‹ Le point de départ de la métaphysiqueChapitre 1 sur 70 · PARIS (VI · texte numérisé non relu

PARIS (VI

^JOV

IMPRIMl POTEST :

Bruxeliis, die 20 novembris, 1924.

FERD. WlLLAERT, S. J.

Praepositus Prov. Belgicae.

IMPRIMl POTEST:

Brugis, die 23 niartii 1926.

H. Van den Berqhe Vie. gen.

Avant-Propos.

Il n'est peut-être pas, en philosophie, de questions plus épineuses, plus sujettes à malentendu, que les problèmes d'épistémologie. Nous ne redoutons guère, avouons-le, que des lecteurs attentifs, abordant ce Cahier sans préventions et avec une certaine connaissance déjà des problèmes en cause, se méprennent bien gravement sur notre pensée. L'accueil presque universellement sympathique réservé aux Cahiers précédents nous enhardit à cette confiance. Néanmoins, pour diminuer encore, si possible, le risque d'être mal compris, nous grouperons ici, par manière d'Avant-propos, quelques éclaircissements que nous souhaitons utiles sans laisser de les espérer superflus.

1. D'abord, ce Cahier n'offre point un tableau d'ensemble de la philosophie thomiste, ni même seulement de la noétique thomiste. Plusieurs problèmes importants de logique — réalité du monde physique, valeur des concepts abstraits génériques et spécifiques, objet et méthode des sciences positives, etc. — ne seront traités que dans la mesure où ils intéressent notre thème principal: la possibilité de l'affirmation métaphysique. Pourquoi, du reste, aurions-nous tâché à refaire les exposés excellents qui existent, et qui sont universellement appréciés: tels (pour ne mentionner que deux ou trois ouvrages généraux écrits en français) le magistral S. Thomas cVAquin du R. P. Sertillanges, O. P.; ou encore, le livre brillant et vigoureux du regretté P. Pierre Rousselot, S. J., U intellectualisme de S. Thomas; ou bien: Le Thomisme de M. Gilson, résumé historique clair, exact et rapide des doctrines philosophiques de S. Thomas; ou enfin, si l'on cherche en même temps une élaboration didactique de ces doctrines, le grand Cours de philosophie publié par le cardinal Mercier et ses collaborateurs?

2. Le but spécial de nos pages est exprimé dans le sous-titre qu'elles portent: Le Thomisme devant la Philosophie critique.

Cette étude comparative ne vise point à l'actualité immédiate: par

« Thomisme » nous entendons l'œuvre de S. Thomas lui-même, directement interprétée, et par « philosophie critique » le criticisme kantien, dans sa forme historique, tel que l'ont décrit nos Cahiers III et IV.

Faut-il dire que nous n'avons aucune velléité de renier le dessein que nous annoncions dès l'Introduction générale de cet ouvrage: « Si nos connaissances directes, disions-nous alors, ne vont pas, d'emblée, atteindre l'objet en soi, nous demeurons, de droit, confinés à l'intérieur du sujet comme tel, nous sommes emmurés dans le relatif, et .'>ucun artifice de démonstration ne nous permettra de « jeter un pont » vers l'extérieur et l'absolu. Loin de nous, par conséquent, la pensée de rouvrir ici la décevante quaestio de ponte... Si nous atteignons la vérité métaphysique, ce sera, en dernière analyse, à la lumière d'une évidence objective immédiate » (Cahier 1, p. VIII). « Mais, ajoutions-nous, tout n'est peut-être pas dit par là » (Ibid.); car l'ontologisme cartésien se réclame également de l'évidence objective immédiate: on conviendra que c'est là, pour le moins, un allié compromettant. D'autre part, contre les adversaires de la métaphysique, nous ne songions pas non plus à nous rendre la tâche trop légère: « On ne surmonte vraiment une erreur qu'en y faisant éclater la contradiction; ... l'affirmation métaphysique, pour s'opposer victorieusement au relativisme, doit revêtir une nécessité « théorique », et non pas seulement une nécessité « morale * ou « pratique ». (Ibid., p. IX)

Ce volume doit achever de dégager notre parole, en ce qui concerne l'agnosticisme kantien.

Il y a deux manières de revendiquer, devant les exigences méthodologiques de la Critique moderne, les droits du réalisme intellectualiste traditionnel: 1 " Contester, en tout ou en partie, la légitimité des exigences critiques. 2" Montrer que le réalisme métaphysique y satisfait — fussent-elles, en soi, exagérées ou arbitraires.

De ces deux tactiques, également efficaces, la première n'exclut pas la seconde: nous les emploierons l'une et l'autre.

