‹ Le poltronChapitre 8 sur 33 · LAURE>TIN · texte numérisé non relu

LAURE>TIN

C'est-à-dire... non... à vous donner sa fille.

ADÉLAÏDE

Ah! grand Dieu!... il se pourrait...

LACRESTIN.

En un mot , je veux me battre avec vous.

ADÉLAÏDE, reculant.

Plait-il, monsieur?

LAt.'RENTtN , souriant.

Oui... nie battre avec vous... Pauvre garçon , le voilà tout tremblant...

ADÉLAÏDE

Permettez, monsieur... j'avoue que la surprise... car enfin je ne vous connais pas... je vous en donne ma parole d'honneur... ctjamais au grand jamais, je ne vous ai offensé...

LAURENTIN, riant.

Vous n'y êtes pas... écoutez-moi. Vous êtes un charmant jeune homme... comme moi... doux comme une demoiselle...

ADÉLAÏDE

Doux conimc une demoiselle... douce.

LAURENTIN regarde d'un air inquiet si personne ne vient.

C'est ce qu'il me faut... et je ne suis pas méchant non plus... un agneau... ainsi ne craignez rien!... Dès ce jour je m'attache à vos pas... je vous suis par-tout... Vous, à la première rencontre, en présence de nombreux témoins... des Beltois, par exemple... vous vous récriez, vous me reprochez mes persécutions, en me toisant de travers... je vous réponds avec insolence : Vous êtes un fat! un drôle !...

ADÉLAÏDE

Ah cà, mais... c'est une horreur! un guetapens!... c'est-à-dire que je m'en vais faire ma déclaraùon à la police.

LAURENTIN, même jeu.

Attendez donc... Vous vous emportez... je me fâche plus fort; nous nous élançons l'un sur l'autre... on se précipite entre nous... et pendant qu'on nous tient tous les deux , moi je vous jette à la tête ce que j'ai à la main... mes gants ou ma tabatière... n'importe...

ADÉLAÏDE

Eh bien !... avisez-vous-en !... pour me faire une bosse au front.

LAURENTIN.

C'est alors que je dois vous rendre raison... vous me provoquez.. . il faut aller sur le terrain... Suivez-moi bien, je vous prie... toutes les chances sont prévues... Vous prenez pour témoin ce bavard de Beltois... qui n'y verra que du feu... moi, un gaillard à qui je prête de l'argent, un ami sûr... Je vous abandonne le choix des armes... vous optez pour le pistolet...

ADÉLAÏDE

Ah bien oui !...

LAURENTIN.

Une fois en présence...

ADÉLAÏDE

Mais je n'irai pas... mais non!... C'est un grand scélérat que ce petit homme-là...

LAURENTIN.

Un moment!... Mon témoin charge les pistolets... c'est un garçon adroit,( Baissant la voix.) Il escamote, vous comprenez?...

Pas le moins du monde.

LAURENTIN.

Nous échangons deux coups de feu... (baissant la voix.) en tirant en biais... (Haut. ) Les témoins interviennent... nous ne voulons rien entendre... comme deux lions... comme deux tigres... vous y êtes... nouvelle décharge de part et d'autre... toujours de même... Pour le coup, on s'oppose à la continuation d'une lutte aussi acharnée... Beltois vous embrasse... je l'embrasse, nous nous embrassons.

Air du Premier prix.

Le bulletin de la l)ataille Paraîtra dans tons les journaux ,

Lt nous serons , vaille que vaille , Deux braves, enfin deux héros...

Deux réputations complètes, Sans que personne en ait souffert...

Comme tant d'autres qu'on a faites, F.t qui n'ont pas coulé plus cher !

ADÉLAÏDE

Ah çà...ahçà... ah çà... qu'est-ce qnevousme chantez là, depuis une heure?... ça Hnit par m'ennuyer, entendez-vous?

LAURENTIN.

Vous comprenez?

ADÉLAÏDE

Tout ce que j'y comprends... c'est qu'il faut manier des pistolets.

LAURENTIN.

Sans danger.

ADÉLAÏDE

Arrière!... arrière!... D'abord des armes à feu... c est toujours dangereux... on a vu maint exemple d'accidents...

LAURENTIN.

Du coup... vous êtes marié! je suis gradé!... c'est convenu.

ADÉLAÏDE

Mais quoi?... mais quoi?

LAURENTIN.

Chut! on vient... je vous laisse... Ne craignez rien... je suis discret... etje reviens avec l'ami en question ( à part.) et mes pistolets... chut!

(Il sort par le fond au moment oii Amanda parait à (gauche.)

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