‹ Le pontifical romain (volume 2)Chapitre 35 sur 318 · II. — LES ONCTIONS · texte numérisé non relu

II. — LES ONCTIONS

La grande formule de consécration pourvoit à tout ; elle énumère, nous venons de le voir, les prérogatives essentielles du ministère pastoral confié à l’évêque, et elle demande à Dieu toutes les grâces nécessaires pour l’exercice d’une charge si éminente. L’ancienne tradition romaine, jugeant que tout était dit d’une façon suffisamment explicite dans cette prière unie au rite de l’imposition des mains, se gardait d’y ajouter quoi que ce fût. De bonne heure cependant on eut l’idée, en Gaule, semble-t-il, de traduire matériellement la pensée de l’onction spirituelle dont il est fait mention dans la formule. Aux paroles, Hoc Domine copiose in ejus caput influat, « Que cette huile mystérieuse se répande largement sur le chef de l’élu », on trouva tout logique d’unir

. 1. Liber pontificalis, notice de saint Zacharie (f 752), édit. Du- CHESNE, !, 428.

une onction de chrême, bien que les documents anciens n’en présentassent aucune trace. Les textes orientaux l’ignoraient aussi bien que les recueils de l’Église romaine. Les sacramentaires grégoriens écrits en France aux IX® et XE€ siècles ? et les pontificaux anglais de la même époque sont les premiers à mentionner l’onction de la tête, comme accompagnement des paroles Hoc DOoMIxE de la prière consécratoire.

Ce rite nouveau entrait ainsi dans les usages liturgiques, il allait pénétrer dans l’Ordo romanus et de là dans les pontificaux romains en voie de formation 4. Encore un siècle, et à l’époque de Durand de Mende une autre innovation s’ajouterait à la première, moins heureuse celle-là puisqu’elle interrompt la préface de consécration : c’est le chant du Veni Creator, que doit entonner le prélat consécrateur et que le chœur continue pendant que s’accomplit le rite de l’onction avec les paroles Ungatur et consecretur caput tuum… reproduites d’après les documents du X® et du XIE siècle.

Sous l'influence des usages anglo-saxons ?, une seconde onction s’est introduite à la suite de la première pour en compléter le symbolisme : l’onction de la tête signifiait la juridiction spirituelle et le magistère doctrinal qui appartiennent désormais de droit à l’évêque ; l’onction des mains et spécialement du pouce vient s’ajouter à la prière de consécra-

1. Sacramentaires léonien et grégorien ; Sacramentaires gélasiens du VII et du VIII siècle ; Ordines rom. VIII et IX.

2. Sacramentaire de D. H. MÉNARD, P. L., LXXVIII, 224 ; Sacram. de Corbie, MORIN, De sacris ordin., ordin. episcopi.

3. Pontificaux anglais dans D. MARTÈNE, De ant. Eccl, rit., 1, VIN, 4 XI 21h03:

Page 1