Déjà nous avions consacré quatre volumes à exposer dans quelle mesure les points de départ de la Critique de Kant furent commandés, historiquement et logiquement, par le relâchement fatal que subit la synthèse métaphysique à partir du XIV siècle: si nous ne nous trompons, c'était bien là contester la légitimité absolue et universelle, sinon l'opportunité relative, des exigences méthodologiques du Kantisme. Dans ce V tome, nous voudrions démontrer plus directement, par les doctrines mêmes, qu'un réalisme mètaphy-

sique, fondé sur l'évidence première de l'affirmation ontologique, échappe à toute contradiction interne et peut se passer de tout étai artificiel. C'est encore là contester en fait la légitimité absolue des exigences critiques formulées par Kant.

Vers la fin du Cahier (Livre III), nous userons de la seconde tactique indiquée plus haut, c'est-à-dire que nous rechercherons si les postulats initiaux du Kantisme {objet phénoménal et méthode transcendantale d'analyse) ne recèleraient pas, quoi qu'en ait cru Kant. l'affirmation implicite d'un véritable objet métaphysique. Qu'il faille répondre à cette question par un oui ou par un non, la valeur permanente du réalisme ancien n'en demeure pas moins établie à nos yeux; nous ne jugeons pas toutefois ce surplus d'enquête totalement oiseux; car il y aurait bien quelque intérêt à constater que le réalisme métaphysique compénètre à tel point la pensée humaine qu'il est enveloppé déjà, de nécessité logique, dans la simple représentation « objective » d'une donnée quelconque.

Notre volume proposera donc, à l'appui du réalisme métaphysique, une double démonstration, l'une principalement doctrinale, l'autre principalement polémique. La première, partant du réalisme fondamental de la connaissance intellectuelle, tant directe que réfléchie (Livre II, Sect. 1), traitera la connaissance elle-même comme un ensemble de relations ontologiques entre sujet et objet, et trouvera, dans ces relations ontologiques, la caractéristique logique de nos diverses facultés (Livre II, Sect. il et III). La seconde (Livre 111), côtoyant d'abord le Kantisme pour le mieux dépasser, aura pour point d'arrivée cette même thèse de la valeur ontologique de l'intelligence qui constituait le point de départ de la première démonstration. Nous prions qu'on veuille bien, en lisant les Livres II et III, se souvenir de cette opposition de perspectives, qui confère une signification épistémologique très différente à des analyses partielles matériellement identiques.

3. Notre but même nous met dans la fâcheuse nécessité d'écrire à la fois pour plusieurs catégories de lecteurs, dont les habitudes d'esprit, les préoccupations philosophiques et la terminologie diffèrent notablement. Ce qui, à l'un, paraîtra un axiome ou un lieu commun, suscitera, chez l'autre, un premier mouvement interrogateur ou méfiant; tour à tour, le lecteur scolastique et le lecteur non-scolastique estimeront superflus, voire naïfs, certains développements auxquels nous nous résignerons, ou bien, au contraire, jugeront trop brèves certaines indications qui nous paraissaient

suffisantes. A pareil mal, il n'est d'autre remède que la bonne volonté sympathique du lecteur lui-même: nous devrons compter souvent sur son endurance et sur sa collaboration intelligente.

Nous ne nous dissimulons pas non plus que l'extrême morcellement analytique du contenu de ce Cahier en masquera, aux yeux de plusieurs, l'étroite unité. Et pourtant, les divers chapitres développent une seule idée fondamentale, qui, progressivement, se détaille, s'approfondit, se concentre et se transpose: les apparentes sinuosités mènent droit au but, et les apparentes redites sont réellement des phases naturelles du thème unique. Si l'on veut repérer d'avance l'idée centrale, animatrice de nos pages, on la trouvera exprimée, en termes métaphysiques, dans les paragraphes consacrés à la « notion de vérité logique » et à r« ontologie de la connaissance » (Livre II, Section II, chap. 1, paragraphes 1 et 2, pp. 56-73). Nous croyons avoir condensé là tout l'essentiel de la pensée thomiste en la matière.

Il nous reste à formuler quelques constatations, à la fois élémentaires et grosses de problèmes — nous allions dire: quelques « apories » — que nous proposons spécialement à nos lecteurs scolastiques.

1. La critique, étant œuvre de réflexion, a pour objet immédiat l'objet immanent. — La réflexion critique (1) ne crée pas en nous la vérité; elle juge de la vérité qui est en nous. Son terme immédiat n'est donc pas l'objet même de l'appréhension directe (objet en soi, ou « intelligible en puissance »), niiais bien le contenu objectif présent, comme « intelligible en acte », dans le sujet; disons plus brièvement: !'« objet immanent ».

Chose étrange, dont témoigne mainte polémique stérile, il n'est point tellement aisé, en parlant épistémologie, de garder présent à l'esprit ce caractère essentiellement réfléchi de la critique; trop souvent l'on en vient à confondre l'objet externe de la connaissance directe et l'objet immanent; à partir de cette méprise, les plus extrnvngants (|uiproquos s'enchaînent à perte de vue.

