LE DÉPART DE GLARKE ROSS
richesse en formes éteintes était d'autant plus remarquable, qu'elle était associée à une pauvreté remar quable de la végétation contemporaine qui semble un débris rabougri de l'époque pendant laquelle ces arbres gigantesques prospéraient.
Autre particularité bizarre, aucune des plantes qui poussent sur cette terre singulière n'est à proprement parler annuelle. Toutes sont organisées pour braver les froids les plus rigoureux; les orages de neige n'ont pas la force de détruire la verdure qui couvre le sol d'un tapis continu. Parmi ces végétaux, croissant dans des conditions si bizarres, en apparence si défavorables, on trouve le fameux Tussock, c'est-à-dire la graminée la plus puissante du monde entier pour engraisser les bestiaux. Que l'on explique comment cette tige admirable, véritable épanouissement d'un système végétatif, n'avait, avant le débarquement des ruminants venus d'Europe, d'autre emploi pratique que de servir à la nutrition d'un imperceptible parasite, ne pouvant vivre que sur lui.
Faut-il croire que dans ces régions glacées, connue dans celles de l'autre pôle, nous rencontrerions les traces d'une période géologique éteinte partout ailleurs, depuis des millions d'années, et dont la faune et la flore auraient persisté? C'est une théorie qui a séduit de grands esprits et que nous nous contentons d'indiquer.
Cette première reconnaissance des terres polaires, exécutée pendant l'hiver austral, n'avait on réalité que le but de familiariser les équipages de VÉrèbe et de la Terreur avec la navigation dans les mers du sud. Sous prétexte de comparer les observations
magnétiques avec celles qui devaient être exécutées à Hobart-Town, le capitaine Ross revint dans la capitale de la Tasmanie. Il y recueillit des nouvelles très précieuses pour la suite de son exploration. En effet, on lui apprit que les Français et les Américains avaient été arrêtés par des banquises infranchissables, avant d'avoir atteint le cercle polaire, tandis qu'un simple baleinier, le capitaine Balleny, encouragé comme Biscoe et Weddel l'avaient été avant lui, par la maison Enderby de Glasgow, avait été plus heureux à lui tout seul que Rees-et Dumont-d'Ur ville. En se portant plus à Test, il s'était avancé jusqu'au 69* degré de latitude australe, où il avait reconnu l'existence d'une mer libre dans laquelle l'insuffisance de ses ressources l'avait seule empêché de se hasarder. Ainsi, fortifié à la fois par ces succès et par ces échecs, sachant à peu près dans quelles régions le Pôle devait céder le plus facilement des mystères, le capitaine Ross retourna à sa croisière lointaine, plein de confiance dans sa bonne fortune, et dans les solides murailles de bois, à l'aide desquelles ses navires avaient été doublés avant de quitter l'Angleterre. C'était une précaution essentielle, la plus urgente certainement de toutes, pour braver les étreintes de la glace, et que les Américains ainsi que les Français avaient presque entièrement négligée. Sûr de ne pas être trahi par les bordages de VÊrèbe et de la Tevreiirj le hardi capitaine ne pouvaitpas craindre de se hasarder au milieu des banquises devant lesquelles ses compétiteurs avaient dû reculer. Rien ne devait l'empêcher de tirer parti de la précieuse expérience qu'il avait acquise dans