre crédulité, vous qui savez qu'on n'entre dans le pavillon d'Edouard ni qu'on n'en sort sans difficulté.
— C'est donc chez lui, vous daignez me l'apprendre, qu'ont lieu les rendez-vous? Heureux proscrit! Le malheur, il est vrai, a tant d'ascendant sur les femmes, la pitié est chez elles si voi* sine d'un sentiment plus tendre, que je comprends la félicité de notre ami. Seulement il me semble qu'il nous compromet beaucoup; ne trouvez-vous pas?
— Vous en dites d'abord plus que je n'en sais, Maurice, répliqua Léonide, qui, entrée pour accuser, était tout étonnée de subir presque une accusation, toute gauche de façonner la menace en plaisanterie et d'amincir sa colère en ironie. Je n'ai pas avancé, comprenez-moi, que la maîtresse de monsieur Edouard fût allée à son pavillon. Voilà des détails qui vous appartiennent. Je n'ai pas dit...
-— Moi j'assure, affirma sèchement Maurice, qu'elle 7 va; je l'assure.
— C'est que vous en avez appris plus que moi, répliqua Léonide.
Changeant la voie de ses inductions, elle supposa réellement Maurice au courant de l'intrigue d'Edouard avec mademoiselle de Meilhan, et se crut sauvée de tout soupçon.
— Vraiment, vous>ave» qu'elle se rend au pavillon d'Edouard ? *— Oui, et la nuit
— La nuit, Maurice ?
— A dix heures, tous les soirs, par le caveau.
— Par le caveau ! répéta Léonide, écbo précipité de chaque phrase de Maurice. Sa pensée fut : « Nous aurions pu, Maurice et mi, nous heurter dans l'obacuriti. *
DS CHâlfTILLY. \*1
— Àlorft,^ow#TitMauriœ, lesrië«attïrongwjc«ttirég;U lumière de la lampe adoucie; il n'y a de Tirant dans le pavillon que deux corps qui ne fait qu'une ombre.
Léonide eut froid; elle ne fut maîtresse du frisson qui h saisit qu'en serrant les poings et en pesant de toute son énergie morale sur son corps. Elle noua ses nerfs autour de sa peur.
— L'infâme, pensa-t-elle, il renouvelait donc arec elle la comédie qu'il avait jouée avec moi, si je n'étais moi-même pour lui l'occasion de répéter son rôle.
— Et qui vous a révélé cela? demanda-t-elle d'un ton impé* ratif, et qui aurait dû mettre à nu, devant Maurice, l'amour qu'elle portait à Edouard ; qui l'a vu pour le dire?
— Moi! Que trouvez-rous d'étonnant à ce que j'aie été témoin des preuves d'un amour dont vous étiez si bien convaincue tousmême, que tous accouriez tout exprès m'en apprendre l'existence? Les effets paraissent tous scandaliser beaucoup plus que la cause. Peut-être, et c'est tout ce que j'explique de votre surprise, ne comptiez-vous me révéler qu'un amour platonique, d'enfant, de chérubin, jouet d'ivoire des coquettes, avoué un beau jour, de peur que l'A lm aviva du logis n'aille au-devant d'une enquête plus sérieuse. On risque une confession tronquée pour éviter le réquisitoire, n'est-ce pas? Tel n'est pas l'amour de cette femme pour Edouard, je tous l'assure; c'est une passion, honteuse comme tout ce qui est caché, qui n'a plus même le piquant du mystère, car celui à l'honneur duquel elle touche est instruit et n'a qu'à choisir entre les moyens de vengeance.
