IV. — LE BAISER DE PAIX ET LA MESSE
La cérémonie de l’ordination ou consécration des diacres est achevée ; cependant il est un détail désormais supprimé, mais qu’observent encore les Byzantins, et qui de l’Ordo romain était passé dans de nombreux pontificaux latins du moyen âge : c’est le baiser de paix, qui, pour les diacres, comme pour les prêtres, et encore actuellement pour l’évêque, constitue le couronnement logique de leur ordination. De même que le néophyte était admis au baiser de paix fraternel aussitôt après son baptême, et le religieux après sa profession monastique, ainsi convient-il que le nouvel ordonné reçoive le signe extérieur de son admission dans la hiérarchie ecclésiastique. Si le baiser de paix ne suit plus immédiatement l’ordination, du moins est-il accordé par l’évêque célébrant au premier des nouveaux diacres, au cours de la messe pontificale qui se célèbre aussitôt. Il va de soi que, selon un usage déjà établi à Rome au XI° siècle, ! l’un des diacres récemment ordonnés exerce, séance tenante, le pouvoir qu’il vient de recevoir de chanter pour la première fois le Dominus vobiscum et l’évangile solennel, mais ce n’est plus la coutume de lui faire accomplir à la messe ses autres fonctions de diacre : tel était cependant l’ancien usage à Rome ; on prévoyait même que chacun des diacres avait son office à remplir : ad ipsam missam ministrant unusquisque secundum officium suum ?.
1. De gradibus Romane ecclesiæ, d’après un Pontifical du XI siècle, dans MARTÈNE, De ant. eccl. rit., 1. I, c. VIII, XI, ordo IX. 2. MARTÈNE, op. cit. ordo IX.
La pensée d’associer d’une façon très spéciale les nouveaux diacres à la messe d’ordination s’est affirmée très anciennement dans la collecte, la secrète et la postcommunion qu’on récitait à leur intention. Les trois formules que leur attribue encore actuellement le Pontifcal, et qui leur sont communes avec les prêtres, figurent déjà dans les recueils romains en usage en France au VIII® siècle. On y ajoutait alors au canon de la messe une prière plus instante encore que les autres :
Hanc igitur oblationem, quam tibi offerimus pro Jfamulis tuis quos ad presbyterii vel diaconatus gradus promovere dignatus es, quæesumus Domine placatus suscipias, et quod eis divino munere contulisti in eis propitius tua dona custodi!.
« Gardez précieusement, Seigneur, en ces âmes que vous avez enrichies divinement, le don merveilleux que vous leur avez accordé ! »
Et au jour anniversaire de leur consécration, in natali consecrationis diaconi, nouvelle attention délicate de l’Église qui leur réservait encore une messe propre et faisait prier toute l’assemblée chrétienne à leur intention :
« À ceux que vous avez faits lévites pour le service des autels, accordez, Seigneur, qu’ils soient basés sur une foi véritable et que brille en eux l’esprit surnaturel ! Vous leur avez donné la fonction de ministres sacrés, qu’ils reçoivent de vous la mesure suffisante de grâce pour accomplir leur service ! »
Tout est ainsi prévu pour le profectionis augmentum dont parlent les oraisons de cette messe. La prêtrise viendra achever ce que le diaconat a si bien commencé. C'était le
1. Sacramentaire gélasien du Vatican (WIiLsoN, The Gel. Sacr., p. 29) ; gélasiens du VIII siècle,