2. La critique considère à la fois les deux termes, subjectif et

(I) Nous employons tx* mot au sens générique, et non dans le sens plus restreint de c critique kantienne » ou de c critique moderne ».

objectif, du rapport de vérité. — Puisque la critique est d'ordre réfléchi et porte jugement sur la vérité logique, c'est-à-dire sur le rapport entre l'intelligence et l'objet, on ne s'étonnera pas qu'elle utilise, à cet effet, les propriétés du sujet lui-même, celles du moins par lesquelles le sujet intervient dans la constitution du « cognoscible en acte », objet immanent. Pour juger d'un rapport, il faut en dominer les deux termes.

Mais n'est-ce point là, dans une certaine mesure, la condition de tout jugement? nous en convenons volontiers: l'intelligence, en jugeant « de l'objet », juge toujours, au moins implicitement, « de la vérité de la connaissance même ». S. Thomas assure que notre intelligence ne juge qu'en reconnaissant en elle un « quoddam proprium », dont elle prononce (« dicit ») la conformité avec le réel. La réflexion élémentaire, latente en cette opération, prélude vraimenr à la réflexion critique: le jugement le plus simple est déjà une sorte de recul intérieur que se donne le sujet devant son assimilation primitive de l'objet. Aussi le jugement occupe-t-ii, dans notre connaissance, une position singulière, à mi-chemin entre la saisie naïve du réel et l'acceptation critique de ce réel.

3. La critique s'érige en juge de l'évidence objective. — Apprécier réflexivement la vérité de la connaissance directe ne va pas sans une appréciation (acceptation ou refus) de l'évidence même de cette connaissance directe. On saisit la différence entre les trois propositions: «Ceci est» (jugement direct); «Je vois ceci à l'évidence» (expérience psychologique); « J'ai raison de me livrer à cette évidence particulière » (jugement critique). Mais cette troisième proposition, qui juge l'évidence même des objets, sur quelle nécessité rationnelle ou, si l'on préfère, sur quelle évidence plus fondamentale repose-t-elle? Bornons-nous ici à poser la question: la réponse sera donnée, par échelons au cours de ce volume, et formulée, en termes généraux, dans le Corollaire de la page 430.

En tout cas, la réflexion critique, puisqu'elle émet un jugement de valeur sur notre connaissance des objets et occupe ainsi un niveau logique supérieur à celui de l'évidence directe de ceux-ci, procède par des méthodes qui lui sont propres et n'est point astreinte à retracer les étapes psychologiques des assentiments spontanés. Quoique médiate, la justification critique reste donc conciliable avec le réalisme immédiat de notre connaissance primitive des objets.

4. L'évidence de l'objet métaphysique ne se confond pas avec celle de l'objet physique. — L'objet immédiat de notre connaissance

directe, celui dont l'évidence objective s'impose d'abord, c'est Vobjet physique, l'ens mobile, qui est déjà, à vrai dire, tant en soi que dans l'implicite de notre pensée, objet métaphysique, mais dont les attributs métaphysiques ne nous sont révélés, formellement et explicitement, qu'à la réflexion. Sans rien préjuger de la nature de cette réflexion, notons que le double moment — physique et métaphysique — de notre connaissance explicite des objets échelonne sur deux degrés le problème de l'évidence: l'évidence « quoad nos » de l'objet métaphysique (en tant que métaphysique) dépend de conditions moins élémentaires que l'évidence directe de l'objet physique. Nous devrons, au moment voulu, tenir compte de la différence ici marquée (voir, par ex, pp. 363-367).

5. Dans l'inteltection se trouvent associées une réception objective et une construction immanente. — Une théorie de la connaissance ne peut négliger, ni l'aspect passif, ni l'aspect actif de l'acte intellectuel: exagérer l'aspect passif, c'est glisser vers l'empirisme; exagérer l'aspect actif, c'est friser l'ontologisme ou l'idéalisme.

Dans les pages qui suivent, nous nous efforcerons de maintenir, en toute rigueur, le point de vue moyen de l'aristotélisme thomiste. Le lecteur comprendra d'autant plus aisément notre pensée qu'il entrera davantage dans l'esprit des théories traditionnelles de l'intellect-agent et du verbe mental: elles offrent pour nous un intérêt spécial, puisq,u'elles analysent deux phases successives de l'activité interne de l'intelligence.

