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LA GRACE SACRAMENTELLE

Le souvenir du sacerdoce ancien amène ainsi celui de l’onction que recevait le grand-prêtre, mais il s’agit d’une huile beaucoup plus sainte puisqu’elle devient le canal de la grâce sanctifiante conférée au pontife.

Nous reviendrons à ce rite de l’onction, nous ne retenons pour l'instant que l’idée qu’il traduit simultanément avec le geste traditionnel de l’imposition des mains ; il exprime la grâce du sacrement qu’on demande au Seigneur de répandre avec abondance sur le nouveau prélat. L’antique formule de la Tradition apostolique employait déjà un terme qui s’est perpétué à travers les âges :

« Répandez à nouveau cette vertu qui est vôtre, cette vertu de l’Esprit qui fut celle de votre Fils bien-aimé, Notre-Seigneur Jésus-Christ, et qu’il accorda aux saints Apôtres pour l’établissement de l'Église. »

À son tour notre formule romaine interprète la même pensée en des termes analogues :

« Que la céleste onction enveloppe le pontife en sorte que la vertu de l'Esprit qui est vôtre pénètre tout son intérieur et le protège de toute part à l'extérieur. »

L’effusion de l'Esprit sanctificateur est en fonction du ministère sacré qu’aura désormais à remplir le nouvel évêque, office de prêtre et de pasteur pour l’instruction et la sanctification des fidèles, la réconciliation des pécheurs et la conduite de tout le troupeau.

L’évêque est consacré pour l’utilité de tous, car il possède le pouvoir plénier de sanctification y compris le plus élevé et le plus précieux qui le met au-dessus des simples prêtres : ayant reçu la plénitude de sacrement de l’ordre il le confère à son tour, il est générateur du sacerdoce ; et c’est aussi «en vertu du sacerdoce suprême dont il est orné, qu’il a le pouvoir souverain de remettre les péchés,» disait la Tradition apostolique.

La plénitude des privilèges épiscopaux paraît là dans toute sa réalité. Mais ce qui ressort avec non moins d’évidence de la formule de consécration, c’est que le pontife est établi pour tout son peuple, le pasteur pour tout le troupeau qui lui est confié. L’onction mystérieuse qu’il reçoit, comme l’avait reçue le grand-prêtre Aaron, est sans doute, et avant tout, pour lui-même, pour sa propre sanctification ; mais telle est sa richesse, telle son abondance, qu’elle atteint jusqu'aux franges du vêtement. Notre formule romaine le dit en un langage symbolique, dont le pape saint Léon, auteur présumé de ce texte vénérable !, va nous donner lui-même l'explication.

« Faites, Seigneur, — demande notre préface de consécration, — que cette huile sainte se répande à profusion sur sa tête, et que du chef elle découle sur toute la face ; que de là elle s’étende jusqu’aux membres inférieurs du corps tout entier, en sorte que la vertu de l’Esprit qui est vôtre le pénètre et l'enveloppe de toute part ! » Hoc Domine copiose in ejus caput influat; hoc in oris su@ecta decurrat ; hoc in totius corporis extrema descendat, ut tui Spiritus virtus et interiora ejus repleat et exteriora circumtegat.

C'était un rappel du langage prophétique employé au psaume cxxx1Ie, que le Pontifical fait chanter aussitôt après la préface consécratoire comme pour en préciser le sens.

Ecce quam bonum et quam jucundum habitare fratres in unum. Sicut unguentum in capite, quod descendit in barbam, barbam Aaron, quod descendit in oram vestimenti ejus….

L’onction, si abondante qu’elle atteignait jusqu’aux franges du vêtement, symbolisait d’avance l’union de tous dans la

I. BALLERINI, Sancti Leonis Magni opera omnia, 1675, t. I, appendice, P. L., LIV, 467, note,

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