Les deux soupçons qui se disputaient l'esprit de Léonide remportaient l'un sur l'autre à chaque instant : tantôt elle croyait sincère l'indignation de son mari : alors elle rentrait dans sa première résolution de lui faire partager sa haine jalouse pour " Edouard ; elle s'oubliait même, dépassait le sang-froid du simple témoignage; et tantôt, croyant sentir des allusions directes sons chaque phrase de Maurice, elle se tenait sur la défensive, elle se retranchait derrière les dénégations comme une accusée. Sa dernière présomption fut que Maurice parlait d'elle. C'était l'eu* trage fait au mari et non la colère de l'hôte qui avait percé dans ses expressions*
— * Mais pour être sûr, ainsi que tous l'affirmez, reprit-elle, que monsieur Edouard reçoit une femme dans le pavillon, ave* tous donc une conviction certaine, inébranlable, fondée et non ptaMe dans le doute que j'ai fait Mit» peut-tire la pumnèrt
m» us rom»**
que, qu'une fe^mei»oUaflfieidBkpiadeBte^«nr M h&srfrier k nuit <knsle& détours d'une riMÔatn^cangànft, 'et pour <y 'Vtfir an jenn^howme^e^^ saisi -cntiadie #%tre
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Quelque habite que sait la parole-dans \mw6tofer*»bU]& co- 1^3 eç retire peur tottser^Buchaleur à^lTe«|âît;êHèFfât<éâsàffisanté îqi à Ma*tt£oe et 4 rafanisepour exprimer feù*%itiia*ion. i^ s'intfroegeatent et se répondaient tien pktt'avec leurs gestes et Ji^ivs yisape qujaYec la bouché, f ■* f ' ".•■
LépnWe^éteit relevée par une dénégation audacieuse ; fc'étoft aa tour de Maurice à .fléchir. Étaét-il bien œh vaincu que h femme enfermée avec Edouard fût la sienne? Léociée, il est vra^ était absente de la chambre à coucher lorsqu'il était descendu dans le caveau; mais avait-il eu assez desang^froidpour s'assurer que ce fût réellement elle et non une autre femme qui était dans le pavillon? L'aveu volontaire de Léomde était presque la preuve certaine d'une erreur. Pourquoi, bien quel'événeraent fût peu ordinaire, n'aurait-elle pas été en soirée chez Une amie, quand il était rentré? On ne condamne pa6 sans reloua une femme uniquement d'après la délation grossière d'une ombre sur le mur. Ce doute rafraîchit les sens de Maurice : un nuage sombre monta; de «on visage et ne dévoila un moment que des traits paisibles et bienveillants. -.* -*îsl
-rr Soyez persuadée comme de votrg-eristence, reprit-il'atec franchise, que j'ai entendu tire et causer hier dans te pâviBon d*Édouar^ y^us étiez probablement absente quand' je Centras * pour chercher mes pistolets. 'Ayant vu Importe du&mtt& ouverte, j'y descendis» et je iua témoin de ce que je vous aJfihne maintenant. v ..*,.♦
Léonide, sentant que les forces lui manquaientpourTaî^e face à la sincérité de cet aveu, employa sa défaillance à jouer^la surprise. Son haleine brisée; sa parole courte, la décoloration de ses joues exprimaient àlarigueur une terreur comme une-autre. L'essentiel était de mettre un corps sous ce masque.
t«- Çgque vous m'apprenez m'épouvante, m'anéantit. La perte du caveau ouverte ! une femme chez monsieur Edouard, te nuit! 11 descend donc à la rivière pour lui ouvrir, la nuit! Mais on sait fooc ou'}* se cache chez nous? Je ne Croyais pa* te maltigmd,
DE CHÀimLkY. m
Décidément ttet une raison pour que j'achève W*m* communiquer le motif qui m'amène dans votre cabine*. ' v ' ^4 Ce.que.je vws demande est hatâi, mais il tout y consentir:' éloigmeaiponsieur ÊdouarddeChantilly , dé nôtre maison. Croyez* moi : à défaut de notre intérêt personnel qui exigence sacrifiée,' le sien le commande. Sa passion est un péril pénnanent' pour nous. — Répond-il du silence de cette, famine à laquelle il ne doit rien taire? Qu'un frère soupçonneux, qtfun rival attentif, qu'un père ait épié se» pas, et tout le monde sauta tôt ou tard qui tous recelez; tort très-grave pour vous, maihetfr incalculable pour monsieur Edouard. Les solitudes défendent mai ; c'est : au centre de Paris même qu'il trouvera un asile impénétrable. Sans blesser les lois de l'hospitalité, engagex->le à s?y tendre; une fois à Paris» nou» serons plus tranquilles «or «ott sott, ëf rinej terrible responsabilité aura cessé de peser sur non».
