LE VŒU DE VIRGINITÉ
consécration donnée à l’âme vierge par l’Église, le vœu de virginité est antérieur à la demande de consécration, et quand même il ne se traduirait pas en des paroles expressives il serait suffisamment explicite. C’est à la profession monastique que l’Ordo romanus vulgatus en a emprunté la formule, et depuis le XI® siècle environ l’émission des vœux de religion est suivie du verset traditionnel : Suscipe me Domine secundum eloquium tuum et vivam, et non confundas me ab exspectatione mea 1. L’âme s’est donnée à Dieu et elle se recommande à sa bonté, elle s’en remet à la miséricorde divine du soin de la maintenir dans cette fidélité qu’on lui demande aussitôt de jurer :
Vis in sanctæ virginitatis proposito perseverare ?
Promittis te virginitatem perpetuo servare ?
Vis benedici et consecrari ac Domino nostro Jesu
Christo, summo Dei Filio, desponsari ?
Les questions réitérées ne font qu’accentuer le caractère d’absolue liberté que doit revêtir l’acte de la vierge qui se consacre à Dieu. C’est elle qui se donne, et c’est elle encore qui demande la grâce de la consécration officielle de l’Église au nom de Dieu.
Mais cet acte de volonté libre qui est absolument nécessaire à la validité du vœu n’est lui-même qu’une réponse à une grâce prévenante de Dieu. Dans le but d’exprimer cette vérité d’une façon saisissante l’Église met sur les lèvres du pontife qui va conférer la consécration les formules de lPappel divin. Et d’abord le héraut de l’Époux céleste fait pressentir cet appel en reprenant les paroles de l’évangile :
Prudentes virgines aptate vestras lampades ecce Sponsus vemit, exile obviam ei.
1. Ps. CxvIII, 116. C’est le texte scripturaire que présentent les anciens documents (MARTÈNE, De ant. eccl. rit., 1. II, c. VI, ordo 4) conformément à la prescription de la Règle de saint Benoît (c. LVII). Durand de Mende lui substituait déjà la finale ut non dominetur mei omnis injustitia qu’on lit dans le Pontifical romain.
L’appel ne tarde pas à se faire entendre, sous la forme d’un triple Veni, emprunté avec les paroles qui l’accompagnent au psaume xxxili®. La réponse est faite de la prière de Daniel : Ef nunc sequor in toto corde.
Ce n’est que le début de cette grande action liturgique, qui sera marquée de pièces de chant adaptées au mystère de cette « fête nuptiale »? et disposées de façon à rendre ce drame religieux très vivant et très actuel. Il s’accomplit comme les ordinations entre l’épître et l’évangile ; comme elles il implique la récitation des litanies où toute l’assemblée se fond dans une même prière ardente. Tous ces détails qui sont venus enrichir le rituel de la consécration des vierges datent en partie de l’Ordo romain du X® siècle ; ils existaient dans leur grand complet à l’époque où sainte Gertrude la Grande recevait le voile des vierges consacrées en son monastère de Helfta, et où elle commentait dans ses Exercices le cérémonial de sa consécration ?. La fonction est également décrite en tous ses détails dans le Pontifical que Durand de Mende rédigeait à la fin de ce même XIIIe siècle.
Un antique usage français intervient ici dans la cérémonie, comme préparation à l’acte même de la consécration, et qui nous vient des Sfatuts ecclésiastiques * de l’évêque d’Arles saint Césaire, utilisés déjà pour les ordinations. Ce document canonique prescrivait que les moniales fussent présentées