SCENE XIII
Mad. de MIRVAL , ERNE3TINE , ensuite CHARLES et DUBOIS.
ERNESTINE
Je ne sais pourquoi j'éprouve une émotion
CHARLES, sans voir ces dames.
Dubois , il faut me chercher un autre logement; je ne veux pas être le voisin de ce vieil original qui se ïache pour un mot.
DUBOIS
Oui , monsieur.
CHARLES
D'abord , rapporte-moi mes effets.
DUBOIS s'est retourné et a vu ces dames.
Eh mais. . . est-ce que j'ai. . . {Il se frotte les jeux. ) Non , je ne me trompe pas ? . . . Ah bien , par exemple ! . . .
AIR : O bonheur extrême !
CHARLES
Est-ce une chimère «
Qui séduit mes yeux ?
Vous et votre mère, ..
Comment en ces lieux?
ERNESTtNE , à part.
Je sens ma colère Doubler à ses yeux.
Ail ! sortons , ma mère , Il m'est odieux!
MAD. DE MIRVAL
Je vois la colère Briller dans tes yeux 5 Quitte donc, ma chère , Ce ton furieux.
CHARLES, aux deux dames.
Parlez j je vous prie, Parlez , qu'à mon cœur , Votre voix chérie Porte le bonheur.
CHARLES
Est-ce une chimère, etc.
ERNESTINE
Je sens la colère , etc.
MAD. DE MlRVAL.
Je vois la colère, etc.
£RNESTINE.
Monsieur cicil peut-être que nous avons fait ce voyage poui' uous rapprociier de luiV
Vous me permettrez au moins de m'en féliciter?
ERWESTINE.
Pourquoi dire ce que vous ne pensez pas ?
CHARLES
Vous me faites injure!
MAD. DE RTIRVAL.
Certainement, ma fille. La franchise de M. Charles te doit être connue autant rjne sa complaisance; et je suis persuadée que si tu I'gii priais, il te chanterait le troisième couplet de la t,hansoa que nous venons d'entendre.
CHARLES, confus, mois gaiement.
Comment, mesdames, vous avez entendu?. . . .
Ernestijve.
Oui, monsieur.
CHARLES , riant.
Ahl inais, c'est une pei-fidiel. . . vous étiez là. Çllrarange son liabil , un peu en désordre , et jette sa serviette qu'il tenait à la main. ) Ah ! bon Dieu , je vous demande pardon de m« présenter. . . (^ Ernestine. ) Vous ne me jugerez pas sur de pareils couplets?
ernestine»
lis sont fort jolis! Que le diable emporte l'amour! CHARLES, toujours follement.
C'est jotier de malheur! Là, aussi comment penser que vous faites soixante-seize lieues en poste pour venir m'entendre chanter ime ch.vison . . . sans importance.
MAD. DE MIRVAL
Mais non pas sans mérite. Les couplets sont d'une facilité. . .
ERNESTINE, ovec défit. El vous les chantiez avec un entraînement. . .
CHARLES, s' humiliant , toujours gai.
Ah ! je vous en conjure, un peu de générosité. . . Sérieusement, je suis confus. . . paroled'ho a)eur jdeiesavoirchantcs. . Outre qu'ils vous ont déplu , ils sont devenus l'occasion d'unp scène piquante;. . . je dis piquante,. . . désagréable entre un oflScier du régiment et ... •
IRrfFSTINE.
Comment , monsieur, vous avez eu une querelle ? . . .
CHARLES
Querelle ... ah !.. . des mots . . . amers un peu , à la (In . . . Qne diable voulez-vous,. , . il y a comme ça dps individus qui se mêlent de reprendre,. . . de morigéner les autres,. . . et m.) foi les autres, . . . moi, surtout , je ne peux pas souffrir. . . yii\\<. rien de bien sérieux. Vous voyez , j'ai mieux: aimé sortir, . . . rt je bénis presque un incident auquel je dois de vous avoir rencontré plus tôt.
MAD. DE MIRVAL
Vous faites bien de tâcher, à force de galanterie , de réparer le tort que vous a fait dans l'esprit d'Ei*nestiiie. . .
CHARLES
Emestine penserait encore? ....
MAD. DE MIRVAL
Cela se passera.
CHARLES
Puis-je m'en flatter?
ERNESTINE
Puisque maman le dit , monsieur.
CHARLES
Mais quel événement favorable . . .
MAD. DE MIRVAL
En deux mot.>; , voici le fait. Jusqu'à ce jour je vous ai laissé croire que j'étais veuve, par des motifs (jui vont cesser d'exister, et je viens trouver uioii mari.
en A RLE».
A'olrc mari ?
MAD. DE MIRVAL
Il est près de vous.
CHARLES
Près de moi?
ERNESTINE
Capitaine dans votre régiment.
MAD. DE MIRVAL
L'homme le plus estimable , le plus franc , le plus loyal. . . .
ERNESTINE
Charles, vous l'aimerez : vous l'avez apprécié peut-être déjà, si vous l'avez vuj. . . il est si bon!
CHARLES
Mais je n'ai pas encore entendu parler d'un M. de Valdé au régiment?
Ce nom n'est pas le sien ...
CHARLE*
On l'appelle?
ERNESTINE
De Mirval.
chakiiES , slupéfail.
De Mirval !
AIR d'Emma.
Il se pourrait?. . . ^
MAD. DE MIRVAL
Quel cri d'effroi !
CHARLES
Ah ! ne demandez rien de moi.
ERME8TIHE.
Parlez.
MAD. DE MIRVAL
Quel e'irange mystère!
CHARLES
Je ne puis , celle qui m'est chère Va m 'accabler de sa colère,
MAD. DE MIRVAL, r.RNESTIKE, SUrprlsCS.
Va l'accabler de sa colère.
CHARLES
Ah! déjà leur front s'obscurcit.
Mallieureux! comment entreprendre De faire ce triste récit , Dont mon avenir doit dépendre?
Ah! déjà leur front s'obscurcit , etc.
n l MAD. DE MIRVAL, ERNESTINE.
Qui peut donc le troubler ainsi ?
Mon cœur a peine à le comprendre j £ I Et, troublée à mon tour aussi ,
Je désire et crains de l'entendre.
CHARLES
Vous allez me haïr.