— Ma femme, pensa Maurice, sollicite le renvoi d'Édduard, elle qui, il y a quelques jours, me priait presque à genoux de ne pas le laisser partir pour Paris? Ce changement si brusque de résolution, d'où naît-il? Que s'est-il passé? Dans tous les cas, pourquoi m'effrayerais-je? Ce serait certes une singulière et nouvelle manière d'aimer que de renvoyer l'homme qu'on aime. Léonide craint-elle de succomber à une passion dont elle tient à écarter la cause? Appeler une explication là-dessus, c'est blesser sa délicatesse; il suffît, je crois, de consentir à sa proposition : c'est tout comprendre. Oui! mais n'est-ce pas me ramener à mes premiers doutes, m'obliger à les rattacher de nouveau à la scène du pavillon? Au fond, pourquoi? Il y a deux femmes Compromises; c'est visible. De cette double passion, pourquoi Léo* nide n'aurait-elle pas éprouvé que la jalousie? Absurdes et lâches énigmes où j'embrouille ma vie et l'étrangle. "
— Vous n'auriez pas de plus impérieux motifs, Léonide, pour me demander son renvoi?
— Pardon, j'en ai d'autres! mais je ne vous les dirai que lorsque M. Edouard ne sera plus ici.
— Vous désirez donc résolument qu'il parte ?
— Oui, et aujourd'hui même, avant la nuit.
Maurice réfléchit pendant quelques minutes, résuma avec promptitude la conversation qu'il venait d'avoir avec sa femme, et il répondit :
Edouard sera à trois heures sur la route de Paris. - • •
— Voua me le promettez, Maurice, vous me 1e jurez?
170 tfi NOTAIRES
— Je voua le promets. 11 ajouta intérieurement ; Mes ptfé* somptions sont fondées; j'ai mis le doigt sur la vérité : Léonide n'a que le tort intolontaire d'aimer Edouard. Quoiqu'il m'en coûte, ma prudence de mari sera gourde, dans cette occasion, à mes scrupules d'ami* Edouard partira; mais il quittera Chan* tilly non accompagne de mon ingratitude, mais de mes regrets, ie lui ménagerai k Paris une retraite; je l'y conduirai. Là, toujours entouré de mes soins, il attendra que ses amis et moi lui facilitions les moyens de passer en Angleterre oïl en Allemagne.
Un poids horrible se détacha de la poitrine de Maurice. U ressentit plus vivement.les pertes d'argent qu'il avait éprouvées.
— J'attends votre frère, Léonide : je suis dans l'impatience de son retour* Dès qu'il sera rentré, faites-le passer aussitôt dans mon cabinet, je vous en prie. Allez dans votre appartement; moi je me rends de ce pas au pavillon d'Edouard, pour lui communiquer notre commune résolution.
— Commanderai- je des chevaux pour trois heures?
— Chargez-vous de ce soin, Léonide.
Léonide se retira.
Dès quelle fut partie, Maurice se dirigea vers le tambour des deux portes, il se baissait pour soulever la trappe, lorsqu'il la vit s'élever et paraître Edouard, qui le suivit dans le cabinet.
— G'est chez le notaire que je viens, dit Edouard en s'assayanl : me promet-il d'être aussi bon pour moi que l'ami?
— S'il le peut, pourquoi non?
— 111e peut. Tu me dispenses des précautions oratoires usitées dans les romans : arrivons au fait tout de suite. Je suis fils unique, tu le sais; ma fortune est à moi, avec le droit d'en disposer à mon gré sans en référer à personne. Ceux qui auraient quelque prétention sur mes biens sont des parents éloignés et la plupart si riches, que sans injustice ma générosité peut les ignorer. Une condamnation à mort ne fut jamais on brevet de longévité. Qu'on m'arrête demain : dans trois jours je n'existe plus ; et ce que je possédais ira grossir les fortunes déjà immenses de ces parents dont je te parlais. 11 est prudent de se mettre en règle. Tu me vois chez toi pour toutes ces raisons. Décidé à partir demain pour Paris, c'est encore une raison, n'est-ce pas, pour hâter mes dispositions? Dresse donc un écrit simple et clair dans lequel tu stipuleras que je laisse mes biens à partager après ma mort en trots parties égales : la première partie reviendra à... le nom en blanc; la seconde aux paysans
DE CHANTILLY. m
pauvres de ma commune en Vendée; la troisième à Louis-François Maurice, notaire à Chantilly.
— Tu es fou ?
— Très-raisonnable, au contraire. Ajoute que si , dans six mois, à dater d'aujourd'hui, je n'ai pas rempli par le nom du premier légataire le blanc qui en occupe la place, son tiers sera réversible en proportions égales sur mes deux autres héritiers. Tourne cela en termes de notaire. Mes biens s'élèvent à quinze cent mille francs net, sur lesquels en voilà trois cent mille en billets de banque, que je te remets. Prends cela d'abord.
