SCÈNE IL
AMANDA, M"" BELTOIS, BELTOIS.
MAUASIE BELTOIS, un petit panier au bras, et s arrêtant au fond.
Portez tout cela à la cuisine... j'y vais dans un instant.
BELTOIS.
Ah ! liens... voil.a ta mère...
Je suis exténuée, abîmée... je n'en puis plus... Quel pays que Chaillot , pour monter, monter! ( A Amanda.) Bonjour, père. { A Beltois.) Bonjour, ma tille... J'y ai perdu les jambes.
BELTOIS.
Et la tète avec...
AMANDA
Maman , veux-tu que je te débarrasse ?...
MADAME BELTOIS.
Prends {^arde... tu vas m'écraser ça... des fraises superbes... la primeur... Sens donc , Théodore... c'est beau, mais c'est cher... le feu y est...
( Amanda prend le panier , et met les fraises dans
un saladier qui est sur le piano. )
BELTOIS.
Ahçà, Caroline... je ne pourrai donc pas obtenir que vous n'alliez pas vous-même au marché?... cela n'est pas décent.
MADAME BELTOIS.
Et qu'est-ce qu'il y a d'indécent à cela ? toute la bonne société y va... j'y ai bien rencontré ce matin madame Coqueiiquet, la femme du parfumeur... Et tiens , à propos de ça, elle m'a dit de te recommander lui monsieur... monsieur... ,
I;ELTOIS.
Laurent in....
MADAME BELTOIS.
Laurcntîn... c'est cela... Il veut être... fourrier de la garde nationale...
BELTOIS.
Oui , pour ne pas faire de service... mais il n'aura pas ma voix... et voilà justement une lettre que je viens d'écrire à son égard.
AMANDA
Cette lettre, mon papa !... mais vous me disiez que c'était pour M. Adélaïde.
BELTOIS.
Oui, à-peu-près... Tiens , lis toi-même... MADAME BELTOIS ', allant aux fraises , qui sont sur le piano.
Ah ! mes fraises !...
AMANDA , lisant.
u Monsieur et cher camarade... j'ai reçu I' l'honneur de la vôtre... et je vous réponds, 11 à la minute, que je ne puis vous accorder 1' l'objet de votre demande... »
MADAME BELTOIS *', montrant les fraises. Ce sera un plat superbe... n'est-ce pas, Théodore ?
BELTOIS.
Tais-toi donc, Caroline...
MADAME BELTOIS.
C'est juste... j'écoute. ( Regardant les fraises. ) Avec du sucre...
AMASDA, lisant.
11 Je croirais compromettre mon caractère, « et la noble institution dont je fais partie , « en coopérant à vous investir des importantes " fonctions de fourrier... » Maïs, mon papa, comment cela peut-il concerner M. Adélaïde ?
MADAME BELTOIS.
En effet, je ne vois pas...
BELTOIS.
Va donc, continue...
AMANDA, lisant.
Cl Vous avez la réputation... sauf votre res- 11 pect, d'être poltron , pour ne rien dire de Il plus... et vous me saurez gré, par ce motif, 11 de vous refuser mon vote... quand vous sau- 11 rez sur-tout que je refuse par le même cour- 11 rier ma fille à un jeune homme qui se trouve II dans le même cas. » ( S'interrompant. ) Ah! mon Dieu !
BELTOIS, reprenant la lettre.
II Agréez, monsieur et camarade, l'assu- 11 rance de ma parfaite considération, etc. » Voilà un style ferme et serré.
MADAME BELTOIS.
Superbe... je n'y comprends rien.
AMANDA
Comment !... celui à qui vous me refusez...
BELTOis.
Tu ne le connais pas.
Et pourtant, mon papa , je vous assure que
■ Madame Beltois, Amanda, Beltois.
" .Madame Beltois, .Vnianda , Hcltois.
M. Atlc'laïile vous aime beaucoup... il aime l>eaurou|> maman... il m'ai... (se reprenant.) il nous aime tous.
BELTOIS.
Et moi, je ne l'aime pas.
SIAD\ME BELTOrS.
C'est un amour d'homme.
BELTOIS , passant près de sa femme.
Laissez-moi donc tranquille... il n'est pas plus homme que vous.
AMâNDA.
Mon papa...
MADAME BELTOIS.
Hein?...
BELTOIS.
Et encore... si fait, vous êtes plus homme que lui... car, entin, si l'on vous donnait un soufflet, vous sauriez bien le rendre.
J'en rendrais deux.
AMAKDA'.
O ciel!., est-ce qu'il aurait reçu sur la joue?...
BELTOIS.
Ou ailleurs... n'importe... le côte... n'y fait rien. Ce qu'il y a de certain... c'est qu'il a gardé la chose pour lui.
AMA5DA
Il a un si bon caractère !
MADAME BELTOIS.
Je suis sûre que ce sont là des méchancetés, des cancans... Vous avez des idées...
BELTOIS.
Madame Feltois , je n'ai pas d'idées. Certainement je ne veux pas pour gendre un ferrailleur ; mais un mari doit être le soutien, le défenseur de sa femme... et moi-même, oubliezvous qu'il y a quinze ans, à une messe de minuit...
Air du carnaval.
Tu fus pincée au milieu du vacarme ,
Je me battis eu brave.
MADAME BELTOIS.
A coups de poings !
BELTOIS.
C'est vrai... sur moi je n'avais pas d'autre arme... Et j'eus l'œil noir p.;ndant huit jours au moins. A i'iusolenl que de coups je sus rendre !
(Parlé.) Pauvre jeune homme!
BELTOIS.
Ma fille aura ta grâce, ton maintien, Tous tes .Tttraits... et je veux que mon gendre Soit toujours prêt à défendre son bien.
AMANDA
Mais enfin, s'il vous convient du reste...
BELTOIS.
Adélaïde! du tout... Et quand il viendra
' .Madame Bellois, Beltois , Anianda.
pour ta leçon, on le congédiera... ou je le congédierai rnoi-même.
MADAME BELTOIS.
Lui ! quand je comptais le garder à dîner... pour le faire chanter ce soir en guise de concert.
BELTOIS.
Y pensez-vous!., pour qu'il se rencontre avec M. Auguste, qui sera mon gendre.
AMANDA *
Vous dites...?
MADAME BELTOIS.
Ah ! c'est juste.