‹ Le pole sudChapitre 24 sur 59 · IF · texte numérisé non relu

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coiripte de rexirème petitesse des changements ainsi produits, quand on compare la masse des objets rapprochés ou écartés du centre de la terre à celle de la terre elle-même. Il se hâte d'ajouter que de telles modifications sont tout à fait inappréciables, que le jour ne pourrait être modifié d'une façon sensible que s'ils se succédaient sans interruption dans le même sens pendant toute la durée d'une période ayant une longueur pareille à celles dont se préoccupe l'astronome. Mais l'examen des couches géologiques, dont les assises sont mises en évidence par les travaux des mineurs, par les résultats des sondages exécutés au fond des mers, et même par les tranchées nécessitées pour le tracé des voies ferrées, montre que d'obscurs ouvriers, esclaves de causes énormes, prodigieuses, travaillent pendant de longues suites de siècles, et dans une direction qui paraît ordonnée, réglée pardes causes ne variant jamais. Peut-être leur action est^Ue plus notable que celle des bouleversements, des cataclysmes qui ont à différentes reprises épouvanté les hommes, et qui ont laissé tant de traces dans les traditions.

Personne ne peut hasarder une mesure quelconque de ces effets puissants, et soutenir qu'ils se balancent d'une façon parfaite.

Ce que nous savons par l'observation de phénomènes plus simples à constater, c'est que dans toutes les sphères la nature établit des forces qui se font à peu près équilibre et se combattent afin que si les conditions actuelles changent ce ne soit jamais brusquement, à moins d'accidents, de catastrophes.

Ainsi, Tevêque Whislon ne prêchait point contre la logique lorsqu'il supposait que les approches d'une comète avaient pu produire le déluge en déplaçant Taxe de rotation de la terre. On a vu des étoiles s'embraser dans l'espace infini des cieux, des globes errants comme celui de Biéla se sont divisés en globules devant le télescope des astronomes de la terre. On peut admettre que certaines affections de natures diverses empêchent les mondes de vieillir, comme il y a des maladies qui . moissonnent des enfants au berceau. Il y a peut-être des épidémies qui attaquent les terres du ciel dans leur jeunesse, et les font périr comme de gracieuses jeunes filles meurent de la poitrine, dans tout l'éclat de leur beauté.

Nul ne sait à quel âge en est actuellement notre terre. Nous ignorons si nous sommes les fils de sa décrépitude, ou les produits de sa jeunesse impétueuse, si nous assistons à l'évolution de son âge mûr, ou aux derniers soupirs de sa vieillesse inlortunée !

Ce que nous sentons, c'est que ce n'est point un aveugle hasard qui a réuni dans un même hémisphère les trois plus grands caps du monde, qui a terminé les trois grands continents de l'époque actuelle par des pointes toutes trois systématiquement effilées. Cette forme singulière, qui a vivement frappé l'attention de tous les géographes, est d'autant plus remarquable que la grande masse de ces continents formidables semble avoir été ciselée, modelée par l'action des vents et des flots poussés sans relâche avec une force inusitée dans les autres parages.

Quelque idée que l'on se forme de l'avenir de la

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terre, on ne peut s'empêcher de considérer cette disposition comme un des faits les plus importants de la géographie. En effet, ces extrémités de trois mondes sont en même temps les sommets d'un immense triangle dont l'intérieur, sauf peut-être le centre, est le domaine absolu des eaux. C'est l'image de ces temps primitifs, où les terres étaient encore ensevelies dans les profondeurs océaniques. C'est le lieu de réunion, le carrefour gigantesque, le Forum humide où les trois grands océans, le Pacifique, la mer des Indes et l'Atlantique mélangent leurs flots, s'agitent librement comme à Tépoque où la partie solide de la terre n'avait point encore émergé.

D'après les mesures exactes prises récemment, on peut dire, que les montagnes humides qui s'y développent ont quelquefois une longueur de plus de 300 mètres, et dépassent très souvent 20 mètres de hauteur. Elles sont poussées par des vents furieux; on évalue à plus de 40 kilomètres à l'heure la vitesse qu'elles peuvent acquérir; elles se succèdent sans relâche avec une rapidité si grande que les navires reçoivent par minute jusqu'à trois ou quatre chocs gigantesques écrasants; un seul arrivant d'aplomb le long de bâbord ou de tribord suffirait pour submerger le plus robuste bâtiment.