Du reste, l'objet immanent, dont nous devrons parler si souvent, n'est autre chose que la « conceptio » ou le « verbum interius » de S. Thomas. Plaçons donc notre recherche sous l'égide de deux ou trois textes bien caractéristiques de ce dernier; nous y soulignons les expressions les plus significatives:

« Intelligens... in intelligendo ad quatuor potest haberc ordineni: scilicet ad rem quac intclliptur, ad speciem intelligibilem qua fit ititellectus in actu, ad suum intelligere, et ad conceptionem inteliectus. Quac quidem conceptio a tribus praedictis differt. A re quidem intelJecta, quia rcs intellecta est interdum extra intellectum; conceptio autem inteliectus non est nisi in intellectu; et iterum conceptio inteliectus ordinatur ad rem intcllectam sicut ad fincm; propter hoc enini inteliectus conceptionem rei in se format ut rem inlellertam cognoscat. Differt autem a s|X'cie intellitîibili; nam «pecie» intellijfibilis, qua fit inteliectus in actu, consideratur ut principiuin attionJH inteliectus Differt autem ah actione inteliectus: quia praedicia conceptio consideratur ut terminus actionis. et quasi quoddam per ipsam constitutum. Inteliectus enim formai rei definitioncm. vel ctiam proposilionem affirmativam seu nefiativam. Haec autem conceptio inteliectus in nobig proprie verbum dicitur... Hujusmodi ergo conceptio, «ve verbum,

xiir

qua intellectus noster intelligit rem aliam a se, ab alio exoritur et aliud repraesentat. Oritur quidem ab intellectu per suum actum, est vero similitudo rei intellectae » (De potentia Dei, VIII, art. 1, corp.). — « Hoc ergo est primo et per se intellectum, quod intellectus in seipso concipit de re inteilecta, sive illud sit definitio, sive enuntiatio > (op. cit. IX, art. 5, corp.>. — «... In intellectu speculativo, videmus quod species. qua intellectus informatur ut intelligat actu, est primiim quo inteliigitur: ex hoc autem quod est effectus in actu. per talem formam, operari jam potest formando quidditates rerum et componendo et dividendo; unde ipsa quidditas formata in intellectu, vel etiam compositio et divisio, est quoddam operatum ipsius, per quod tamen intellectus venit in cognitionem rei exterioris; et sic est quasi secundum quo inteliigitur* (De Veritate, III, art. 2, corp.).

Ces textes nous livrent des indications très nettes: intervention du verbe mental (et non seulement de la « species impressa »), comme « médium quo » ou « in quo », dans toute connaissance intellectuelle d'objets; construction du verbe par l'activité interne de l'intelligence; expression du verbe dans la définition et le jugement; relation naturelle entre le verbe immanent et la connaissance objective qu'il nous procure: relation si étroite que l'objet connu, en tant que connu, est prédéfini et mesuré par le verbe conmie une fin est déterminée dans les principes prochains qui la commandent.

Cela étant, dira-t-on que le point de vue thomiste interdit tout espoir d'éclairer, par l'analyse réfléchie de l'objet immanent ou du verbe mental, la nature et la portée de l'intellection directe? (1)

6. L'intellection, en tant qu'action formatrice du verbe mental, se règle sur des dispositions à priori qui expriment la nature même di' V intelligence. — Cette proposition découle de la précédente, comme un corollaire. Le terme immanent d'une action est nécessairement conforme à la nature de l'agent. L'objet immanent — le « verbum, ... sive illud sit definitio, sive enuntiatio» — reflète donc tout au moins certaines conditions à priori, exprimant la nature de l'agent intellectuel. Et comme une corrélation doit exister entre la nature de l'intelligence et les caractères universels de l'intelligible, on pressent déjà que l'a priori fonctionnel ou subjectif, dont nous parlons, n'est

(1) Plusieurs philosophes scolastiques, et non des moindres^ ont appelé l'attention, récemment, sur l'importance, un peu méconnue, de ces aspects dynamiques de la connaissance: ne voulant point nous engager dans la bibliographie contemF>oraine, nous nous contenterons de citer, comme exemple. les travaux du R. P. Roland-Gosselin, O. P., en particulier son étude très remarquable sur La théorie thomiste de l'erreur (Mélanges thomistes. 1924).

point dépourvu de toute signification logique ou. objective. (On trouvera, aux pages 91-101, une première élucidation de l'a priori cognitif, d'après S. Thomas).

Les philosophes critiques, de leur côté (voir Cahiers III et IV), nomment « apriorité » la propriété logique de tout ce qui, dans la connaissance, dépasse le contenu concret et particulier de l'expérience sensible. Cette apriorité se présente à eux sous deux aspects: 1° comme détermination transcendantale (aspect subjectif ou fonctionnel); 2° comme universalité et nécessité (aspect objectif). S'il reste, dans l'agnosticisme critique, un point particulièrement exposé à un retour offensif de la métaphysique, c'est bien cette théorie de l'apriorité. Un thomiste, conscient de son avantage, se gardera donc d'écarter, d'un geste sommaire, le problème moderne de l'a priori intellectuel. Un certain à priori s'impose, en tout cas, dans la mesure où s'avère l'activité interne de l'intelligence; disons autrement, toujours du point de vue scolastique: l'a priori s'impose dans la mesure où est requise une « proportion » antécédente entre les facultés et leurs objets; ou encore dans la mesure où !'« objet formel » de « puissances passives » règle l'appréhension de leurs « objets matériels»; ou enfin, dans la mesure où, par nécessité de nature, le « sensibile per se » se double d'un « sensibile per accidens ».