— Sauvé! pensa Maurice; sauvé! Ma grande affaire aura lieu, ou plutôt qu'ai-je besoin de m'embarrasser d'affaires? Me voilà riche. Oh ! Léonide ne me persécutera plus. Se levant avec une joie indicible, il sauta au cou d'Edouard.
— Tu acceptes, n'est-ce pas, Maurice !
— Non.
— Allons donc! préfères-tu que mes biens passent à des indifférons? Où mets- lu la délicatesse ? Que je me survive au moins dans le souvenir de ceux que j'ai aimés; ils m'oublieront moins vite en ayant sous les yeux ce qui m'aura appartenu. Et quelle raison as-tu pour me refuser?
— Ai -je fait assez, Edouard, pour que tu me donnes non ta fortune, — car j'espère que tu en jouiras seul et longtemps, etque tes enfants en jouiront après toi, — mais pour mériter cette preuve d'une reconnaissance qui me rond^ presque de ton sang?
— Faut-il que je te rappelle, Maurice, notre amitié d'enfance, tes services, ton hospitalité à cœur ouvert, ma vie jusqu'à ce jour sauvée par toi? Ce n'est pas de l'or que je te donne : c'est ce que je laisse sur la terre. Est-ce ma faute si le souvenir est gâté par son trop de valeur? j'aurais voulu être pauvre. Mais, parce que je suis riche, repousseras-tu mon héritage?
— Non, Edouard, et c'est parce que je t'ai rendu quelques services devenus peut-être plus importants par l'enchaînement des circonstances, que je n'accepterai point tes offres. Je me reprocherais de m'être fait payer en argent le saint droit d'asile. D'ailleurs, notre amitié est presque une parenté, et à ce titre la loi me défend de participer à de tels bénéfices testamentaires. •
— Singulière objection! Parce que tu es mon ami et mon
notaire, je dois être ingrat ; et toujours attendu qqejfue&^nofaire,
que les notaires n auraient pas d'unis? » sAtitd'aUle tirs faciles à JeVfîyfJ ^ ~< ■ vu, >ri Edouard jtaif Une plume, une feuille de papier, et, ea.giiel- Vesroii^ gnepàr lui, qu'il cacheta et remit a Jftaunce. : .. ,
~ liais pourquoi cette précipitation^ Edouard? vas-tu, donc mourir dans la soirée? Tu ferais jyeqir, de ^inisjtrespen^e^^ Maurice s"cmpara de li/main d^douarî. ' . . '.,
— Quel projet roules-tu dqn<^da.ns tâ,tête? >h /',' f. ,
— le te Tai dit, Maurice; jejparspour Paris* ".',. \ * ' — Quelle obstination a nous quitter! pensa Maurice^ Voilà
qui &l singulier : au mbinent ou je vais chez lui, il se jend chez moi ^ et c'est lorsque je me prépare à lui dire la nécessité où nous1 sommes de nous séparer ,^11 in^r signifie son départ. N'y â-t-ilqueau nasard ja-dedans? . ' T ,...'" ./ ; t
— Ainsi ti^' cqpiprends, pou^ûivit Edouard, iWgence de mes pr&éaùtiohs.'Oui, je vais à Paris, je vais une dernière fois me mêler à la politique active. Des espérances nouvelles nx'pnt fait rougir de mon inutilité au parti qui' a mes aJFeçtionsj'fl a une dernièrer chance à courir* je pr^|e^ds la ^pai^tager. Pardonne-moi si je ner t'en confie pas davantage. Ta conviction
Mort,* mes, mesures sont justifiées par 1 ment, n'gst-çe.Das? Viyantj et ^vainqueur, — pardonne-moi, Maurice, cette suppositidn^ '-r-je déchire, ce testament, çt re* prends ma fortune; y co^senVtu? ' \ , . ïf
Maurice n'était plus du tout à ce que dirait Edouard; il tenait machinalement le papier qu'il, lui avait remis, et il rapprochait la prière de sa femme, âe ifaire partir Edouard pour^ Paris, et lu présence de celui-qi demandant, avec instance à quitter Chantilly. Non, réfléchissait-il, il est impossible qu'ils né soient pas d'accord pour s'être ainsi rencontrés. Que s'est-il donc passé entre elle et lui? Elle a été pourtant bien fenne; et Edouard est si noble... Joueraient-ils un rôle longtemps médité? Vingt fois, depuis qu'il est avec nous, lès circonstances ont été aussi impérieuses sans qu'il ait demandé à partir. Je ne qrqis donc pas au prétexte politique d'Edouard; il est vague. Comment
