I. — LES RELIGIEUX
LAÈRES que Constantin eut accordé la paix au monde chrétien, l’Église put s’organiser au grand jour et donner à ses institutions leur forme définitive. C’est l’époque où les liturgies commencèrent à se codifier et le cérémonial à se constituer. Les cadres de la communauté chrétienne prirent plus de fixité, et à côté de la hiérarchie ecclésiastique la vie religieuse put enfin se constituer d’une façon officielle et régulière. Elle existait déjà depuis plusieurs générations, mais à l’état embryonnaire. Au IVe siècle, il s’établit des groupements nettement déterminés d’ascètes et de vierges, qui tendent à former dans l’Église une catégorie à part. On s’habitue à considérer le corps mystique du Christ comme
réunissant en un seul tout trois ordres divers : les clercs, les moines et les fidèles.
C’est ce qu’on voit clairement exprimé dans le sacramentaire rédigé à cette époque par l’ami et correspondant de saint Athanase, l’évêque égyptien Sérapion. Ce document très important contient, entre autres formules liturgiques, les prières du canon de la messe. Elles débutent par la prière pour l’Église et les diverses catégories qui la composent : ce sont l’évêque et tout son clergé ; en second lieu ceux qui mènent la vie monastique et les vierges ; puis un troisième groupe comprenant les gens mariés et tous les membres de ieurs familles !.
D’autres textes anciens, comme la Hiérarchie ecclésiastique de saint Denys ?, préfèrent considérer d’une part les trois ordres de la hiérarchie sacrée, les diacres, les prêtres, l’évêque, et, leur faisant pendant, d’autre part, les trois ordres du peuple saint, les catéchumènes, les simples fidèles, les moines.
Mais la conception plus ancienne des trois degrés, fidèles, moines, clergé, reparaît au moyen âge, en particulier sous la plume de Rhaban Maur pour ne citer qu’un exemple 5. Ainsi les religieux ont-ils toujours été considérés comme faisant partie, à un titre spécial, de la grande famille chrétienne. Bien loin qu’ils soient en marge de la société surnaturelle, ils en forment un rouage essentiel au fonctionnement duquel tous sont intéressés. Aussi les moines ont-ils leurs bénédictions spéciales, comme les clercs ont les ordinations et les gens mariés la bénédiction qui leur assure les grâces nécessaires à leur état.
Tous les anciens recueils liturgiques romains ont des
1. Sacramentaire de Sérapion, c.xI. FUNK, Didascalia et Constitutiones apostolorum, t. II, p. 168-171.