Une fois condamné le pur empirisme, la question, pour nous, n'est plus de savoir s'il existe ou non un à priori intellectuel, mais quel est exactement cet à priori, et comment il exige (loin qu'il l'exclue) le concours d'objets extérieurs.

7, Les déterminations à priori de l'acte cognitif ne sont point des € idées innées », même « virtuelles ». — La solution que nous esquisserons plus tard du problème, à la fois psychologique et logique, de l'a priori, s'appuiera, dans toutes ses parties, sur des textes de S. Thomas. En attendant, épinglons ici une des déclarations occasionnelles qui se rencontrent, à ce sujet, chez le Docteur Angélique.

On objectait: « Sicut vires apprehensivae (les puissances cognitives) comparantur ad sua objecta, ita et appetitivae. Sed vis apprehensiva débet esse dcnudata a specie sui objecti, ad hoc quod cognoscat: sicut pupilla a colore. Ergo et appetens bonum débet es5c dcnudatum a specie boni, etc. ».

Voici la réponse: «... Dicendum quod in apprehensivis potentiis, non semper hoc est verum quod potentia denudetur totaliter a specie sui objecti: hoc cnim fallit in illis potentiis quae habent objectuni univcrsnle, sicut inlellectus, cujus objectum est quidditas, cum tamen habcat quidditatem; oportet tamen quod sit dcnudatus a formis illis

quas recipit. Fallit etiam in tactu, propter hoc quod, si habeat specialia objecta, sunt tamen de necessitate animalis. Unde organum non potest esse omnino absque calido et frigido... Appetitus autem habet objectum commune, scilicet bonum; unde non est denudatus totaliter a bono, sed ab illo bono quod appétit; habet tamen illud in potentia, et secundum hoc similatur illi; sicut et potentia apprehensiva est in potentia ad speciem sui objecti » {De Veritate, XXH, art. 1,8° et ad 8).

Sans même entrer dans une exégèse détaillée, on induirait facilement de ce texte une théorie générale de l'a priori; elle serait centrée sur le principe invoqué par S. Thomas: une puissance dont l'objet propre est universel, n'est jamais, comme puissance, « entièrement dépourvue de la forme de son objet » ; si bien que tout objet de cette puissance réalise à quelque degré ce qu'Aristote affirmait du « premier principe »: « il survient à [une faculté] qui déjà le possédait en quelque façon par nature ». — « Advenit quasi per naturam habenti ipsum » (S. Thomas, In IV Metaph., lect. 6).

Puisque l'objet formel d'une puissance opérative est toujours universel en son genre, la préexistence nécessaire de certains traits généraux de l'objet, dans la nature et dans l'opération du sujet, vaut, proportion gardée, pour la gamme entière de nos facultés cognitives. Toutefois, les dispositions à priori, ainsi échelonnées en nous, ne sauraient être confondues avec des « idées innées » actuelles ou virtuelles (1): pour un philosophe scolastique, l'a priori du sens n'est point une représentation innée, mais une règle sélective dans la réception d'impressions étrangères; les « schèmes à priori » dans l'imagination ne sont point des images innées, mais des lois universelles présidant à l'édification des images; les « conditions à priori •» de l'intelligence ne sont point, chez l'homme, des concepts innés, mais des exigences de contenu intelligible, exigences universelles, définies tant par la nature de l'intelligence que par sa coordination nécessaire avec la sensibilité. Bref, à quelqiue degré que ce soit, l'a priori des facultés cognitives n'est point statique mais dynamique; point lui-même objet ou représentation objective, mais seulement principe de connaissance et révélateur d'objet.

L'a priori qui s'exerce dans l'intellection consiste donc, selon nous, dans la contribution naturelle et permanente apportée par l'intelligence à la formation de l'objet immanent ou du « verbe mental »:

(1) Kant lui-même, en 1770, appelait l'innéisme une philosophie paresseuse.

la faculté immatérielle confère son propre « acte >, d'intelligibilité à l'objet matériel, qui n'est intelligible qu'« en puissance ». Et cet à priori subjectif, sans être aucunement une idée innée, ne laisse pas d'avoir une valeur significative rejaillissant sur l'objet que la médiation du verbe fait connaître — disons plus brièvemerrt: sur l'objet connu. Dans les termes prudents où elle est formulée, notre proposition énonce — nous le montrerons en détail — une vérité indéniable pour tout Scolastique thomiste, ou même, plus généralement parlant, pour tout philosophe qui reconnaît, à rencontre du nominalisme, la légitimité d'une « métaphysique de la connaissance », intégrant l'ordre intentionnel à l'ordre de l'être.