dz ékXNTiitY. ni
savbïr^àvié^
inapra Mu Hce illuminé tout à coup,— pour qu'Édouffip^rût aTan^^'tiiift? f^a-f-elle^pâs là-dessus exigée ma rarofeJ.n^ ser^nfent?.*./ I^Bt-f^tie pas couru commander dès c&ev^u* pour trois heures? Si cette précision cachait ce que iéxhèrcliea saVtfr* ^ ' ."V" ■;" , *"]'" , ' ;"",. À —^EhMèn,' Edouard, jnon ami, ya ou le ciet t'appelle; Ju partiras pour Paris, où je t'âccoinnugnerai, cet après-midi, \ trois heures. . ,\ ,
— Non, pas aujourd'hui, Maurice ; mais demain... ' \f *
— Je découvre tout ; j'ai touché le fait personnel à Léonide et à Edouard. Ce départ est concerté; mais il y a désaccord entre eux sur le jour et sur l'heure. N'importe : fl y a une détermination convenue, arrêtée à deux : qu'est-ce qui Ta précédée? qu'est-ce qui la nécessite ?
— Pourquoi donc pas à trois heures, Edouard? nous ferions Toute pendant la nuit, ce qui nous convient parfaite/» ment. Allons! cela nous arrange mieux; tu n'y* avais pas songé. Je vais gônrier pour qu'à trois heures les cheyàux soient prêts; ',,J > \ ' . . , ,:,. '"..'.
Maurice alla vers la sonnette* ,
Edouard l'arrêta.
— Je t'en prie, consens à ce délai : pas aujourd'hui; demain^ Au fond, que t'importe?
— 11 me supplie de lui accorder ce délai : tout est là. Mais qu'est-ce qui est là? J'ai évoqué ce doute : i,L est venu. Quelle lumière en tirerai-je maintenant? il m'effraye.
— Non, Edouard, il feut que tu quittes Chantilly à trojp heures. Je veillé sur toi : je ne réponds de toi qu'à ce prix. \
— Mais enfin^ pourquoi exiges-tu que je parte aujourd'hui! me rapprendras-tu, Maurice? . ,
— Et enfin pourquoi ne partlrais-tu pas aujourd'hui? me Fapprendras-tu, Edouard ?
Ils marchèrent l'un sur l'autre, s'arrêtèrent à un pas de distance, et se regardèrent sans parler, maîtres tous deux de leur espèce de sang-froid. Ce n'étaient pas deux hommes cherchant à s'emparer de leur secret, mais plutôt se demandant : « Avonsnous un secret ? • Quoi <Ju'il dût s'en suivre de ce choc, il n'en était pas moins Résulté une première atteinte de défiance entre les deux ahris : leur amitié avait sa souillure.
~- À'u moins une raison de ce refus, Edouard ; une seule? ^
jitizedbyCSfcO*
*7i LE NOTAIRE
— Je ne te puis.
-* Je t'en supplie.
— Non> Maarice.
— Mais si je l'exigeais?
— Je te refuserais encore, Maurice. Ma vie a été à toi pendant quatre mois; elle est encore entre les mains; ma fortune t'appartient; mais ceci n'est pas à moi, je ne le confierai à personne.
— Chez moi un secret! un secret qu'on me tait !
— De quoi t'étonnes-tu, toi qui en reçois tant et qui n'en as jamais violé?
— J'ai peut-être lort, répondit Maurice avec une grande apparence de sincérité ; j'aurais dû comprendre que ce que ru me caches, n'ayant aucun rapport à ta fortune et à tes opinions, était tout simplement une affaire de cœur où personne n'avait le droit de pénétrer...
Ces dernières paroles furent dites d'un ton si vrai, quoiqu'elles cachassent leur hypocrisie; elles furent accompagnées d'une étreinte si involontaire, quoique peu désintéressée, qu'Edouard y fut pris comme Maurice lui-même.
Il est des pièges d'instinct que l'on dresse par l'irrésistible logique de la situation, et que l'on arrange comme l'araignée tend se6 fils; on ne songe pas à prendre : c'est la vie qui fait sa toile.
