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LA JURIDICTION ABBATIALE

ministres : aussi les clercs sont-ils seuls capables de posséder cette juridiction. Celle qui est conférée à l’abbé et qu’il exerce sur ses sujets est celle-là même que l’évêque exerce sur ses diocésains. Elle n’existe donc que dans les monastères exempts, c’est-à-dire affranchis de la juridiction épiscopale et soumis directement au Saint-Siège. Cette exemption qui s’étend à la plupart des ordres de religieux clercs est très ancienne dans l’Église. Elle se répandit beaucoup dès le VIS siècle. À la fin du VII® siècle, le recueil officiel de la chancellerie pontificale, nommé Liber diurnus, contient une formule pour les abbés demandant à être soumis directement à la juridiction du Siège apostolique ; une seconde formule exprime l’assentiment du pape à cette requête 1.

Les abbés préposés à la direction de monastères exempts portent, dans le Droit, le nom d’Abbates regiminis ou de regimine ; ils ont juridiction sur leur maison monastique, mais cette maison se trouve sur le territoire d’un diocèse. Ils sont « l’ordinaire » pour tous les sujets du monastère, comme l’évêque l’est pour ses diocésains, mais l’évêque demeure « l’ordinaire du lieu » parce que le monastère appartient au territoire du diocèse. Et de ce fait l’évêque conserve une certaine juridiction sur les maisons exemptes de son diocèse : pour les pouvoirs relatifs à la confession des séculiers, pour l'administration des sacrements et le culte de la sainte Eucharistie, pour la réception des ordres.

Il y a une autre catégorie de monastères exempts qui ne dépendent en aucune façon de « l’ordinaire du lieu », mais uniquement de leur prélat régulier, ce sont les abbayes nullius diæecesis ayant à leur tête des abbés nullius. Ces monastères ont un territoire, d’au moins trois paroisses, formant diocèse. L’abbé en a l’administration pleine et entière comme un évêque, nomme comme lui aux paroisses, accorde les pouvoirs de confession pour les séculiers, et

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