LE POLE AUSTRAL DE LA SPHÈRE CÉLESTE
de tous les monstres que le Dante avait rencontrés dans le dernier cercle de son enfer et dont le poète décrit avec éloquence Taspect formidable.
« Apprends de moi, dit le terrible inconnu, car je les connais, les maux réservés à ton audace extrême, et qui vont fondre sur toi. Sache que les vaisseaux qui auront la témérité d'entreprendre ce voyage auront pour ennemis la nature entière, qu'ils seront le jouet d'effroyables ouragans. Je réserve un châtiment terrible aux premiers qui oseront violer ces mers sacrées, encore vierges de tout sillon humain ! Je suis ce cap grand et caché, que jamais ni Ptolémée, ni Pomponius, ni Strabon, ni Pline, n'ont connu. C'est moi qui termine l'Afrique par un promontoire jus(]u'à ce jour ignoré. Je suis un des énormes lils de la Terre, aussi redoutable qu'Encelade ou qu Egée, et mon nom est Adamastor. C'est moi qui, dans la guerre tentée contre celui qui lance les foudres de Vulcain, ai été le dernier a me résigner. Ce n'est pas moi qui fus chargé d'entasser montagne sur montagne, mais j'eus le commandement des ondes et j'engloutis l'armée de Neptune dont je triomphai pendant longtemps. »
Ne dirait-on pas, que par une sorte d'intuition prophétique dont le privilège est réservé aux poètes, Camoëns a deviné le sort cruel de la plupart des explorateurs, dont nous aurons à esquisser la dramaticjue carrière. En effet, nous verrons que prescjue tous les hardis navigateurs, qui se sont fait un nom en bravant l'interdiction que les anciens croyaient prononcée par les destins, ont cruellement expié la gloire qu'ils ont aCïjuise. L'ingratitude de leurs conci-
toyens, la persécution des autres nations^ se disant civilisées, ont été leur récompense quand le tomahawk des anthropophages, les tempêtes, ou de grandes catastrophes les ont épargnés.
On ne peut s'empêcher de reconnaître qu'il existe une certaine corrélation entre la géographie du ciel et celle de la Terre. Les régions équatoriales qui voient passer à leur zénith des constellations riches et nombreuses possèdent des îles multiples sur lesquelles la nature s'est plu à manifester la puissance de sa fécondité. Au contraire les régions antarctiques semblent se ressentir de la pauvreté des astérismes qui planent à leur zénith, et souffrir de la stérilité de la nature sidérale.
C'est près du pôle austral de la sphère céleste, que se rencontre cet espace ravagé que Humboldt a appelé le Trou à charbon. En effet, malgré la persévérance avec laquelle le grand Herschel a appliqué des instruments d'une puissance convenable, on a été bien longtemps avant de découvrir quelques pauvres étoiles, quelques maigres nébuleuses. Il n en est pas autrement des constellations majeures. La Croix du Sud est bien loin d'atteindre l'éclat et l'étendue des deux Ourses; elle ne doit sa réputation qu'à la pauvreté relative des cieux dans ces hautes latitudes. La Voie lactée s'évanouit et le ciel lui-même n'a plus cet éclat mystérieux, qui fait que l'on devine en quelque sorte la présence d'étoiles, que l'on ne peut voir à l'œil nu.
Sans partager ces idées qui, quoique grandioses ont certainement un côté chimérique, nous dirons que