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Avant de raconter les etpTofations dont le Pôle Sud a été l'objet, il est utile die montrer comment les philosophes grecs ont été amenés à se préoccuper de la forme et de la nature de cette partie de la Terre, de son sol, de son climat, des espèces végétales ou animales qu'on y rencontrerait, des mœurs des nations qui l'habitaient, à une époque où ils croyaient que tout l'hémisphère austral était hors de leur portée. Mais, pour être complète, cette étude fort curieuse suppose que nous remontions jusqu'au temps, encore plus reculé, où la question dont nous allons nousoccuper ne touchait en aucune façon nos ancêtres intellectuels, tellement ignorants, qli'ils ne savaient mcnne point que la Terre eût un second côté opposé au seul qui leur fut connu.
Les anciens Hellènes étaient bien éloignés de s'ima-
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giner qu'ils habitaient la surface extérieure d'une sphère, à laquelle une force invisible les tenait attachés malgré eux. Ds croyaient naïvement que les dieux, qui vivaient avec eux à l'état de camaraderie, prenaient part à leurs jeux, se mêlaient à leurs combats et préféraient quelquefois leurs fille» aux déesses de l'Olympe, les avaient placés au milieu d'une plaine immense dont les extrémités étaient complètement inaccessibles. Aucun des gigantesques phénomènes qui nous démontrent par dee intukions si simples et si sûres la rondeur de la Terre, n'avait frappé les regards de ces hommes, qui avaient déjà constaté des vérités physiques ou philosophiques bien autrement difficiles à discerner. En effet ces observateurs, si sagaces dans d'autres circonstances, ne s'étaient même ^oint aperçus que ce grand fait est établi par le spectacle, qu'on contemple chaque fois que l'on voit des navires s'éloigner du rivage. Ils ne s'étaient point avisés de reconnaître que les bâtiments ne deviennent point Invisibles çarce que leurs proportions deviennent trop petites pour que l'œil les discerne, mais parce qu'il commence à perdre de vue k coque, piàs successivement les haubans et les vergues, jusqu'à ce qu'il ne suive plus que le bout des mâts. La carte qu'Homère a tracée sur le bouclier d'Achille, et qui ' représente la Terre sous la forme d'un cercle environné par les eaux du fleuve Océan, est l'expression suprême de nos connaissances géographiques, à une époque où des populations aujourd'hui bien arriérées se faisaient une idée beaucoup plus exacte de la forme de notre domicile. Car sûrement les Égyptiens et sans
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doute les Chinois savaient déjà qu'il existe un autre hémisphère que celui qu'ils haintaiônt.
L'on se tromperait beaueoup îu Tou imaginait que Tenfer, dans lequel le chantre de la guerre de Troie
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faisait voyager le plus subtil de ses héros, était situé dans l'intérieur du sol. Il était loin de donner à la terre une épaisseur proportionnée à ses dimensions. Il la considérait comme une espèce de galette très aplatie
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dans laquelle il aurait été complètement impossible de loger convenablement la population déjà considérable âes morts.
Quoique écrivant à une époque où l'élite des penseurs avait des connaissances infiniment plus étendues, puisque Sosigène avait déjà exécuté la réforme du calendrier, Virgile luî-méme ne s'arrête pas à des idées plus sages que celles du grand poète d'après lequel il s'inspirait même en cosmographie.
Lorsque Énée veut voir son père Anchise, il s'adresse à la Sibylle qui rendait ses oracles à l'entrée de la célèbre caverne de Cumes ; mais cette cavité, dont le poète fait un tableau si terrible, n'était pas à proprement parler, comme on l'a dit bien souvent par erreur, un soupirail des Enfers : ce n'était que le point de départ d'un chemin abrégé par lequel les vivants pouvaient se rendre dans le séjour des morts, sans avoir à parcourir les longs détours de la route que devaient suivre ordinairement les âmes lorsqu'elles étaient débarrassée» du corps qui alourdissait leurs mouvements. Virgile se donne bien garde d^ décrire la voie, semée d'épouvantables obstacles, que suivit le héros guidé par la prétresse, et, tenant à la main son fameux rameau d'or, mystérieusement cueilli dans une magique forêt.
Lorsque la Parque avait tranché avec ses ciseaux le fil de nos jours, nos ombres étaient contraintes à passer sur l'autre rive du fleuve Océan, pour gagner la porte des Enfers, qui s'ouvrait dans les cavernes mystérieuses où le soleil disparaissait chaque soir. C'est là qu'elles rencontraient la route enchantée qui
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conduisait aux palais sous-niarins dans lesquels le dieu se reposait de ses fatigues quotidiennes» |)endant que Phobos et Deimos, ses chevaux divins.
