‹ Le Point de départ de la métaphysique (volume 3)Chapitre 4 sur 27 · IMPRIMATUR · texte numérisé non relu

IMPRIMATUR

Brugis, die 12 Februarii 1923,

H. Vanden Berghe,

Vie. gen.

ERRATA DU CAHIER ï.

1° p. 7, ligne 7 : au lieu de ?/, lire y.

2° p. 7, ligne 10 et suiv., citation d'Aristote: la paraphrase française, faite sur une transcription inexacte du texte grec, doit être corrigée comme suit : " Pourquoi [le Sophiste, ou tout autre] se met-il en route pour Mégare, au lieu de ... "

3° p. 25, ligne 28 : au lieu de volonté, lire nolonté.

4° p. 91, ligne î : au lieu de détermine, lire déterminé.

5° p. 130, ligne 26 : au Heu de anima, lire anime.

6° p. 132, ligne 2 de la note: au lieu de contrahir, lire contrahitur.

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introduction.

Nous nous sommes efforcé, dans une première série de Leçons (Cahier I), de mettre en évidence la compénétration de la Métaphysique et de l'Epistémologie chez les Anciens. Chez les philosophes grecs et médiévaux, en effet, le problème général du Réalisme se continue, en vertu d'une nécessité logique, par le problème de la définition réciproque des " essences ", ou des formes de l'être. Cette délimitation des " essences ", pour remplir sa fonction épistémologique, doit à la fois être rigoureusement cohérente et embrasser tout le domaine du Réel; elle doit être systématique et compréhensive; faute de quoi, l'affirmation — inévitable, pourtant — de l'absolu métaphysique se briserait sur la contradiction ou se dissoudrait dans l'incertitude.

Avons-nous réussi à montrer que la double condition, rappelée ici, se trouva réalisée, au moyen âge, dans le thomisme authentique, et là seulement? Selon nous, il est manifeste que la viabilité de la Critique ancienne de la connaissance, et l'équilibre interne de toute métaphysique réaliste, sont liés à la thèse centrale de l'aristotélisme de S. Thomas : appelons celle-ci comme nous voudrons : théorie " synthétique " du concept, par opposition à une théorie intuitive et analytique ; ou bien, théorie de 1' " universel direct " ; ou bien, théorie de 1"' objet propre de l'intelligence humaine " identifié à la " quiddité abstraite des choses matérielles " ; ou enfin, théorie de " la participation essentielle de la sensibilité à nos intellections, grâce à l'unité substantielle de l'âme et du corps " ; peu importe le choix de la formule, car toutes ces expressions, en définitive, signifient ceci : que ce qui nous est donné d'abord, par l'exercice naturel de notre connaissance, ce ne sont pas, comme on l'avait cru, des termes antinomiques, affrontés dans une hostilité originelle et nous créant la tâche décevante de les concilier sans les altérer, mais c'est, au contraire, une unité synthétique, vécue par nous selon son indivision essentielle, et ne nous livrant que secondairement l'opposition relative de ses principes constitutifs.

Le problème de l'Unité et de la Multiplicité, envisagé selon toute son ampleur, jusqu'à la rencontre même de l'Unité pure (intelligibilité pure) et de la pure Multiplicité (Matérialité pure), nous est proposé, initialement, comme " résolu " dans une synthèse vitale, tant subjective qu'objective. Mais, venons-nous à méconnaître cette synthèse primitive et radicale, jamais nous ne surmonterons totalement ies antinomies métaphysiques. Le pourquoi de cette impuissance se révélera de plus en plus complètement au cours de nos Leçons.

Nous avons noté avec quelque détail ies contre-coups provoqués par la méconnaissance du point de vue thomiste, chez les Scolastiques de la fin du moyen âge, surtout chez Duns Scot et chez Occarn. Née sous les auspices du Nominalisme occamiste, la philosophie moderne en hérita, comme un apanage indiscuté, la théorie intuitive et analytique du concept : fardeau d'abord inaperçu, qui va peser, trois siècles durant, sur le développement des systèmes ; source aussi de multiples antinomies, qui jailliront successivement, sous les tâtonnements des philosophes, et se ramasseront enfin en deux courants nettement divergents : le dogmatisme rationaliste et l'empirisme phénoméniste. Dans cette antinomie suprême, dans cette alternative sans issue, la philosophie prékantienne, si brillante, si originale, si éprise de rigueur, mais trop peu attentive à ses origines, va se trouver bloquée, immobilisée.

