ORNEMENTS PONTIFICAUX
ils, considérer comme leur étant réservés. L’un d’entre eux, l’évêque Marbode de Rennes, au XI siècle, exprimait en termes virulents l’indignation qu’il éprouvait à la vue de ces usurpations. « Un abbé qui porte les insignes réservés à l’épiscopat, à savoir l’anneau, les gants, les sandales et la mitre, étant plus qu’un abbé et moins qu’un évêque, n’est ni l’un ni l’autre : c’est une sorte de monstre, il singe l’évêque, mais n’en reste pas moins abbé !, » Saint Bernard était à peine moins violent dans ses attaques contre ceux qui obtenaient du pape la permission de s’attribuer les ornements épiscopaux ?. Peut-être ses reproches n’étaient-ils que trop mérités ; car ils s’adressaient surtout aux ambitieux qui, stimulés par le désir d’égaler en tout les abbés bénévolement gratifiés des privilèges pontificaux, mettaient tout en œuvre pour obtenir du Souverain Pontife les mêmes concessions *. Pour ne pas exciter ce sentiment de jalousie chez ses collègues, l’abbé de la Cava évitait d’user du droit que lui avait conféré le pape Urbain II de porter la mitre. On cite le cas analogue de l’abbé de la Chaise-Dieu, Lantelme, à qui le pape Lucius IIT dut enjoindre au nom de l’obéissance de jouir de son privilège. D’autres au contraire affectaient de porter la mitre, non seulement dans leur monastère, mais dans les assemblées conciliaires, où dès lors rien ne les distinguait plus des évêques. Ceux-ci s’en montrèrent offusqués à ce point que le pape Clément IV crut bon de leur donner satisfaction. Le 14 août 1266, il décida que désormais, aux assemblées synodales et conciliaires, les abbés exempts devraient se contenter de mitres en tissu d’or uni, ou aurifrigées, et les abbés non-exempts, de tissu blanc et sans ornement ; seuls les évêques pourraient porter des mitres brodées et enrichies de pierres précieuses.
1. MARBODE de Rennes, De abbate usurpante pontificalia, P. L., CLXXI, 1536.