8. La source de toute « apriorité », dans V intelligence finie, n'est autre que la motion naturelle de la « Vérité première ». — En scrutant davantage l'a priori intellectuel, nous en découvrirons tour à tour les conditions immanentes et transcendantes — celles d'abord qui commandent r« intellectus principiorum », « analogue inférieur » et, pour ainsi dire, vestige en nous de l'intuitivité des intelligences pures: « Quamvis cognitio humanae animae proprie sit per viam rationis, est tamen in ea aligna participatio illius simplicis cognitionis, quae in substantiis superioribus invenitur, ex quo vim intellectivam habere dicuntur; ... inferior enim natura in suo summo attingit ad aliquid infimum superioris naturae... » {De Veritate, XV, art. 1, corp.). Et nous remonterons ainsi jusqu'à l'ultime raison de toute apriorité, nous voulons dire jusqu'à la motion naturelle, dynamique et formelle à la fois, de la « Vérité première » dans l'intelligence finie (voir, en particulier. Livre 11, Sect. 111. chap. 4, § 4). Dût-il apparaître alors que cette motion transcendante jouit, entre autres prérogatives, des propriétés logiques et fonctionnelles reconnues, en philosophie critique, à r« Acte transcendantal de la conscience », nous ne voyons pas ce que pareille rencontre pourrait offrir (l'iniiiiii'f.nnt ou de fâcheu.x pour un thomiste.

•J. La juiictiun objective de l'a priori intellectuel trouve son explication onlolofiique dans l'ordre de la finalité. — Notre dessein n'est pas uniquement de souligner, dans ce Cahier, la nécessité globale d'une « apriorité » fonctionnelle, et jusqu'à un certain point objective, de la connaissance humaine; nous voudrions éclairer plus spécialement, par les principes mêmes de la métaphysique traditionnelle, In part qui revient à l'a priori, ou à la spontanéité naturelle de l'intelligence, dans l'attitude objectivante qu'observe le sujet en face de l'objet assimilé.

Selon l'adage classique, « le connu est intentionnellement dans le connaissant ». Cela veut dire: l" que la forme de l'objet (« forma alterius »), non seulement affecte extrinsèquement le sujet, mais lui est devenue strictement immanente « quasi quaedam forma ipsius fsubjecti cognoscentis] » (S. th. I, 88, 1, ad 2); 2" que néanmoins cette forme garde, dans l'immanence stricte, le caractère d'une forme d'objet opposé au sujet (« forma alterius, ut alterius »).

Les Scolastiques se sont occupés surtout de ramener au cadre de leur métaphysique le premier de ces deux caractères de l'immanence « intentionnelle ». Le second leur parut, sans doute, aller de soi. Cependant S. Thomas, et après lui plus explicitement Cajetan et Jean de S. Thomas, non seulement le mentionnent, mais le rapportent à la « nature » du sujet cognitif en tant que cognitif, donc à une disposition fonctionnelle à priori. Ils nous livrent ainsi, en germe, une théorie métaphysique de l'objectivation, dont le développement serait peut-être aujourd'hui moins superflu que jadis.

En appeler à la « nature » des facultés connaissantes, c'est se placer dans la ligne de la finalité interne et du dynamisme immanent. Du reste on peut montrer de diverses manières que, parmi les relations ontologiques inhérentes à un sujet connaissant, dépourvu d'intuition intellectuelle, une seule est susceptible de fonder l'opposition consciente de ce sujet à l'objet connu: la « tendance » ou le « désir ». Et l'on est amené de la sorte à devoir étudier la causalité mutuelle nécessaire de l'activité spéculative et de l'activité appétitive dans notre connaissance des objets.

Cette intrusion de la finalité dans une fonction essentiellement logique trahit l'imperfection de l'intelligence humaine. Parfaite, l'intelligence épuiserait l'intelligibilité de tout objet; imparfaite, elle demeure « en puissance » vis-à-vis de tous les objets, même de ceux qu'elle possède déjà partiellement. Mais dire « puissance » dans un sujet réel, c'est dire, au sens ontologique, « tendance » et « appétit ». L'intelligence imparfaite tend au vrai comme à une fin (S. th. I, 16, 1. c): elle ne possède le vrai fragmentaire que dans l'aspiration même au vrai total. Ou bien, autrement: l'intelligence imparfaite n'est pas toute en acte, n'est pas pure conscience lumineuse: les éclairs successifs de conscience s'y allument sur le fond obscur d'un désir infini.

Dans chaque intellection humaine, il faudra donc, avec S. Thomas, distinguer — non séparer, toutefois — deux aspects: la perfection formelle de la conscience, ou la « cognitio in actu secundo », et le mouvement assimilateur qui alimente la « cognitio ». Ce mouvement

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est soutenu du dedans par la poussée naturelle qui entraîne l'intelligence, en tant que « chose particulière » — « res quaedam » {S. th. I, 82, 3, ad 1) — vers sa perfection propre.

