LA MITRE PONTIFICALE
Tradition de la mitre et intronisation furent bientôt étendues au sacre des évêques, en attendant de l’être à la bénédiction des abbés ; bientôt le privilège de l’intronisation serait accordé aux abbesses elles-mêmes.
La mitre avait été jadis l’insigne des vierges consacrées : les témoignages de saint Optat de Milève et de saint Isidore de Séville sont formels, ainsi qu’on le verra dans la suite. Le fait pour les papes de l’adopter pour leur usage personnel releva singulièrement le prestige de cet ornement. Aussi viton vers le XIe siècle l’insigne pontifical exciter chez de nombreux prélats le secret désir d’en être parés. C'était l’époque où les papes travaillaient à grouper les évêques et à les associer à une lutte commune contre la simonie. Léon IX se montra l’un des plus actifs, l’un des plus empressés aussi à récompenser les bonnes volontés. C’est à son ancien métropolitain, l’archevêque de Trèves, qu’il accorda pour la première fois, en 1049, le privilège de porter la mitre. L’archevêque de Hambourg qui avec son confrère de Trèves soutint le pape au concile de Mayence !reçut la même récompense. À Bamberg, le pape Léon IX autorisa non seulement l’évêque mais tous les chanoines du chapitre à user de la mitre les jours de grande fête 2. Les prélats allemands semblent avoir fort apprécié cette distinction. Les empereurs et ducs demandèrent même à leur profit la cession du même privilège: le duc de Bohême Wratislaw se le voyait octroyer, et désormais, au sacre de l’empereur allemand, le monarque et son épouse recevaient l’un et l’autre la mitre ecclésiastique, mitram clericalem*. En France l’usage de la mitre n’apparaît qu’au XIIe siècle : les prélats s’étaient montrés moins em-
1. Cf. JULES GAY, Les papes du XI siècle et la Chrétienté. Paris, 1926. Ch. 1x: Le pape Léon IX et la réforme de l’Église.
2. CATALANI, Pontificale romanum comment. orn., Prolegomena, c. XIX : de mitra. — P. BATIFFOL, La liturgie du sacre des évêques, dans Rev. d’hist. eccl., 1927, p. 758-759.