Si l'on refuse la solution thomiste, que reste-t-il
Il reste que les notes différentielles des individus, dans l'espèce, soient des notes strictement " intelligibles ", au même titre que les autres attributs essentiels.
Dans ce cas, les concepts directs seront tous singuliers et différents entre eux; et l'on appellera " individualité " l'ultime différence
interne de ces concepts. Quant à l'espèce, on l'obtiendra par une abstraction réfléchie, portant sur un nombre plus ou moins grand de concepts singuliers : on s'efforcera, en y éliminant les différences individuelles, de définir un résidu spécifique qui comprenne la communauté la plus ample possible de notes intelligibles. Mais, dans ces notes communes, le même procédé d'analyse réflexive montrera deux groupes encore : un nouveau groupe différentiel, propre cette fois à l'espèce définie, et un groupe plus général, commun à plusieurs espèces; la différenciation au second degré s'appellera " différence spécifique ", le groupement plus général s'appellera " genre ". Et la même opération, analytique et généralisatrice, pourra se réitérer jusqu'à rejoindre la généralité même de Yêtre prédicamental.
Tel est forcément le point de vue des Scolastiques qui s'écartent de la thèse thomiste; il pouvait ramener d'Aristote à Platon; en fait, il conduisit à Occam.
Demandons-nous, en effet, dans quelle mesure ce point de vue est compatible avec un réalisme -modéré.
b) Le réalisme modéré thomiste et le réalisme modéré non-thomiste.
On voudra bien remarquer que le point de vue dont nous parlions en dernier lieu met exactement sur le même plan le genre et Y espèce. L'abstraction qui isole le concept spécifique des concepts individuels y est de même nature que l'abstraction qui isole le genre de l'espèce. L'espèce n'est qu'un genre ultime, comme 'l'individu n'est qu'une espèce ultime. En conséquence, l'objectivité de l'espèce doit être du même ordre que l'objectivité du genre.
Pour apprécier la portée de cette remarque, il convient d'examiner à quoi se réduit, dans l'hypothèse non-thomiste, l'objectivité tant du genre que de l'espèce.
Considérons le processus d'abstraction qui livre l'un et l'autre.
Ce n'est plus ici une abstraction naturelle et primitive, opérée immédiatement sur le sensible par le seul fait de l'immatérialité de l'agent intellectuel; ce n'est plus une àyaùgeotç; c'est, dès l'abord, une abstraction réflexive, opérée sur des concepts singuliers; c'est une induction proprement dite, une ènaymyn. Et c'est donc une opération qui, bien loin de jaillir de la rencontre même des conditions ontologiques respectives du sujet et de l'objet, procède au contraire d'une initiative subjective, insuffisamment contrôlée par la collection, toujours incomplète, des perceptions individuelles.
Nous allons expliquer ceci en développant les deux graves objections qu'un réaliste ne peut manquer de faire à cette élaboration purement réîlexive des concepts universels.