‹ Le pontifical romain (volume 2)Chapitre 305 sur 318 · LA GRANDE INVOCATION · texte numérisé non relu

LA GRANDE INVOCATION

qu’elle portait, symbole des faveurs que nous réservait l’avenir. Cette figure se réalise aujourd’hui, dans ces derniers temps, lorsque les eaux du baptême ayant effacé tous nos péchés, l’onction de l’huile vient donner à nos visages beauté et sérénité.

« C’est aussi en présage de cette grâce que vous ordonnâtes à Moïse votre serviteur, après qu’il aurait purifié dans l’eau son frère Aaron, de l’établir prêtre par une onction.

« Mais le plus grand honneur déféré à l’huile fut lorsque, votre Fils Jésus-Christ notre Seigneur ayant exigé de Jean qu’il le baptisât dans les eaux du Jourdain, vous envoyâtes sur lui l’Esprit-Saint en forme de colombe, désignant ainsi votre Fils unique, en qui vous déclariez, par une voix qui se fit entendre, avoir mis vos complaisances, et faisant connaître qu’il était celui que le prophète David a célébré comme devant recevoir l’onction de l’huile de l’allégresse, au-dessus de tous ceux qui doivent y participer avec lui.

« Nous vous en supplions donc, sanctifiez cette huile et envoyez en elle la vertu même de l’Esprit-Saint afin que les baptisés qui auront été régénérés dans l’eau et l'Esprit trouvent en elle un chrême de salut et soient rendus participants de la gloire éternelle. »

Les Canons d’Hippolyte et autres Constitutions anciennes donnent au chrême le nom d’oleum eucharistiæ, parce que, disent ces documents, le chrême reçoit une bénédiction en forme de ebyapistix ou d’action de grâces. — Notre formule actuelle est celle dont se sont servis les anciens, sauf toutefois que l’Ordo vulgatus d’Hittorp y a fait entrer une clausule, ut spiritahs lavacri… muneris induantur, jadis inconnue. Tunc episcopus salutet chrisma nudum et ceteri omnes, dit l’Ordo papal. Nous reconnaissons le rite de l’Ave sanctum chrisma. L’Ordo I disait déjà : Ampulla que cum

chrismate est, statim ut benedicta fuerit cooperitur ut a nemine nuda videatur, sed tenente eam acolytho, omnes eam per ordinem salutent, quam episcopus et diaconus prius nudam salutant.

Ce détail qui appartient à la rédaction gallicane est absent de l’Ordo romain de Saint-Amand aussi bien que des sacramentaires ; ceci donne à penser que nous avons encore affaire là à un usage gallican. De même les distinctions entre l’ampoule couverte et découverte, dont Amalaire commente à plaisir la signification mystique, mais qui ne représentent qu’un symbolisme assez vague. Ce qui est ancien et parfaitement traditionnel, c’est de voiler l’ampoule du saint chrême d’un voile d’étoffe riche en témoignage de vénération pour la matière du sacrement.

Les formules Ave sanctum chrisma et, plus loin, Ave sanctum oleum, n’ont pas d’attestation ancienne, encore moins le rite de la génuflexion qui paraît pour la première fois dans le Pontifical de Piccolomini (1485). Ce sont là tous rites vénérables puisque l’Église les a adoptés, mais qui n’ont pas l'intérêt si prenant de la formule même de consécration, ni le caractère des rites plus anciens. La cérémonie de la consécration des saintes huiles n’en est pas moins l’une des plus impressionnantes, en raison même de la solennité dont elle est entourée et des marques de respect que les officiants prodiguent à ces matières consacrées. 1

1. Cf. Dom CABROL, Huile : Bénédiction des saintes huiles au jeudi saint, dans Dict. d’arch. chr. et de hturgie.

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