GILBERT, PROSPER, ROSALIE
prosper, paraissant sur le seuil. La porte ouverte: pas de laquais dan» l’antichambre; je vais donc m'annoncer soi- même...
GILBERT. Prospcl-...
Procter. Tu l'as dit: Fur tu né • Fé ! i x-Prospcr- Lcrielie... si je ne fais pas fortune avec res quatre noins-Là, ca ne sera pas juste. (4 Gilbert ) Ça va bien?...
ROsaue, qui a reconduit Martin jusqu'à la parte. Tu diras à ta tante qu'il nous est impossible de la paver aujourd'hui...
MARTIN. Mai» alors, l'Ambigu est flambé!
rosaue. Oh ! ce n'est pas noire faute, va!.,.
iiartin Bath! nous irons aux Funambule»!,..
Oh! qu'il fait noir... ( Tout en s'éloignant.) Brrr!,., ça pince!...
cilbert, bas à llosulie. Peut-être Prospcr pourra-t-il?
prosper, qui s'est assis dans le fauteuil.
Àh ! mes entant», c’est de l'héroïsme que s'aventurer ce soir dans voue Ile Samt-Louis, il fait un brouillard... à couper au couteau... mai» je préférerai» employer cct ustensile à un usage plus journalier.
cilrert. Comment?...
prosper. C’est à dire que, s’il n’y a pas
IV pont-rouge.
d’indiscrétion, je viens vous demander à scuper.
Gilbert, apres un grand temps. Tu soupes doue, toi?
nuKptu. Dame! quand je n'ai pas diné. .
Or, jp n’ai pas diné... (tirant la doublure des pocket ue son gilet ,) et pour cause. IJi, bien! vous ne répondez pas?
ROSALIE. C'Cst «pic... •
riMx-PEn. Compris, allons!... (Il serre ta boucle de son pan ta ton ) Ueing ?...
cii-buit. Que fus-tu ?
prosper Je resserre d'un cran, voilà tout!..
Oh! j'y suis fait : saule-ruisseau dans la journée, le soir, S*** violon au Vaudcvîle; je boulotte en moyenne jn-qu'au 2a dit mois; mais pas»*- ça... C’est le Dieu de» bonne» gens qui | est rliargé de fournir à ma pâture; et quand il me (ait faux boild, voilà!... ( Il répété soit geste. jffcingL..
Rosalie. Pauvre garçon!
prosper. lîitli ! j'ui l’avenir, l'avenir aux doigts de miel cl de confitures.
'.il huit- El tu peux rire au sein d*une pareille pauvreté, au lieu de la maudire, au lieu de...
prosper. Halle-là!... ne disons pus de mal de la misère, c'est peut-être une vilaine médaille, mais elle a son beau côté : pour l'artiste, c est un aiguillon, connue les obstacles, comme la douleur. Riches, heureux, nous mais endormirions peut-être dans les délires de Capouc; pauvres et rebutés, dan» un moment de de- 1 «espoir et de sainte colère, nous feron» des miracles !
Gilbert. Quoi! tu bénis tout, jusqu'à la souffrance?...
pRospER. Pourquoi pas? Le cheval qu'on fouette et qu'on eperonne n'est ni hrureux t.i coulent ; mai» il avance, et je dis à la misère : ! éperonne-nwi donc, misère, j’irai plus vite et plus loin !
Gilbert. Je ne suis pas seul à souffrir, moi !
|Lul cnonlmut Rguilio.)
prosper. Ah! c’est vrai!... Rosalie! pauvre enfant ! vou» n’étiez pas faite (mur une pareille existence, vous, ma chère payse, ma lalle fleur des Pyrénées, manquer tout a la foi» de soleil eide.. Oh! oui... c 'est trop; c'est... (Eo lui prenant lu main, il a sent, la bague <b Ilosalie.) Mais que vois- je? des bijoux!... «t vous êtes à jeun ?. ..
rosaue. Cette bague est le seul et derniii souvenir de ma mère.
puosriJt. Oh! alors, n’en parlons plus, c’est sacré... Ilcmg.
(H serra «le nouve. u um pantalon. GUtart bai**- ln tête avec tristes*». Un t.-mps de silence. f
Rosalie, tootoeruant. Pauvre garçon! mai-, je puis du moins... (Haut.) Tenez, l‘ros|H.*r. prosper. Comment?
