SOUVENIRS DES SACRES ANCIENS
moment de l’onction qui primitivement se rattachait à la formule précédente 1,
Le rite est maintenant accompagné de deux prières, l’une relative à l’onction de la tête, l’autre à celle du bras, toutes deux anciennes mais d’origines diverses semble-t-il. L’onction sur le front et sur la tête n’était pas en usage en France dans les premiers temps, tandis que celle des mains ou de l’avant-bras est primitive. On lui ajouta plus tard quelques autres onctions, sur les oreilles, entre les épaules. Le Pontifical romain a conservé cette dernière, mais n’a pas suivi les usages allemands qui ont renchéri encore sur les autres. Aux souverains couronnés à Aix-la-Chapelle il fallait de multiples onctions, sur la tête, à la poitrine, entre les épaules, aux avant-bras et aux mains ?. Mais c’est l’onction de l’avantbras qui semblait la plus expressive de toutes, et c’est elle qu'’illustrait la seconde formule du Pontifical, elle aussi qu’a commentée le pape Innocent III dans son traité De sacra unctione. À vrai dire cette formule est beaucoup moins attestée par les documents que la précédente, et l’on ne sait trop où Durand de Mende l’a recueillie pour la faire entrer dans son Pontifical. Il nous suffit que l’Église l’ait adoptée et qu’elle fasse appel aux plus anciens sacres dont l’histoire ait conservé la mémoire :
Omnipotens sempiterne Deus qui Hazael super Syriam, et Jehu super Israel per Eliam, David quogue et Saulem per Samuelem prophetam in reges inungi fecisti, tribue… et huic famulo tuo quem hodie… in regem sacra unctione delinimus dignam delibutionis hujus efficaciam et virtutem concede….
Le sacre royal n’est pas un sacrement, c’est bien entendu, et l’onction, même quand elle se faisait avec le saint chrême,
1. Ordo de Ratold, du X® siècle. MÉNARD, In sacram. gregor., append. P. L., LXXVIII, 256.
2. ED. EICHMANN, Die sog. rômische Kônigskrônungsformel, dans Hist. Fahrb., XLV, 925, p. 541 et suiv.
n’entraînait pas réelle consécration de la personne royale ; c’est pourtant une véritable grâce que l’Église attend de cette effusion de l’huile sainte, dignam delibutionis hujus efficaciam, et elle la demande au Dieu tout-puissant, qui a fait oindre Saül et David, Hazaël et Jéhu, pour les revêtir de sa force divine. Car c’est une vertu de force qu’il convient d'obtenir au souverain, ut sit fortis, justus, fidelis, providus, pour qu’il soit le défenseur de l’Église et de la foi, le protecteur de ses sujets, le lieutenant de Dieu. Que Dieu lui-même soit sa force et qu’il lui « mette sur le bras la marque de sa puissance », constitue Domine principatum super humerum jus.
C’est le mot d’Isaïie à propos du Messie, de l’Oint par excellence, et c’est la pensée qu’a relevée le pape Innocent III en faisant remarquer, comme dans la formule, la relation de ce texte avec l’onction royale :
« Ce n’est point sur le chef, mais au bras qu’est marqué de l’onction le prince couronné, parce que là réside la force de l'autorité! »
Princeps ex tunc non ungatur in capite sed in brachio sive humero sive in armo, in quibus principatus congrue designatur juxta quod legitur : « Factus est principatus ejus super humerum ejus… » Refert ergo inter pontificis et principis unctionem, quia caput pontificis chrismate consecratur, brachium vero principis oleo delinitur, ut ostendatur quanta sit differentia inter auctoritatem pontificis et principis potestatem.
«Il y a donc onction souverainement efficace et pour l’évêque et pour le prince, mais autres sont les résultats : le chrême coule sur la tête du pontife, l’huile sainte sur le bras du souverain, parce que le pontife reçoit la juridiction sainte, et le monarque la puissance !, »
Ainsi le prince se voit-il solennellement investi du pouvoir