MARTÈNE, De ant. eccl. rit., 1. II, c. XIII, app
SANCTIFICATION DE L'ÉDIFICE 273 on n’a pas d’attestation antérieure au IX® siècle, symbolise donc la première prise de possession du temple au nom du Seigneur.
Dans la liturgie baptismale les exorcismes jouent un rôle très important pour la préparation au baptême. C’est exactement la fonction des aspersions d’eau lustrale ou exorcisée : elles ont manifestement pour but de purifier, et d’expulser le démon de toutes les parties de l'édifice. L’idée est nettement exprimée dans les formules d’exorcismes pour la bénédiction de cette eau lustrale.
Mais en même temps qu’elle est Zustrale et purificatrice, cette eau est déjà sanctificatrice, ainsi que l’indiquent certaines formules gallicanes de sa bénédiction, et surtout les prières qui, dans notre Pontifical, accompagnent l’aspersion de l’autell, par exemple :
Omnipotens sempiterne Deus, Creator et conservator….emitte Spiritum sanctum tuum super hoc vinum…
Sanctificare per Verbum Dei. formule de bénédiction d’eau baptismale dans le rit ambrosien.
1. Notons du reste que l’aspersion de l’autel est la seule mentionnée dans le Gélasien (gallican) et le Missale Francorum, et qu’elle y a bien le caractère de consécration (d’autant que ces documents ignorent l’onction dont il sera question plus loin). Et jusque dans ses moindres détails ce rite reproduit la célébration du sacrifice décrit en l’Exode, ch. XXIX, 12-18.
Exode, xxIx.
12. Sumptum de sanguine vituli pones super cornua altaris digito tuo — Lévitique VII, II cum aspersisset altare septem vicibus — 12 reliquum autem.… fundes juxta basim ejus 13... et offeres incensum super altare 18 incensum super altare … odor suavissimus Domino.
Pontifical.
Primitus pones super cornua altaris digito tuo vinum cum aqua
mixtum ; et asperges altare septem vicibus ; reliquum autem fundes ad basim ; et offeres incensum super altare odorem suavissimum Domino.
Tous les éléments de cet « Ordo » se retrouvent au IX® siècle et suivants, mais noyés dans des cérémoniaux de provenance différente.
Le Pontifical romain. — II
Deus sanctificationum.. qui parle déjà de consécration et la préface de dédicace qui suit.
La pensée de l’immersion baptismale est donc déjà comprise dans ce rite de la lustration : Ef baptizat ipsum altare de ipsa aqua cum spongia una vice, dit le plus ancien Ordo romain 1. C’est déjà le commencement de l’œuvre positive de la sanctification. Mais cette œuvre ne sera consommée, parachevée, qu’au moment des onctions qui marquent l’intervention spéciale du Saint-Esprit dans la sanctification du temple. L’une des formules finales, empruntée du reste au pur grégorien, est ainsi conçue : Descendat, quesumus Domine Deus noster, Spiritus tuus sanctus super hoc altare qui et dona nostra et populi tui in eo sanctificet….
Nous aurons donc là comme la confirmation du temple chrétien. Il n’est pas jusqu’aux derniers rites de l’initiation qui ne paraissent ici comme couronnement de toute la fonction : la tradition des parements blancs dont on revêtira l’autel, la célébration du saint sacrifice et la sanctification qui en découlera pour l’autel et l’église où il sera offert pour la première fois.
Mais il faudra revenir sur chacun des rites constituant la deuxième partie de la fonction, pour saisir l’unité de la cérémonie telle qu’elle se pratique aujourd’hui.
Avant de conclure les rites préparatoires le prélat confectionne et bénit le ciment qui servira dans un instant à sceller le sépulcre des reliques. C’est un rite secondaire qui apparaît cependant dès le IX® siècle. L’effusion de l’eau lustrale aux pieds de l’autel est un souvenir de l’Exode (xxIx, 12) : où le Seigneur prescrit à Moïse de répandre autour de l’autel tout ce qui reste du sang des victimes : reliquum autem sanguinem fundes juxta basim (altaris).
1. Ordo de Vérone, publié par BIANCHINI ; Ordo de Zürich, publié par GERBERT, P. L., CXXXVIII, 1020. — Cette idée du « baptême de l’autel » se rencontre aussi chez les Grecs. DoM PL. DE MEESTER, Rit.-Bened. bizantino, p. 194, 219-222.