Dans les expressions dont nous ferons usage: « dynamisme de l'intelligence », « appétit de l'intelligence », il n'y a donc, pour un Scoiastique thomiste, aucune énormité, pas même un paradoxe. Peu importe, d'ailleurs, le nom dont on décorera cette « finalité interne » de l'intellect, pourvu que l'on se souvienne qu'elle est, dans l'ordre rationnel, un « appétit de nature ». Bien que tout appétit rationnel appartienne à l'orbite de la volonté, nous éviterons, dans nos pages, d'employer sans déterminatif l'appellation de « volonté naturelle », trop voisine de la « voluntas ut natura », qui désigne aussi, chez S. Thomas, un acte élicite indélibéré de volonté (voir plus loin, p. 228, note et 301, note). Il va de soi qu'une disposition appétitive prérequise pour toute connaissance d'objet, ne saurait consister dans une tendance élicite, même indélibérée, puisque celle-ci présuppose la connaissance objective; encore moins peut-il être question, ici, d'un vouloir libre: le problème des certitudes libres et des jugements opinatifs demeure étranger à notre sujet.

Une fois la théorie de l'à priori intellectuel engagée dans la voie de la finalité active, les perspectives s'ouvrent à l'infini pour une métaphysique de la connaissance. Non seulement l'on comprend enfin comment le sujet intellectif peut, sans sortir de lui-même, aborder d'emblée les objets selon leur « en soi »; non seulement l'on mesure la causalité spécificatrice exercée par les objets externes dans la formation de l'espèce intelligible et du verbe mental; mais on voit s'effacer la disproportion inquiétante d'une pensée individuelle et contingente chargée de signification universelle et absolue. Si la pensée, dans sa réalité vitale, est mouvement à une fin par le moyen d'assimilations objectives, elle contient, à chaque étape, littéralement plus qu'elle-même; car, tant au point de vue de \'« exercice » qu'au point de vue « formel », elle se déroule incessamment de l'Absolu à l'Absolu: de l'Absolu, Cause première, qui la meut d'une motion naturelle, à l'Absolu, Fin dernière, qu'elle s'efforce de rejoindre par des actes élicites.

10. Remarque sur la Fin surnaturelle. — La considération de l'Absolu transcendant, comme Fin dernière de rintelligencc, invite à poser, sinon à résoudre, le problème de la destinée surnaturelle.

a) On trouvera dans notre texte môme toutes les précisions

théologiques requises en un sujet aussi délicat. Il serait inexact d'attribuer à la nature humaine (comme d'ailleurs à quelque nature créée que ce soit) une exigence proprement dite d'être élevée à l'ordre surnaturel. Par contre, pour employer les termes de l'Encyclique Pascendi (1), l'aptitude (« capacitas ») de la nature humaine à recevoir cette élévation, et même une certaine harmonie positive (« convenientia ») de la nature intellectuelle et de la surnature, peuvent légitimement faire l'objet d'une « démonstration ». La « démonstration » ici visée semble bien, puisqu'elle s'adresse à des incroyants, être une démonstration tirée de raisons naturelles.

On remarquera que démontrer « capacitatem... ad ordinem supernaturalem » (Ibid.), c'est démontrer du même coup — indirectement et extrinsèquement — tout ce dont la négation supprimerait totalement cette capacité; c'est donc démontrer avant tout la « nonimpossibilité en soi », ou, comme on dit encore, la « possibilité absolue » de la Fin surnaturelle. Quant à la « possibilité prochaine » de cette Fin pour un ordre quelconque de créatures, elle ne peut être connue que par révélation.

b) L'exégèse que nous ferons des textes de S. Thomas concernant la vision essentielle de Dieu — fin surnaturelle de la créature intellective — se borne à des points limités. Nous ne songeons pas à intervenir dans le débat récemment ouvert — ou rouvert — sur cette question entre théologiens thomistes: nos pages sont antérieures de plusieurs années à cet échange de vues. Notre position, pour autant que nous prenions position, tient dans les trois articles suivants: 1" Les raisons invoquées par S. Thomas pour établir sa définition de la béatitude parfaite sont empruntées aux propriétés fondamentales de la nature intellectuelle, donc à l'ordre naturel. 2" S. Thomas démontre que l'objet formel adéquat de l'intelligence et de la volonté, lequel mesure notre capacité radicale de « désir » (« desiderium naturale »), n'est point saturé par la connaissance analogique de Dieu; le surcroît encore « désirable » (ce qui ne signifie pas « actuellement désiré », et moins encore « exigible ») revêt ainsi des caractères négatifs qui permettent de l'identifier avec la « vision béatifique » de la théologie révélée. Il nous paraît bien difficile d'admettre que la formule « Probatum est quod omnis intellectus naturaliter desiderat divinae substantiae visionem » (S. contra Gentes, 111, 57) dise moins que cela; mais nous croyons aussi qu'elle ne dit rien de plus. 3" S. Thomas conclut, de là, au moins à

