QUAND LA TERRE ÉTAIT PLATE
cision éloauente que l'homme est également éloigné du haut derOIympe et du fond des gouffres du Tartarc, ce qui explique pourquoi notre àme est elle-même suspendue entre deux infinis.
Pour peindre à la fois ces deux éloigncmenls, le poète a recours à un grand événement mythologique. Il raconte que l'enclume de Vulcain est tomhée sur la Terre lorsque ce dieu y a été précipité du séjour des dieux. Il ajoute que le lolird outil de l'immortel si indignement traité a roulé dans l'espace pendant neuf jours et neuf nuits consécutives avant d'arriver à la surface du sol habité par les hommes. Quoique les Grecs fussent loin de posséder des mesures aussi précises que les nôtres, et qu'ils n'eussent certainement aucune notion de l'accélération, ils avaient vu tomber des objets d'une hauteur assez grande, pour qu'on doive fixer au moins à vingt ou trente pieds par seconde, la vitesse qu'Hésiode devait donner à un bloc de fer traversant l'air dans de pareilles circonstances.
En admettant ces chiffres, on arrive à la conclusion forcée que la hauteur qu'il attribuait à l'Olympe était d'au moins 10 000 de nos kilomètres, c'est-à-dire environ trois mille fois celle de la tour Eiffel.
Horace célèbre en termes magnifiques le courage des premiers navigateurs qui devaient avoir le cœur bardé d'un triple airain pour s'abandonner aux flots sans autre défense qu'un fragile radeau. Il déclare avec raison qu'ils devaient être poussés par une force divine, pour affronter tant de dangers que sa plume ne peut les retracer sans être épouvantée. En effet, les marins de l'antiquité, qui traversaient les colon-
nés d'Hercule, s'imaginaient que s'ils continuaient à mettre le cap sur l'occident, ils ne tarderaient point à être saisis par des tourbillons semblables au fameux Maelstrôm, qui était déjà connu et dont naturellement la puissance était singulièrement exagérée par la crédulité publique.
Les périls de semblable entreprise paraissaient analogues à ceux qu'affrontent de nos jours les imprudents nageurs cherchant à traverser le Niagara audessus de ses cataractes. En effet, ces aventureux écumeurs de mer croyaient que leurs navires seraient entraînés par des courants bien autrement puissants, produits par les chutes immenses du fleuve Océan.
Ces craintes puériles ne cessèrent pas lorsqu'on eut reconnu que la Terre est isolée dans l'espace. La pré sence de la mer des Sargasses, à une distance assez grande des côtes de l'Atlantique, donna naissance à une superstition qui régnait encore du temps de Colomb. On répondait à ses propositions en lui disant que l'Océan ne tarderait pas à se changer en un immense marécage dans lequel toute navigation était impossible. On ne peut mieux comparer cette opinion qu'à celle qui interdit aux aéronautes de quitter la petite banlieue de la Terre sous peine de rencontrer un air trop rare pour leurs narines palpitantes et leurs lèvres glacées.
La première fois que les soldats de César aperçurent l'Océan, la vue du flux et du reflux les plongea dans une muette stupéfaction. Ce ne fut pas sans peine que leur intrépide chef les obligea à s'embarquer sur des eaux agitées de mouvements si singuliers. Le héros, qui avait conduit ces hommes vaillants au