IV. Oraison finale, donnée comme telle par tous
les documents anciens, Præsta quesumus : —3 «À tous ces clercs vos serviteurs à qui nous venons de couper les cheveux par dévotion pour votre saint nom, veuillez, nous vous en prions, Dieu tout-puissant, accorder la persévérance en votre amour et le maintien dans la pureté sans tache. Par le Christ Notre-Seigneur. 1 »
Ces vœux marquent tout naturellement la fin et la conclusion de toute la fonction. On les a déplacés ; en leur situation actuelle au milieu de la cérémonie, ils semblent un peu prématurés. La vêture qui venait en premier est maintenant renvoyée tout à la fin. Il y a eu d’autres interversions qui ne sont pas plus heureuses. La psalmodie, qui comprenait les deux psaumes l’un à la suite de l’autre, a été disséquée en
I. Voici ce rite de la tonsure tel qu’il se présente dans le sacramentaire grégorien complété au début du IX£ siècle par ALCUIN : l’ordre des pièces est celui que nous venons d’indiquer.
Supplément d’ALCUIN au Grégorien. N° Lv. (Édition WILSON, The Gregorian Sacramentary.) Orationes ad clericum faciendum.
Oremus dilectissimi fratres, Dominum nostrum Jesum Christum pro hoc famulo tuo z/lo, qui ad deponendam comam capitis sui pro eius amore festinat, ut donet ei Spiritum Sanctum, qui habitum religionis in eo perpetuum conservet, et a mundi impedimento uel seculari desiderio cor eius defendat, ut sicut inmutatur in uultu, ita manus dextere eius ei uirtutis tribuat incrementa, et ab omni cecitate humana oculos eius aperiat, et lumen ei eterne gratie concedat, qui uiuit cum —
Item alia. — Adesto Domine supplicationibus nostris et hunc famulum tuum benedicere dignare, cui in tuo sancto nomine habitum sacre religionis inponimus, ut te largiente et deuotus in ecclesia persistere et uitam percipere mereatur æternam. Per Dominum.
Dum tondis eum dicis Antiphonam — Tu es Domine. — Ÿ. Dominus pars. Alia : Hæc est. Oratio post tunsionem.
Præsta (quæsumus) omnipotens Deus, huic famulo tuo illo, cuius hodie capitis comam pro divino amore deposuimus, ut in tua dilectione perpetua maneat, et eum sine macula in sempiternum custodias. Per,
deux tronçons ; le psaume xv® Conserva me Domine a luimême été écourté, il devrait comprendre le Ÿ. Dominus pars hereditatis meæ que l’on fait réciter actuellement par le nouveau clerc tonsuré.
Le rite de la vêture des moniales dans la liturgie bénédictine s’est modelé de bonne heure sur celui de la tonsure et de la vêture des clercs : mêmes formules et même ordre des cérémonies que dans notre Pontifical ; mais précisément la psalmodie est restée ce qu’elle était jadis, les deux psaumes xv® et XXIII® se suivent sans interruption, chacun avec son antienne comme au Pontifical.
Dans la liturgie monastique à l’usage des religieux bénédictins, c’est la vêture qui conserve la première place comme dans l’antiquité ; la tonsure ne vient qu’en dernier lieu et n’est même conférée qu’en dehors de la cérémonie ! : les cheveux sont simplement coupés sans aucune solennité, mais cet acte répond exactement à l’ancienne fonsuratio religieuse.
S1 l’ordre ancien a été modifié, il ne faut cependant pas exagérer la portée des changements qu’il a subis. Ils ont contribué surtout à mettre le rite de la tonsure en valeur, en atténuant l’importance de la « vêture » cléricale. Ils ont aussi attiré tout spécialement l’attention sur le verset du psaume xv° : «C’est le Seigneur qui est ma part d’héritage. » Dominus pars HEREDITATIS meæ. Ces paroles appartiennent primitivement à la psalmodie ; on les en a détachées, pour leur donner une valeur quasi sacramentelle. Il n’y a aucune participation réelle au sacrement de l’ordre ; pourtant les paroles indiquent nettement ce qui déjà s’accomplit pour les nouveaux clercs. Les anciens documents insistaient également sur la notion « de part d’héritage », ils faisaient déjà, comme maintenant encore, dire par deux fois l’antienne, € Tu es Domine qui restitues HEREDITATEM meam mihi. —
1. Cérémonial de la véture et de la profession monastiques. Solesmes, 1883, 1897.