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trouvaient dans des écuries nieneilleuses les four-
Le monde d'Homère et d'Hésiode ressemblait à un vaste théâtre dont les hommes occupaient la scène, mais dont ils ne connaissaient ni les coulisses, ni les combles, ni les souterrains. Au-dessus de leurs tètes
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ils Toyaîenl le séjour des dieux, conune à TOpéra les acteurs aperçoiTcnl les frises : mais aucun des mécanismes dont se servaient les grands architectes de la nature ne leur était connu, tant qu'ils n'avaient pas franchi ces portes terribles devant lesquelles les plus grandes âmes ne passent jamais sans trembler, et autour desquelles tous les poètes ont accumulé les images les plus saillantes, les plus vives, les plus propres à inspirer un invincible effroi : Minos, Cerbère, le Sommeil, la Mort, et une infinité de monstres terribles, impitoyables, acharnés.
L'assimilation à un théâtre était complète; les tremblements de terre servaient à montrer que Tédifice où nous jouons le rôle écrit par les destins était très peu solide, fort mince. 11 n'était pas surprenant que quelques personnages favorisés par un pouvoir magique se servissent, pour entrer ou sortir au bon moment, de quelque trappe s'ouvrant sous leurs pieds, comme certains acteurs des féeries, disparaissent subitement dans les dessous, à l'aide de quelque mécanisme habilement combiné.
De même que le plancher d'une scène véritable est soutenu par de solides murailles, la Terre reposait sur des piliers qui l'empêchaient d'être engloutie dans les abîmes au milieu desquels ils avaient été'construits. La hauteur de ces supports, dont la base s'appuyait sur des rochers inébranlg^bles, était considérée comme prodigieuse inouïe, incalculable et elle servait aux poètes pour symbole des choses dont la connaissance est interdite à notre débile raison.
Bien entendu les mythologues ne se préoccupaient
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pas de savoir quels étaient les objets qui soutenaient ces rochers. Si on le leur eût demandé, ils auraient été aussi embarrassées que les bramines de Tlnde si on les eût priés de dire sur quoi reposait la tortue portant l'éléphant sur le dos duquel laTwre avait été placée par leur dieu. La plupart des po?'les se contentaient de dire que la hauteur de Tensemble était iuunense, et que les hommes "i^e pouvaient s'en faire une idée, lis la considéraient comme absolument infranchissable; ils admettaient tous que le^ ombres ne pouvîuent plus jamais sortir du séjour qui leur était assi^mé, dès qu'elles y étaient entrées et y avaient été pouf ainsi dire régulièrement écrouées. Les païens étaient moins indiscrets que les enchanteurs contemporains, qui ne se gênent nullement pour faire comparaître autour de leur table les personnes les plus célèbres de l'antiquité sacrée et profane; les esprits auxquels s'adressaient les magiciennes et les sorcières de Rome ou d'Athènes dans leurs incantations les plus puissantes n'avaient point encore accompli le grand voyage dont la perspective trouble tant d'hutnains dans la jouissance des biens d'i«i-bas.
Les âmes que les invocations d'Ulysse ou de la pjihiede Delphes attiraient dans notre monde n'avaient point depuis longtemps quitté leur enveloppe mortelle. Elles n'avaient pas encore pénétré dans le véritable domaine infernal. L'astucieux roi d'Ithaque et tous les héro» qui ont ramené des ombres chéries ou vénérées, n'avaient adressé leurs supplications qu'à celles qui, s'étant attardées dans les limbes voisines -des frontières de notre monde, entendent encore le mugis-
sèment des flots du fleuve Océan, et n'ont point cessé de s'intéresser à ce qui se passe sur la Terre.
Lucain raconte dans sa Pharsmle que Sèxtus, le fils de Pompée, alla consulter pendant la nuit une sorcière célèbre de Thessalie sur Tissue de la bataille à laquelle et la vie de son père et la liberté de Rome se trouvaient également atta/cbées. Cette femme se livra à une série de pratiques repoussantes qui ont inspiré évidemment Shakspeare, dans Macbeth. Cette horrible mégère proféra des imprécations épouvantables afin de ranimer un cadavre. Mais elle eut soia de prendre celui d'un infortuné que la vie venait en quelque sorte d'abandonner, de sorte que son àme ne s'était point écartée des régions voisines de la Terre. Qu'aurait dit cette repoussante nécromancienne si elle avait pu prévoir qu'un jour viendrait où des mains parfumées tireraient des profondeurs des Champs Élysées les âmes les plus vénérables rien qu'en éteignant les lumières et en promenant leurs ongles roses sur un guéridon ?
Quelques poètes doués d'une imagination vive ne se sont point contentés de ces notions vagues, et ont cherché à découvrir des métaphores permettant de donner d'une façon simple une idée populaire, vulgaire, de l'immensité de la création. Hésiode s'est proposé de mesurer d'un seul coup deux grandeurs immenses devant lesquelles l'intelligence humaine doit s'arrêter étonnée, confondue; il met en présence, avec une hardiesse digne d'un prophète d'Israël, la hauteur du ciel et la profondeur des enfers. Ce sont deux distances qu'il considère comme rigoureusement identiques. 11 a la hardiesse de déclarer avec une con-