Au reste, si Maurice employait sans calcul dans ce moment la franchise comme adresse, Edouard, de son côté, allait se montrer enfin à cœur ouvert. 11 supposa que son ami, craignant de l'effrayer en lui annonçant quelque nouveau péril dont il était menacé, hâtait ainsi le moment de leur séparation. Les suites du bal de Senlis pouvaient avoir déjà fait découvrir sa retraite ; des émissaires rôdaient depuis plusieurs jours autour de Chantilly : Maurice en avait sans doute aperçu, et il n'y avait pas d'autre cause à son obstination mystérieuse. Voilà ce qu'Edouard imagina.
— Je te remercie de ta générosité, Maurice ; tu me comprends enfin ! Sois meilleur que je n'ai été sincère.
— 11 est donc vrai qu'il l'aime ! Je ne me suis pas trompé, fl me remercie encore de ma générosité ! Mais qu'est-ce donc que le monde?
— Oui ! Maurice, j'avais ici un attachement de cœur que j'emporte : un attachement si vif et si brûlant, que je n'ai ja-
nais eu le sang-froid de le fixer ni de m'en rendre compte. Lu moment de le vaincre peut-être par l'éloignement, je m'en Leouse eomme d'une faute.
— Mais, Edouard, Edouard! interrompit Maurice en marchant à grands pas dans le cabinet, tu te méprends sans doute ;ur le choix du confident; tu oublies à qui tu parles, chez qui n es. Tu parles d'amour dans ma maison, et dans ma maison 1 n'y a qu'une femme, et cette femme est la mienne! Cet or, jue tu enveloppes pour moi dans un testament, est-il pour >ayer l'hospitalité où ma femme ? Par quelle étrange erreur ;onfies-tu au mari, que tu as trahi le mari ; à l'hôte, que tu as souillé l'hôte? que veux-tu de plus?
— Est-ce une erreur, est-ce la connaissance entière de ma conduite qui le fait ainsi parler? eut à peine le temps de penser Edouard. Me croit-il l'amant de sa femme et de mademoiselle de Meilhan, ou de sa femme seulement?...
— Apprends tout, Maurice!
— Que me reste-t-il à savoir, malheureux?
— Mademoiselle de Meilhan sera bientôt mère! Maurice tomba dans un fauteuil.
— Silence pour toi et pour moi, mon ami!
— Qu'ai-je dit, Edouard? qu'ai-je supposé? La révélation est si belle pour moi , que je n'ai plus le courage de te blâmer. Tu me rends ma femme, que tu n'as pas désirée, n'est-ce pas? Ce qu'elle a tant fait d'efforts pour me dire , c'est donc cela ! Que ne ï'ai-je comprise ! Son énigme s'explique : vous en aviez chacun la moitié. Elle veut que tu parles, parce qu'elle craint pour cette enfant dont elle est l'amie , presque la mère. Elle a ses projets là-dessus : les tiens sont d'éclaircir nettement ton sort afin de pouvoir t unir à Caroline. Oui ! ce bîanc laissé sur cet écrit tracé de ta main sera rempli par son nom. Mon Dieu! que la vérité est simple ! quelle puissance infernale se plaît donc à la cacher? Un ami perdu, une réputation avilie, un ménage détruit, sur un mot! Ce mot prononcé, la paix descend du ciel. Viens y viens sur moi, Edouard; mais, avant tout, écris ce nom sur ce papier; que je le lise! Réparation pour tous, honneur rendu au mari, richesse à l'orpheline! reconnaissance à Dieu! Écris, écris!
Edouard, attendri jusqu'aux larmes, prit la plume et à la iuitede ces moto : Je laisse mes biens à partager en trois par~
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Ists'^bfe» : ftf pmmrfàiW Vatotof**,filtt VfeWv» cèfar-tf : à
— Et, maintenant pars. Va, choisis le fc/ëft itïk!eûté; qé m'umMç,Y\>mt# fmMrtWi4Mb 8e?wpfi«steilplnrBHeBs, Edouard! car ta femme t'attepd*aj,m<m>atoi^U'C pbe ta, cause! si je nçdprç te reyoir fl^t f$.f(rfr , , . . MauHçeayaîtprfîsqu^o^^é^^ansspn délire^ q^^Udemi ruiné sll nfi^lroûy^t ppsïeV trois. Çenj,. nïille ^"(^j^ur «çhe^ tei^^ dix mwsoDSjd^Cta •. \r\ :.'.'•