‹ Le Polyadenome Castrique: PolypeuxChapitre 15 sur 35 · REMARQUES SUR NOTRE CAS · texte numérisé non relu

REMARQUES SUR NOTRE CAS

Nous désirerions dans ce paragraphe relever les particularités présentées par l'observation relatée ci-dessus in-exlenso en tant qu'elles s'écartent de la description que nous venons de faire d’après les auteurs qui se sont occupés de la question antérieurement à nous. Les processus scléreux y font à peu près défaut, à part lPinduration légère signalée sur les cellules cardiaques et les lésions de la gastrite; aucune association de formations glandulaires ne se rencontrait et le petit néoplasme angiomateux du foie n'avait sans doute qu'une relation de coïncidence avec les polypes de l'estomac. Comme nombre, nous avons déjà fait remarquer qu'il étaitinférieur à la moyenne des cas antérieurs. Relevons au passage cette indication que les polypes se groupaient par trois ou cinq, ce que certaines observations avaient indiqué comme disposition fréquente.

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Histologiquement ces adénomes se rattachent aux deux. types distingués par Ménétrier et il ya mélange des tubes kystiques avec les tubes simplement proliférés ; dans ceux-ci la déchéance cellulaire n’est pas aussi remarquée qu'on la décrit généralement ; les cellules à pepsine s'y reconnaissent ça et là, granuleuses et vivement colorées par l’éosine. |

Mais deux points sont en dehors de la description habituelle. C'est tout d’abord la présence à la surface du polype d'une zone de nécrose progressive qui se fait au milieu de l'infiltration leucocytaire superficielle. Celle-ci d’ailleurs est probablement en relation avec la présence des points de dégénérescence granuleuse où la résistance à l'invasion par la flore bactérienne normale de l'estomac avait dû partiellement céder. Nous n'avons pas trouvé signalée ailleurs cette tendance dégénératrice du polyadénome polypeux ; nous savons, au contraire, qu'elle est la règle dans le polyadénome brünnérien dont elle détermine l'ulcération.

En second lieu,c'est la forme envahissante de l’adénome auquel nous avons affaire. Notre observation se distingue netlemént de toutes celles dont l'examen histologique a élé fait par l’envahissement de la muscularis macosæ et de la lame sous-muqueuse. Alors que tous les- auteurs insistaient sur ce fait de l'intégrité de la muscularis mucosæ au-dessous des adénomes, nous voyons dans nos préparations que le processus adénomateux a dissocié les éléments de celle-ci et a envahi la position sous-jacente. Et cependant il s’agit d'adénome véritable à caractères nets de bénignité,au sens qu’on donne à ce mot en anatomie pathologique. En effet. ce ne sont pasles éléments épithéliaux qui envahissent les lissus voisins, isolés, chacun pour son compte, d’une façon désordonnée et avec des malforma-

tions métatypiques ; c'est la glande tout entière qui est l'agent envahisseur et qui transporte le processus néoformateur au delà des limites qu'il reconnaît habituellement. Ce n’est donc pas à un épithéliome même au début, à ces formes que l’on classait il y a quelque temps sous le nom d'épithéliome typique que nous avons affaire, mais bien à une variété spéciale de l'adénome se distin- guant de l’adénome banal par ses aptitudes envahissantes et qui a reçu le nom d'adenoma destruens.

Attirons enfin l'attention sur ce fait en quelque sorte paradoxal que, dans notre cas, les lésions de la zone profonde sont d'autant moins marquées que le polype est plus gros et mieux pédiculé. En effet, chez les plus gros dont les préparations aient été faites. la muscularis mucosæ est à peine déprimée, refoulée au niveau de leur pédicule, tandis que dans les points où la coupe intéresse un adénome sessile, cette zone est dissociée, détruite, difficile à retrouver et à reconnaître. Il est probable que la forme sessile ne correspond pas à un stade plus jeune de l’évolution du polype mais simplement à une détermination différente dans le sens qu'a pris l’évolution de lhypertrophie glandulaire, cela sous Finfluence. de causes vraisemblablement locales mais indéterminées. Cette constatation vient confirmer ainsi l'opinion que nous avions émise sur la contemporanité de divers polypes d'un méme estomac au chapitre V (SI ce) de ce travail.

8 4. - EVoLUTICN DU POLYADÉNOME Un point qu'il serait intéressant d'approfondir est

l'évolution ultérieure du polyadénome polypeux au delà du stade auquel nous l'avons décrit. Malheureusement

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les renseignements utiles sont trop peu nombreux pour arriver à des conclusions bien nettes.

Le fait que la plupart des autopsies avec polyadénomes montrent des lésions identiques comme volume et des--. cripüon générale semble nous indiquer que le polyadénome une fois constitué persiste dans son état pour ainsi dire adulte pendant un temps indéterminé et qui peut sans doute être fort long. Nulle part en effet nous n’avons trouvé d'indication qui permette de penser à la régression du polype avec restitulio ad inlegrum ; d'ailleurs ce que nous savons de l'évolution générale des tumeurs ne cadrerait pas avec celte hypothèse.

L'ulcération simple du polype est possible, comme notre cas en indique la pathogénie ; on pourrait admettre qu'elle puisse conduire comme pour le polyadénome brünnérien à la perforation de l'estomac ; en réalité aucune observation ne contient rien de tel. — Quant à la relation inverse de l’ulcère rond avec l’adénome stomacal, elle n’a rien à voir ici, l’adénome n'est là qu'une conséquence de l’ulcère, secondaire à lui; il s'écarte trop des conditions dans lesquelles nous envisageons le polyadénome polypeux primitif, el cela nous dispense d’y insister plus longuement dans ce chapitre.

Plus intéressantes sont les relations du polyadénome avec le cancer. Les observations de Hauser, de Ménétrier (Société médicale des Hôpitaux) en rapportent trois cas importants.

Hauser se préoccupe d'établir la transformation directe de l'adénome en carcinome, c’est-à-dire l’évolution métatypique des cellules déjà modifiées par Le processus adénomateux, el non leur desquamation suivie de leur remplacement par des cellules cancéreuses provenant du voisinage, Îl a observé sur un même tube glandulaire

RS RE toutes les formes de transition désirables entre ces cellules et le fait paraît donc indiscutable.

, L'un des cas de Ménétrier (1) montre que l'envahissement du polyadénome parle cancer, ou mieux sa transformation, peut être complète au point de faire disparaître toutes formes adénomaleuses si bien que le diagnostic eût été impossible sans une disposition anatomique spéciale du pédicule fibreux de son petit cancer qui lui permet d’être très affirmatif.

La conclusion de Ménélrier est: « Le polyadénome à » centre fibreux est un exemple particulièrement démons- » tratif à l'appui de la théorie de l'origine irritative du » cancer, puisqu'il nous montre l'évolution adénomateuse » des glandes de l'estomac à la fois comme conséquence

» d’un processus inflammatoire chronique et comme ori-

» gine d'un cancer typique » (2).

Le cancer ne paraît d’ailleurs rien tenir dans sa marche et dans les lésions qu'il produit de son origine polypeuse.

(4) Voir notre obs XXIIT.

(2) Ménétrier, Soc. Méd. Hôp., 1907.

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