‹ Le poison dans l'histoire et les grandes empoisonneuses [microforme]Chapitre 1 sur 19 · QUÉBEC IMPRIMERIE LAFLAMME · texte numérisé non relu

QUÉBEC IMPRIMERIE LAFLAMME

À. VALLÉE Prof. à l'Université Laval

Mesdames, Messieurs,

Il serait osé, peut-être même téméraire et en tout cas fort déplacé, de venir chez vous, Mesdames, vous causer médecine. Le

det en lui-même est par trop matériel, presque brutal et souvent dr À triste. On peut sans pédantisme et sans vous ennuyer vous dire bien des choses: vous parler tour à tour d'art et de poésie, de littérature et de critique, de voyages et d'histoire, voire même de politique, de droit et de sociologie. Vous acceptez tout avec une bonne grâce qui dénote non seulement l'intérêt que vous y portez, mais aussi votre culture. Ce serait cependant abuser que de vouloir vous entraîner au plus profond des domaines scientifiques, dans des régions presque glaciales et toujours arides au premier contact.

Par bonheur, cependant, cette science médicale a des débouchés nombreux qui permettent de l’atteindre sans même s'apercevoir du passage. Elle se rattache de toutes parts aux questions sociales, elle confne quelquefois à la littérature, elle se confond fréquemment avec l’histoire, De telle sorte que sans en avoir l'air, elle finit par toucher à tout, du moment que ses adeptes ne veulent pas trop se limiter à ce qui la constitue dans son essence. Par son côté qui

1. Conférence faite au Cercle des Lames Canadiennes le 20 mars 1917 et répétée devant les membres de la Société médicale de Québec, séance de mai

guérit et par celui qui prévient, la médecine s'est intéressée à un double point de vue: historique et psychologique, à l'étude du eriminel, Et en cela elle devient acceptable et peut s'adresser partout.

Il semble bien, en effet, qu'Hippocrate, philosophe et médecin

eut pu inscrire en ses aphorismes avec beaucoup de justesse et un

sens très complet de généralise ‘ion, cette vérité très simple: Il est deux classes d'individus qui intéressent le public: les criminels et les honnètes gens...

Or ces derniers, nous croyons les connaitre, puisque nous nous piquons de faire partie de ieur société, En tout cas, à leur sujet, peut-être vaut-il mieux vivre d'illusions et ne pas pousser trop loin nos études de crainte de retrouver souvent la barrière mal fermée qui les rapproche des autres. Entre ces deux catégorig qui se partagent le genre humain, il faut bien n'admettre Ne tence que d'une question de degré, d'une progression souvent rapide. De l'honnète homme complet au criminel le plus avéré, on peut si l'on veut refaire toute la lignée. Nous flattant cependant d'être loin des coupables, nous nous laissons volontiers attirer vers eux. Autant le crime en lui-même semble monstrueux, fait horreur et épouvante, autant le criminel nous attache comme le héros. On veut l'étudier, le comprendre, le voir même, surtout de Join, On l'exploite au théâtre, dans le roman, au cinéma. On le

signale dans l'histoire, on l'Etale dans la presse. Là plus que partout, il sert de réclame et attire le client. On recherche de façon presque maladive, le fait divers de nos quotidiens jaunes à grande circulation. Malgré toutes les mauvaises nuits que vous lui devez, malgré le- craintes qu'il a fait maître, malgré le dégoût qu'il proæerchez inat, pour le seul frisson d'horreur qu'il

voque, malgré tout son être et même malgré vous, vous l'auteur du dernier ass

vous procure.

Ces coutumes malsaines, il faut l'admettre, n'enlèvent pas à ces individus bien humaï,s, tout intérêt réel. Il se peut que. la société profite d'une étude vraie de la criminalité. La connaissance bien

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