‹ Le pont des soupirs opera bouffon en deux actes et quatre tableauxChapitre 3 sur 67 · ACTE · texte numérisé non relu

ACTE

CORNARINO.

U est étrange que ma femme ne réponde pas !...

BAPTISTE

Pour Dieu ! monsieur^ ne nous compromettons pas!... CORNARINO.

Je voudrais pourtant bien revoir ma Catarina.

BAPTISTÈ.

Je le comprends... mais pas d’imprudence, et que monsieur me permette de lui rappeler notre fâcheuse position.

CORNARINO.

Je ne la connais que trop, hélas !... Mais enfin, remémore , re> mémore, puisque tu le veux... Aussi bien, je ne sais plus guère où j’en suis.

BAPTISTE

Voici : monsieur, il y a un an, a été nommé doge de Venise. CORNARINO.

Je le sais ! triste honneur !

BAPTISTE

Monsieur, il y a deux mois, a pris le commandement de la flotte.

CORNARINO.

Je le sais! Fatale ambition !...

BAPTISTE

Enfin, monsieur, il y a quinze jours, a aperçu l’ennemi. CORNARINO.

Je le sais ! Funeste rencontre !... je fus taillé en pièces! BAPTISTE.

Pas précisément... c'est-à-dire que craignant de l’ètre, monsieur a fui...

CORNARINO.

Je n’ai pas fui, Baptiste, je n’ai pas fui !... Convaincu que ma femme brûlait du désir de me voir, j’ai fait une retraite personnelle et honorable, te laissant à toi, mon fidèle écuyer, le soin de me tenir au courant de tout ce qui se passerait...

BAPTISTE

Je n’ai pas tardé à rejoindre monsieur et à lui apporter la triste nouvelle ijue sa flotte était définitivement et entièrement coulée...

CORNARINO.

Hélas!...

BAPTISTE, à part.

Je dois dire que c’est ce que m’a afiirmé le secrétaire de la flotte.

Paolo Brogpno, auquel j’avais, à mon tour, laissé le soin de tout surveiller penmint que je filais de mon côté. (Haut.) Voilà où nous en sommes !

CORNARINO.

Fâcheuse expédition!,.. C’est alors que pour rentrer dans notre patrie, nous avons dû prendre ces déguisements.

BAPTISTE

Monsieur a coupé sa noble barbe et moi, mes humbles moustaches.

CORNARINO.

Nous nous sommes établi sur les yeux ces machines noires qui nous font loucher... Louches-tu, toi?

BAPTISTE

Oui, jel’avoue... et ça me gêne. Et enfin, après un voyage plein de péripéties, et dont le détail ennuierait, nous tombons ia avec la nuit.

CORNARINO.

Nous hélons ma femme...

BAPTISTE

Que notre voix, hélas! ne réveille pas !

CORNARINO.

Qu’allons-nous faire, maintenant ?

BAPTISTE

Il peut être imprudent de vous montrer brusquement, comme cela... sans être attendu...

CORNARINO.

Qu’est-ce à dire?...

BAPTISTE

Eh ! eh ! j’ai mes idées là-dessus 1 Et monsieur sait bien que j’ai toujours blâmé ce mariage-là...

CORNARINO.

Monsieur Baptiste ! vous êtes un drôle, et je connais Catarina, BAPTISTE, à mi-voix.

Moi aussi I

CORNARINO.

Allons!... profitons de la nuit... J’ai sauvé la clef, dans mon désastre... Entrons...

BAPTISTE

A la grâce de Dieu! (au moment où ils sc dirigent vers la porte, entre Amoroso qui, sans les apercevoir, leur en ferme l’accès.)

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