‹ Le pontifical romain (volume 2)Chapitre 122 sur 318 · INTRONISATION DE L’ÉLUE I4I · texte numérisé non relu

INTRONISATION DE L’ÉLUE I4I

Mais le rite de l’installation de l’abbesse est resté en usage, et le Pontifical romain le mentionne encore de la façon la plus formelle en lui donnant toute sa valeur traditionnelle. L’évêque qui a conféré la bénédiction procède exactement comme il le ferait pour un abbé, en se servant des mêmes formules signalées plus haut. Le texte de la rubrique est explicite : Pontifex cum mitra inthronizat abbatissam in sede. Le prélat intronise et installe l’abbesse, sur le siège abbatial qu’elle doit désormais occuper au chœur de son église monastique ?. Ainsi s’accomplissait le rite selon les anciens documents. Et les paroles qui l’accompagnaient sont encore consignées au Pontifical :

« Accipe plenam et liberam potestatem regendi… Recevez plein pouvoir de gouverner librement ce monastère et sa communauté, et d’ordonner toutes les choses qui relèvent de cette autorité à l’intérieur et à l’extérieur, tant au spirituel qu’au temporel ÿ. »

On ne prévoit plus que le cas où l’abbesse reçoit la bénédiction en dehors de la clôture et ne peut par conséquent être intronisée dans sa propre stalle au chœur des religieuses. L’usage s’est introduit de faire l’installation, qui ne dure qu’un instant, «in sede episcopali » c’est-à-dire soit au faldistorium soit même au trône de l’évêque. Le chant du Te Deum commence aussitôt, et l’abbesse est reconduite à la porte de clôture. Au chœur elle prend immédiatement sa place au trône abbatial ou à sa stalle, #7 sede sua in choro, et les religieuses viennent lui prêter obéissance. Une dernière

1. Pontifical de Durand de Mende, Vat., cod. 4744, dans CATALANI, OP. Cil., I, 479 et 499.

2. In sua sede ubi consistere debet. (Sacramentaire de Moissac, du IX® siècle) MARTÈNE, De ant. eccl. rit., 1. II, c. I, ordo 2. — Statuente consecratore eam in statione vel loco qui abbatissæ in choro deputatus est (Pontifical d'Arles du XIIIe s.) MARTÈNE, op. cit, ordo 8.

3. Cette formule usitée pour les abbés est déjà employée pour les abbesses dans le Pontifical de Durand de Mende cité plus haut.

bénédiction du pontife clôt la cérémonie. Si celle-ci n’a pu s’accomplir dans l’église même du monastère, le retour au chœur ne s’effectue pas moins, comme précédemment ; et le cas devait être assez fréquent jadis, à en juger par l’insistance que mettent les documents à souligner l’empressement des religieuses à se porter au devant de leur nouvelle abbesse avec croix de procession, eau bénite et encens, omnis chorus virginum cum processione plenaria occurrat !, cum crucibus, aqua benedicta, incenso et evangelio ?. Puis avait lieu lintronisation, et c’est à ce moment que l’on récitait l’oraison mentionnée plus haut : « Deus cui omnis potestas… famulatur, Seigneur, à qui obéit toute autorité, accordez à votre servante d’exercer l’action bienfaisante que comporte sa dignité, qu’elle ait toujours pour vous la crainte religieuse qui convient et qu’en tout elle s’applique désormais à vous donner pleine satisfaction °.» La dignité abbatiale est, selon la conception antique de l’autorité, confiée à l’élue pour la vie entière. L’abbesse a, comme l’abbé dans son monastère, pour fonction de se dévouer désormais au service des âmes qui sont confiées à sa garde et dont elle devra répondre devant Dieu. Elle est fixée à jamais dans sa charge et c’est sur une invitation à la stabilité que se termine toute la fonction :

Sta in justitia et sanctitate, et tene locum a Deo tibi delegatum; potens est enim Deus ut augeat tibi gratiam suam !

« Maintenez-vous fermement dans la fidélité et la perfection de votre état ; Dieu vous a confié un poste d’honneur, gardez-le. Le Seigneur a toute puissance pour augmenter les grâces qu’il vous a départies. »

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