LE VOLCAN POLAIRE
Le 22 janvier, c'est-à-dire treize jours après avoir franchi le paquet, l'expédition arriva par 74** 20'; c'était précisément la latitude que le capitaine Wedell avait atteinte, le 20 février 1823, au sud-est des Orcades, dans cette pointe hardie qui a suffi pour Timmortaliser. Une double ration de grog célébra cet événement. VÉrèbe et la Terreur continuèrent leur route, assurés désormais de l'emporter sur tous leurs rivaux, et de n'avoir plus à craindre que les entreprises de l'avenir.
Le 27 janvier on mouilla en vue d'une île favorable aux. observations margnétiques, mais qui était de l'accès le plus difficile. C'est seulement en s'embarquant sur la baleinière de YÉrèbe que le capitaine Ross put franchir sans mésaventure les brisants qui en défendent trop bien les approches. Mais il faisait si froid que toute la côte était couverte d'une couche de verglas. Un des officiers tomba à la mer en débarquant. C'est avec peine qu'il fut repêché. Le capitaine Ross et ses compagnons revinrent à bord,trempés jusqu'aux os, gelés,
et jurant que sous aucun prétexte ils ne recomnienceraient pareille équipée. Dussent-ils trouver par des mesures directes la démonstration définitive de la théorie de Gauss, ils déclarèrent qu'ils n'iraient plus faire osciller leur aiguille sans mieux prendre leurs précaur tions.
Le lendemain 28, les Anglais aperçurent à Thorizon une ligne blanche qui avait un aspect étrange, et qui, surtout du côté de Test, s'étendait à perte de vue.
C'était le profil de la barrière formidable déjà entrevue par Dumont-d'Urville et par Wilkes.
Devant le capitaine Ross, une immense falaise verticale de glaces se dressait à une hauteur de plus de 60 mètres ; elle était terminée par un plateau parfaitement de niveau et ne présentant aucune anfractuosité. On aurait dit le rempart régulier d'une place fortifiée, élevée par des géants.
Si la banquise convulsionnée du Pôle Nord devait faire songer aux luttes des Titans amoncelant les montagnes, la muraille géométriquement érigée sur la route des explorateurs du sud semblait donner raison aux idées mystiques du moine Cosmas. N'était-ce pas l'enceinte circulaire du Paradis qui dominait les mats de VErèbe et de la Terreur y et, lorsque les deux navires s'approchaient, leur cachait d'une façon absolue tout le paysage, comme l'aurait fait un infranchissable écran? En s'éloignant, on voyait surgir derrière la stupéfiante ceinture deux énormes montagnes auxquelles le capitaine Ross donna le nom de ses deux bâtiments. Il consacra à la Terreur le pic le plus voisin du Pôle Nord. Quoiqu'un peu au nord de son
LE VOLUN POLAIRE 257
frère, le mont Erèbe possédait au point de vue géographique une importance bien autrement considérable. Ses flancs inexplorés, inaccessibles, recouvraient un volcan en pleine activité et dont la violence ne peut être comparée qu'à celle du Vésuve, de l'Etna, de THécla, des plus grands foyers éruptifs de la terre. L'eau solidifiée par un froid terrible et amassée en couches verticales formait bien une barricade empêchant d'étudier la marche des laves que vomissait ce mystérieux cratère ; mais le rempart ainsi formé n'était pas assez élevé pour empêcher d'apercevoir les vapeurs que produisaient les torrents de matières vitrifiées, incandescentes, lorsque, soulevées par l'action des forces plutoniques, elles débordaient sur ces pentes neigeuses, et les recouvraient de feux liquides. Soudainement, un peu après quatre heures du soir, les fumées qui n'avaient jamais cessé pendant un seul instant de sortir du cratère prirent un prodigieux développement. Les accès de fureur du volcan s'étaient calmés depuis une demi-heure pendant laquelle il semblait se recueillir. Mais, brusquement, sans transition, il se réveillait, alors il lançait une colonne verticale, inunense panache noirâtre, s'élevant à une hauteur que l'on ne peut fixer à moins de 500 à 600 mètres.
La majeure partie de la fumée était produite par de la vapeur qui se congelait, en retombant, de sorte que le vent chassait une neige fine, aiguë, surgelée produisant une sensation désagréable en touchant la peau. Parfois, la brise écartait ce voile gênant, alors on apercevait nettement la teinte rouge de la flamme qui remplissait l'orifice, la gueule du haut fourneau
dont le foyeï:.se trouvait à une profondeur inconnùél Quelques bfficiers pensaient- voir une colonne de laves brûlantes^ enveloppée de \apeurs produites parla voslatilisaiibh .de'la'neigeVdèsceindant lentement le. iong jdes pentes de la mbntâgne,,s'aVançaht jusqu'au coùtadt .derôcéhn^.ou elle scprécipiiait en produisant daùtrëu famées encnii^plus blaùches et «ncorc plus abondantes. Telle était, suivant :eox, l'Origine! des épouvantablei» 'détonations qui 'déchiraient l'air.: . .'> : >
. ié pôle ïsud paraît privé d'un grand nombre de.phé»iioraènies. optiques, qui excitent l'admiration des! voyaj- .géùrs dés régions: boréales. jNiDûmont-d'Urville, m Ross, ïii.Wilkes ne décrivent ces: brillantes paillettes -déneige qui traversent l'air, réfléchissent les rayons du soleil,, et prdduiséht tdus les beaux phénomènes connus -sous' le nom de parhélies,-àDthéIies, colonnes de.lumièi^é; les croix lumineuses^ les fausses lunes, les parasélènès, les grands etJfes petits halos sémblenl être très rares^^inon complètement inconnus dans Icfe -hautes mers australes. Les .merveilles du ciel • me .dédo!mmageàt,pas le. voyageur! deJ'absencQiprcsqùfc 'KÔmplète de toute végétation... Les -aurores, australes- .'dlqs-mémes. sont loin d'avoir : là beauté, la .vigueur, la variété de celles du pôle iibiîd. Mais «elte. lutte do •froid ;et du chaud'; :dt^ la. flàmine.ei de la glace sur Une proportion >dignc' de!L'enflBn du Dante; né forme-trcHb point une sorterdc compensatioii?. n'est-ce pas le jsplenîdide; couronnement jdes! richesses de la: nature? ::Eb voyant ; le! pôle • &iid .' do noire . terre lancée (Jahs ; Icé espac€fsiin' hierveilteux paiiaché de fumée, dont les volutes semblent se dérouler dans l'espace céleste,