‹ Le pontifical romain (volume 2)Chapitre 33 sur 318 · RICHESSE DE LA GRACE · texte numérisé non relu

RICHESSE DE LA GRACE

personne du pontife suprême, ainsi que l’indique très clairement saint Léon à propos précisément de la grâce d’ordre conférée au pontife, dont tous ont le droit de se réjouir : Religiosum vobis est. gaudere ut unum celebretur in toto ecclesiæ corpore PONTIFICII SACRAMENTUM, quod, effuso benedictionis unguento, copiostus quidem in superiora profluxit, sed non parce etiam in inferiora descendit. «Il convient que tous participent à la même joie, puisque dans tout le corps de l’Église il n’y a qu’une grâce sacerdotale : l’onction sainte répand sans doute cette grâce avec une abondance très spéciale sur le chef de l’Église, mais elle enrichit aussi sans parcimonie les membres les plus humbles

de la communauté! »

Tous ont donc à se réjouir de la consécration du pasteur commun puisque personne n’est exclu de la grâce dont il reçoit la plénitude. Et c’est essentiellement pour régir les âmes au nom de Dieu qu’il participe avec cette abondance à la grâce divine. Notre formule romaine le dit encore d’une façon magistrale, qui est elle aussi dans la manière de saint Léon ?.

Tribuas ei, Domine, CATHEDRAM EPISCOPALEM ad regendam ecclesiam tuam et PLEBEM SIBI COMMISSAM. « Donnez-lui, Seigneur, de siéger sur la chaire épiscopale pour gouverner votre Église et les âmes qui lui sont confiées. »

L'ancien usage romain voulait que cette formule fût employée pour l’évêque de Rome comme pour les autres,

1. SAINT LÉON, Serm. IV, 1, P. L., LIV, 149. — Le saint pape prononçait ces paroles au jour anniversaire de sa consécration épiscopale, devant la foule des fidèles accourus pour s’unir à lui dans la même action de grâces.

2. On peut constater ci-dessus, p. 39, note, que la clausule Tribuas appartient bien au texte romain primitif,

mais, dit le sacramentaire grégorien le plus authentique, on la modifiait ainsi :

Tribuas ei, Domine, CATHEDRAM PONTIFICALEM ad

regendam Ecclesiam tuam et PLEBEM UNIVERSAM!.

Pour les évêques ordinaires on conserva longtemps cette finale, et plebem universam”, qui rigoureusement ne peut s’entendre que de l’évêque de Rome et de l’universalité de sa juridiction. À ces paroles on a substitué au moyen âge la formule plus en rapport avec la juridiction limitée des simples évêques, et plebem sibi commissam. Mais toute limitée qu’elle soit, la charge pastorale est ce qu’il y a de plus grand et de plus divin dans l’Église, et c’est bien pourquoi l’on demande ici au Seigneur lui-même d’intervenir en personne pour constituer entre les mains du pontife l’autorité spirituelle qui est l'autorité de Dieu même :

Tribuas ei, Domine…. « Que de vous il reçoive, Seigneur, le siège épiscopal avec le pouvoir qui y est attaché de gouverner votre Église et le peuple chrétien confié à sa garde. Sis ei auctoritas, sis ei potestas, sis ei firmitas. Soyez en lui l’autorité, soyez la puissance, soyez la fermeté qui lui est nécessaire °.»

Et la formule se termine par un appel à la bienfaisance divine, dont on attend la toute spéciale intervention en faveur de celui que Dieu établit son représentant auprès des âmes :

« Faites déborder pour lui la mesure des béné-

1. Sacramentaire grégorien, édit. WILSON, p. 143. Cf. Ordo rom. VAITINPRIES ERVIIT

2. Sacramentaire grégorien, édit. WILSON, p. 6; Sacramentaire gélasien, édit. WILSON, p. 152 ; Ordo romanus vulgatus d’HITTORP, De div. off, 1610, col. 115 3 AMALAIRE, De div. officus, 1. II, xIv.

3. L'expression si énergique qui traduit le caractère actif de la grâce sacerdotale, sis ei auctoritas, sis ei potestas, sis ei firmitas, rappelle un passage analogue de la préface de consécration des vierges (ci-après, ch. IX) : Tu sis eis honor, tu gaudium, tu voluntas... De part et d’autre on reconnaît le style de saint Léon.

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