(1) Denzinger-Bannwart. Enchiridion symbolorum, n" 2103.

lâ « possibilité en soi », à la non-absurdité logique, de la vision essentielle de Dieu: on ne conçoit pas, en effet, un « désir naturel » ou une « capacité radicale » de l'impossible, du néant. Ce qui ne préjuge rien encore de la destination effective de l'homme à la Fin surnaturelle.

c) L'épistémologie, telle que nous la concevons, n'invoque nulle part, comme fondement de nos certitudes objectives, l'élévation réelle à l'ordre surnaturel ou la possibilité prochaine de la Fin surnaturelle. Tout au plus notre théorie métaphysique de la connaissance (Livre II) suppose-t-elle la « non-impossibilité en soi », d'une intuition essentielle de l'Etre absolu: ce qui est bien le sens minimum de la conclusion de S. Thomas: « Quilibet igitur intellectus creatus potest pervenire ad divinae substantiae visionem » (S, contra Gentes, loc. cit.). Potest: moyennant le secours, purement gratuit, de la grâce, évidemment. Cette interprétation modérée, qui admet un « désir naturel » improportionné, inefficace et nullement exigitif, de la vision divine, peut se réclamer d'tme lignée de théologiens éminents.

Nous n'avons pas maintenu, en tête de ce fascicule, l'expression: « essai exégétique », que nous avions d'abord employée. Bien que justifié par notre méthode d'exploration personnelle des textes thomistes, et même par ce qui transparaît encore de celle-ci dans nos pages, le mot « exégèse » semblait promettre une étude philologique et historique hors de proportion avec le but modeste de cet ouvrage. Tout examen exégétique, suffisamment complet et sérieusement technique, des passages de S. Thomas afférents à quelqu'une des grandes questions de la philosophie, serait forcément minutieux et très long; il exigerait, non seulement une analyse directe, mais des recherches comparatives étendues. Ainsi, nous ne concevrions pas que cette exégèse plus poussée se dispensât d'indagucr sur les sources orales et littéraires de S. Thomas, ou d'interroger à son sujet ses contemporains et ses successeurs, adversaires et amis. Peut-être même, pour éviter des anachmnismcs inconscients, devrait-elle remonter historiquement les étapes de l'imposante tradition thomiste, é travers laquelle, quoi qu'ils fassent, les Scolastiques d'aujourd'hui lisent le Maître (1).

(I) Sur le dcvi'Ioppcment du thomisme ancien, il y a bien des choses intéressantefl dans len travaux récents de Mgr (jrabmann, que ses recherches antérieure» rangeaient déjà, à côté du R. P. Mandonnet, O. P.,

Ce luxe d'érudition nous est interdit; et notre exégèse, moins ambitieuse, se gardera bien, soit de fouiller les recoins obscurs, soit d'épier les nuances rares. Chez un philosophe, d'ailleurs, il importe surtout de faire revivre les grands traits systématiques de la pensée: et ceux-ci, plus indépendants des contingences historiques, ne peuvent être tellement malaisés à reconstituer sur des textes sûrs et clairs, comme sont les textes de S. Thomas que nous utiliserons.

Ces textes, nous nous permettrons de les citer dans leur latin» tous nos lecteurs possédant suffisamment cette langue. Du reste, le contexte français immédiat contiendra toujours, sous une forme ou sous une autre, au moins l'idée principale de la citation latine.

Entre les textes parallèles, nous donnerons très souvent la préférence à celui de la Somme théologique, fût-ce pour la simple raison qu'il est plus bref. D'une manière générale, dès que nous rencontrerons une expression nette et incontestable de la pensée du Saint Docteur, nous nous abstiendrons de transcrire d'autres passages à l'appui: notre volume ne constitue pas un répertoire complet des textes épistémologiques de S. Thomas.

On sait que les éditions et réimpressions des œuvres du Docteur Angélique diffèrent par une multitude de menues variantes, qui d'ordinaire, n'affectent pas le sens général des propositions. Ayant composé nos « Leçons » d'abord pour nos propres élèves, nous avons ramené toutes nos citations au texte des éditions scolaires dont ils se servent couramment, et qui sont, croyons-nous, les plus répandues: — pour la Summa theologica et la Summa contra Gentes, la petite édition romaine de Forzani; — pour les Quaestiones disputatae et les Qiiodlibeta, l'édition de Marietti (Turin); — pour les Commentaria in Metaphysicam Aristotelis, l'édition si commode du R. P. Cathala, 0. P. (Turin, Marietti). Les extraits des autres œuvres de S. Thomas sont empruntés à l'édition de Parme.

Dans le cas — très rare — où les variantes modifiaient quelque peu le sens des passages cités, nous avons adopté la leçon de la grande édition romaine, encore inachevée, dite édition léonine.

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