III. — TRADITIONS ET ONCTION
Ce sont ces pouvoirs sacerdotaux que veulent exprimer les diverses cérémonies qui sont venues s’ajouter à l'imposition des mains et à la prière de consécration pour en rendre plus sensible l’efficacité. L’éfole croisée sur la poitrine et la chasuble ornée du signe de la rédemption signifient l’une et l’autre le rapport intime des fonctions sacerdotales avec le sacrifice de la croix, source authentique des grâces que le prêtre devra répandre sur les âmes.
Les traditions de l’étole et de la chasuble appartiennent essentiellement à l’ordination sacerdotale, ce sont des éléments anciens et vraiment romains. Moderne cependant la rubrique qui veut que la chasuble soit d’abord donnée pliée : tous les anciens textes, y compris encore l’Ordinarius papal du XIVE siècle, mentionnent ici la tradition complète, avec la formule stola innocentiæ induat te Dominus, que Durand de Mende a renvoyée tout à la fin de la messe, on ne sait trop pourquoi : l’Ordo vulgatus et les documents qui en dépendent y ajoutent le Accipe vestem sacerdotalem que notre Pontifical a, comme Durand de Mende, conservé au moment de la tradition.
Viennent ensuite la consécration et l’onction des mains, qui se réfèrent au pouvoir d'offrir le saint sacrifice et au privilège de bénir. Ce sont des rites d’importation gallicane, que l’Église romaine n’a pas craint d’adopter en raison de leur haute signification. Primitivement elle ne les observait pas : plusieurs témoignages nous l’attestent en dehors même des Liturgies ; l’un d’eux, surtout, a une valeur irréfragable. C’est
celui du pape Nicolas Ier ({ 867), écrivant à l’évêque Rodolphe
de Bourges, qui lui demandait précisément ce qu’il fallait
penser de l’onction que l’on pratiquait à l’ordination des
prêtres et même des diacres en certaines églises des Gaules et d’Angleterre : Præterea scissitaris utrum sois presbyteris, an et diaconibus debeant cum ordinantur manus chrismatis liquore perungi. Quod in sancta hac Romana, cui Deo auctore deservimus, Ecclesia neutris agitur. Sed et quia sit a novæ legis ministris actum, nusquam nisi nos fallat oblivio legimus 1.
Ce texte est formel et il répond aux données liturgiques. Il n’y a pas trace d’onction sacerdotale ni dans le Léonien, ni dans le Grégorien d’Hadrien, ni dans les Ordines VIII et IX. On cite quelquefois un passage de saint Léon déjà mentionné plus haut : Nunc enim et ordo clarior levitarum, et dignitas
amplior seniorum, et sacratior est unctio sacerdotum ?.
Mais cette parole ne fait que mentionner les trois degrés de la hiérarchie chrétienne, et montrer leur supériorité relativement aux institutions de l’ancienne Loi : «Nous avons, dit le
pape, l’ordre des lévites, mais plus noble (celui des diacres) ; nous avons des prêtres dont la dignité est plus grande ; nous avons enfin des grands-prêtres dont la consécration est plus sainte ». Ces sacerdotes ne sont pas les simples prêtres indiqués précédemment sous leur nom de seniores, mais bien des évêques ; il n’y a donc rien à conclure de ce texte pour l’onction des prêtres. Burchard, au XIe siècle, cite d’autre part, comme nous allons le voir, une prétendue allocution de saint Augustin, où cette onction est mentionnée : mais cette pièce de composition tardive n’est sûrement pas de l’évêque d’Hippone *. Les Orientaux ne semblent pas non plus avoir jamais connu d’onction sacerdotale. Mais elle était chose commune en France, dès le