I. — LA TONSURE
Ad deponendam comam capitis sui. — L’antiquité a connu bien des sortes de coupe de cheveux, disons : de fonsure, au sens très large du mot. L’usage est antérieur au christianisme, — ce qui ne veut pas dire que l’Église l’ait emprunté aux paiens ! ; dans le monde chrétien lui-même, il n’a pas toujours été réservé aux clercs. Mais il est fort intéressant de constater qu’à la base de ces rites divers on retrouve une même idée symbolique, celle de l’appartenance à telle ou telle personne par le « sacrifice » qu’on lui fait de sa chevelure.
Dans l’antiquité païenne, porter les cheveux courts ou rasés était, au moins chez les Grecs, une des marques distinctives de la condition servile. De plus, dans certaines cités helléniques, il était d’usage, surtout pour les jeunes gens, d’offrir sa chevelure à telle ou telle divinité en signe de dévotion. Des coutumes analogues se rencontrent chez les anciens Égyptiens, les Syriens, chez les Sémites en général. Le vœu
1. Contre le soi-disant emprunt aux prêtres d’Isis et de Sérapis, M. PH. GOBILLOT a publié une étude très fouillée, Sur la tonsure chrétienne et ses prétendues origines païennes, dans Revue d’hist. eccl.. Louvain, 1925, 399-455.
de Nazaréat chez les Juifs impliquait une idée semblable !. À Rome, il y avait primitivement plus d’irrégularité dans la façon de porter les cheveux longs ou courts. De bonne heure, on adopta cette dernière mode comme signe de simplicité de vie, opposée au luxe des mondains, qui soignaient leur chevelure et passaient leur temps chez les coiffeurs ?.
Au moyen âge, c'était un usage fréquent de couper les cheveux aux enfants lorsqu'ils entraient dans l’adolescence, et d’offrir leurs boucles à quelque personnage de marque en signe de déférence ou de sujétion. Paul diacre raconte que Charles Martel envoya son fils Pépin au roi des Lombards, Luitprand (f 744), « pour que selon la coutume il reçût de lui l’offrande de sa chevelure ; le roi la lui fit couper et devint ainsi comme son père», wf eius JUXTA MOREM capillum susciperet : qui ejus cæsariem incidens ei Pater effectus est ?.
Au rapport du Liber pontificalis, le pape Benoît II (f 685) reçut en grande pompe, assisté de son clergé et de sa garde militaire, les boucles de cheveux des enfants impériaux, Justinien et Héraclius, en même temps que l’avis de l’offrande qui lui en était faite. Il s’agissait de l’empereur Constantin Pogonat, qui, en signe de soumission au Saint-Siège, adressait au pape les boucles de cheveux de ses deux enfants ; le clergé romain et l’armée étaient censés avoir pris les jeunes princes sous leur protection et les avoir adoptés 4, Le même rite s’appliquait également aux adultes. C’est encore le Liber pontificalis, qui en a conservé le souvenir à propos d’Hadrien Ier (772-795) : Inquiétés par les Lombards, les habitants de Spolète se rendent à Rome, et en signe de dépendance spéciale vis-à-vis du Prince des apôtres et de son successeur, ils se font, « selon l’usage ro-