Le but de notre second Cahier est avant tout d'exposer comment la philosophie moderne, jusqu'à l'avènement du kantisme, demeure, à son insu, dépendante du bas moyen âge, et, si l'on nous permet une expression triviale, dégorge petit à petit, en thèses explicites, tout le venin caché du Nominalisme. Sauf à renier son point de départ, elle ne pouvait pas ne pas aboutir, soit à Hume, soit à Wolff ou à Spinoza. Nous avons dressé, précédemment, le schéma logique de ce développement (Cahier !, livre IV, chap. 3) : l'histoire progressive des systèmes est à peine moins schématique.

Est-ce à dire que l'histoire ne nous apprendra rien de plus que n'eussent fait quinze lignes de déduction abstraite ? Non certes : outre qu'il sera fort instructif d'observer la vie latente de certains présupposés d'origine médiévale, se trahissant par leurs conséquences métaphysiques successives, peut-être y aura-t-il plus d'intérêt encore à surprendre l'influence — stimulante ou stérilisante — de ces présupposés obscurs sur les tentatives nouvelles, de plus en plus audacieuses, d'édifier une épistémologie systématique.

La période prékantienne fait mieux comprendre le passé médiéval, qu'elle prolonge ; elle éclaire aussi, par avance, la philosophie critique qu'elle prépare.

Afin d'éviter toute méprise sur notre but, nous prions qu'on veuille bien se rappeler les principes méthodologiques que nous avons exposés dans notre Introduction générale (Cahier î) : nous ne prétendons pas écrire une histoire de l'épistémologie, mais seulement emprunter à cette histoire les éléments d'une démonstration théorique ; nous nous efforçons d'être exact, sans nous piquer aucunement d'être complet. Qu'on nous permette aussi de renvoyer à la même Introduction générale pour la justification des règles de bibliographie appliquées dans ce volume.

Note sur un point de terminologie.

Nous devrons employer plus souvent que jamais, dans cette seconde série de Leçons, l'expression : " rationalisme ". Ce mot désignera toujours, sous notre plume, (à moins que le contexte ne donne expressément un autre sens), l'attitude philosophique qui consiste à supposer la réalité ontologique exactement " représentée " — et non pas seulement " signifiée " avec vérité — par les concepts de notre entendement.

Le rationalisme — " réalisme de l'entendement " ou " réalisme des essences (conceptuelles) " — méconnaît ou néglige, dans nos concepts objectifs, la double imperfection suivante :

1° L'indice phénoménal, inséparable de la "matière" (c.-à-d. du contenu sensible) de nos concepts ; imperfection qui empêche ceux-ci de représenter jamais, selon sa forme propre, l'objet transcendant ;

2° La structure dualiste et synthétique (" concrétion ", synthèse de suppositum et de déterminations formelles) de tous nos concepts objectifs ; imperfection qui empêche ceux-ci d'exprimer jamais directement une forme simple, et à fortiori l'Etre pur.

Nous démontrerons plus tard, d'après S. Thomas, cette double imperfection de notre connaissance (Cahier V). Si nous la soulignons ici, c'est uniquement pour fixer notre terminologie et réduire le plus possible tes risques de malentendu. Parfois, en effet, le mot rationalisme est employé dans un sens plus large, au point même de désigner, en général, le réalisme métaphysique (p. ex. dans Rougier. Les paralogismes du rationalisme. Paris, 1921).

Le réalisme que nous opposerons, plus tard, au rationalisme, suppose une théorie de la connaissance analogique, où il soit établi que nos concepts, bien que ne " représentant " directement (selon leur contenu phénoménal et selon le dualisme structurai de leur " concrétion ") que des objets matériels, peuvent néanmoins être transposés à " signifier " (sans à proprement parler les " représenter " ) des objets transcendants. Nous avons déjà indiqué, dans le Cahier précédent, que nous empruntions cette distinction à la " Somme théologique ". On voudra bien s'en souvenir, s'il nous arrive de décrire les rationalismes comme des systèmes philosophiques qui assimilent trop étroitement " signification " et " représentation ?'.

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