Parfois aussi des secousses sous-marines et des convulsions volcaniques lancent des lames prodigieuses, font bondir celles qui ont produit tant de désastres sur les côtes récemment dévastées du Pérou, et dont rien ne vient tempérer l'intensité formidable.

Est-il étonnant que tant d'efforts se succédant

pendant des siècles aient produit IVflilochernent singulier; que les grandes masses continentales s'effacent comme à plaisir, se glissent sournoisement dans ces mers redoutées, tandis que les terres de l'Asie et de

Carte montrant rcfGlement des masses continentales regardant le pôle austral.

TAmérique boréale étalent un front impénétrable aux banquises que le pôle a décrochées.

Mais ce qui est évidemment digne d'attirer au plus haut degré l'attention des philosophes c'est que ces flots déchaînés semblent poursuivre un but raisonné

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providentiel, qu'en refoulant petit à petit les terres dans les régions méridionales, ils contribuent à maintenir l'équilibre du monde au lieu de le troubler!

Ces beaux, ces grands mouvements de la nature ne nous révèlent-ils point que le globe est dans son ensemble soumis à une série de forces systématiques ? Si elles nous échappent, n'est-ce point seulement à cause de leur immensité, par un effet inverse de celui qui nous dérobe les mystères de la vie des microbes? Est-ce que nous n'oscillons pas constamment entre deux mystères, uniquement parce que nous sommes suspendus entre deux abîmes, comme l'était la terre plate des anciens? Ces idées, que nous avons développées dans notre Monde invisible, se présentent de nouveau à notre esprit avec tant de force, qu'il serait bien difficile de ne point renvoyer le lecteur à ce que nous en avons déjà dit, il y a environ un quart de siècle.

Notre corps sert d'intermédiaire obligatoire à notre âme, pour la mettre en rapport avec le monde infini qu'elle doit explorer et gouverner; mais il possède des dimensions tellement exiguës, tellement faibles, qu'il ne peut suffire d'une façon tout à fait satisfaisante aux exigences de la raison. Ce qui nous tourmente, c'est qu'il n'y a aucun rapport assignable entre notre taille et celle de notre domaine. Ce monde dont nous sommes le génie directeur nous l'igorons uniquement à cause de sa grandeur, et cela quoi qu'il ne soit lui-même qu'un atome égaré dans l'immensité!

Heureusement, grâce à son origine réellement divine, notre intelligence possède comme un vague pressentiment qui l'oblige à rendre constamment à la Provi-

dence un hommage que notro langue est impuissante à formuler. Un instinct divin nous dit qu'il n'y a rien dans l'univers qui n'ait un but défini, déterminé. C'est lui, qui excite l'enthousiasme que nous ressentons lorsque, montant sur le sommet d'une cime élevée, ou nous plaçant dans la nacelle d'un ballon, nous arrivons directement sans intermédiaire en face du grand Tout. Alors, nous nous imprégnons des intuitions vagues, mais précises, muettes, mais éloquentes, qui surgissent devant nous ; nous acquérons des notions confuses, mais lumineuses, de l'ordre qui nous domine tellement, que nous ne l'apercevons même point, qui fonctionne autour de nous, sur nous, par notre intermédiaire, sans que nous nous rendions compte du rôle que nous jouons !

C'est aussi lui, qui dans les récits des voyages aux pôles fait souvent percer, jaillir quelque chose de semblable au je ne sais quoi qu'un artiste de génie excelle à mettre sur sa toile. En ces moments, notre être entend bien un écho des harmonies sublimes que Kepler a notées dans son mémoire immortel, sur les évolutions de l'étoile Mars, et qui lui ont permis d'écrire pour l'éternité. La conquête de ces points désolés est inappréciable, précisément parce que ce n'est pas l'industrie qui y pousse les héros, à moins qu'on ne donne aussi le nom d'industrie à cet art sublime qui consiste à montrer aux hommes l'intérêt qu'ils ont à être un peu plus intelligents, bien moins mauvais, et surtout beaucoup moins orgueilleux.

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