III. — INSTALLATION DE L’ABBESSE
Materna in cathedra! La chaire abbatiale qui convient à l’autorité maternelle. Le trait a disparu de la rédaction de notre Pontifical ; on aura trouvé l'expression un peu hardie, et pourtant la réalité qu’elle traduit n’a fait que s’affirmer davantage au cours des siècles. Car les documents !, — non pourtant les plus anciens, — parlent de la cathedra de l’abbesse, du siège d’honneur qui lui est réservé au chœur et sur lequel elle est intronisée à la fin de la cérémonie, comme l’évêque au jour de son sacre, comme l’abbé à sa bénédiction, avec les nuances qui s’imposent, cela va sans dire.
Pour expliquer ce rite qui pourrait surprendre légèrement il faut se rappeler que l’Église reconnaît à l’abbesse et sanctionne de son autorité souveraine l’exercice de la potestas dominativa, du pouvoir de gouverner sa maison monastique et de prendre toutes les mesures concernant le bon ordre
1. D. MARTÈNE, De ant. eccl. rit., L. c., ord. 3 et 8. — Pontifical de Durand de Mende, Vatic., cod. 4744, CATALANI, op. Cil., I, SOI.
intérieur et l’observance religieuse. C’est pourquoi l’évêque remet solennellement à l’élue, après sa bénédiction, le volume de la règle qu’elle doit faire observer dans son monastère. Il lui donne également la crosse, insigne de sa dignité abbatiale et de son autorité maternelle ; l’abbesse a encore aujourd’hui le droit d’en user, quoique le Pontifical romain ait jugé à propos de supprimer le rite de sa tradition, qui était cependant attesté dans les plus anciens documents, y compris le Pontifical du pape au XIVE siècle!. L’usage existait dès le VIIe ou le VIII siècle dans l’Église d’Espagne, où il se complétait du rite assez insolite de l’accolade ?, emprunté comme le reste au cérémonial du sacre épiscopal.
La croix pectorale est un insigne honorifique également concédé par la tradition aux abbesses, mais ne fait pas l’objet d’une cérémonie spéciale. Il en va de même de l’anneau qui, semble-t-il, était remis jadis au cours de la bénédiction, avec la formule même qui était en usage pour les abbés. Les autres ornements pontificaux n’ont pas de raison de figurer dans la liste des insignes accordés aux abbesses. Le cas de celle de Saint-Benoît de Conversano est singulier, mais il est tout à fait exceptionnel, et comportait plus encore d'originalité que d’irrégularité. Il est dit de l’abbesse de ce monastère que le jour de son intronisation elle recevait lPhommage du clergé et de ses religieuses, et qu’elle portait pour la circonstance les gants pontificaux, l’anneau, la croix pectorale et les sandales, et près d’elle on plaçait la crosse et la mitre. Cela se passait dans le royaume de Naples au XVIII siècle. Le pape Pie VII mit fin à ces abus en plaçant le monastère sous la juridiction épiscopale ÿ.
1. Ordinaire papal, Vatic., cod. 4748, CATALANI, op. cit., I, 479-483.
2. Liber ordinum, xxuI : Qua (oratione) explicita, osculatur eam episcopus, et tradit ei librum regulæ et baculum.
3. DoM MoreA, 1] Chartularium del monasterio di S. Benedetto di Conversano, t. I. Mont Cassin, 1892. Cité par DoM BERLIÈRE dans Revue bénéd., XL, 1928, p. 122.