Rosalie. Jç puis m’en séparer pour quelques jours.. Vous savez, au min de la rue...
wiosprR. \la tante! notre tante à tous I et moi, qui n'y avais pas pensé... Soyez sans crainte, Rosalie, je m'engage h la* dégager dans trois jour»...
GILBERT. Va, VU!...
prosper. Oh! tu n’cs pi3 plus pressé que moi!... Je vole, et je reviens avec itu munoMu de pommes de terre frite»! Quand je te disa s qu’il ne faut jamais désespérer du sort !... Tu le vo.s bien; on soupera.. (Sur Pair des cancans.) Ou souperA, *«n soupera!... (Il tu p tui sortir, neuf heures sonnent )Ali !... sapristi... qu'est-ce que cotte heure-là?...
Gilbert. Neuf heure».
prosper. Neuf heures... pa» de chance!., rua t:mtu est coucliéc... Résilie, voici v.itie bague.
Rosalie, sanglotant Oh ! mon Dieu ! mon Dieu t...
Gilbert, û Prosper. Eli luen ! loi ! as-tu encore le co ur à lu philo.-* »phie?
prosper. Pourquoi donc pas? De quoi s’agitil, après tout? de se coucher ram souper?...
Nous déjeunerons Ueuuiu de meilleur appétit.
Gilbert. F.l comment?
prosper. C’*>t mon affaire... Il y a relâche au théâtre. Je cours à l'étude et je trouverai bien le moyen d’y pounessirtuner un emprunt, i a lots, part’ à trois l Allons donc, Rosalie, de l'espérance : et toi, Gilbert, du courage!
Plus tard, bientôt peut-être, quand je serai devenu un grand compositeur et toi un grand poète, ou quand tu auras tout siropl' inent hérité de t«in oncle Benoit , notre client... Alors, bien logés, bien velu», bien nourris , nous bénirons la misère d'aujourd'hui. qui donnera plus de saveur et de prestige aux joie» de |;i prospérité! ÿ*»ngc à cela. Gilbert An lieu de broyer du noir, ii’envisagw nue Fatcnir. Rosalie, et vous ferez de» me# ooi'ê»' Sur ce, lN>OMHr,etàdcinain! (Après lui avoir baise les mains ) U misère !... misère, tu n> us eu fera» tant, que tu liaira» par nous faire faire de» chefs-d'œuvre !
(Il sort.)
r.nnrnr, après un temps. S’il avait rakoo, pourtant, si l’avenir nous réservait...
iio-alie. Tu «spères encore?
Gilbert. Dame !...
rohaijf. Quoi?...
Gilbert Malgré le changement incxpliraUe survenu luul à coup dans Scs manière». Thill u J ne m'ui a po» moins promis de songer à uioi ; et il m> peut que «l'un jour à l'autre ..
Rosalie. J|. Tluliard?... Ah! si tu compte»
sur...,
giibV.rt. Pourquoi pas?
Rosalie. D'ailleurs, tu ne peux rien accepter du lui ..
GILBERT. El pourquoi donc?
Rosalie. Parce que cet homme, dont je t'ai parie, cet homme, dont j’avais à peine («marqué le visage, mai» dont j’avais * t.- for êt- «Je remarquer la poursuite, cet homme... c'iéI M. Tliillard.
Gilbert. Lui?... mais en es-tu bien sùiv?
Rosalie. Ses regard» et son langage, quand je suis restée t calé avec lui, n'eut pu me lui»- .-er atieitn du te. Tu vois dune bien que tu ne saurai» accepter un service de « et huit me !
G ilium. Tant d'infamie., tant de malheur!..
Ob’ si, p*mr en sortir, il ne s’agissait que <k...
Eli bien! oui... je commettrais
rosaue. Oïl ! ne parle pa» ainsi, Gilbert...
lu me fai» peur.
gilblrt. Vaivoiis, que veux-tu qu’il advienne de n ■u»? Eu uliucllatit que nous sortions do b détresse où noussom mes, quel scruilnvAre sort? la gène, une vie de travail et de privation... ali! je n>n veux plus: je veux le luxe, le bienêtre, li butilKUir complet! Oui, toute» mes ambitions. d'autrefois se réveillent ! Et pour les réaliser enfin, je... oh! mais, j étouffé ici, vdi : de l’air... de l'air...
Rosalie. Seigneur, mon Dieu, ayez pitié de lui !
loua nr. Tien?, regarde., vuis comme cette nuit ol i libre, comme ce» quais sont désert-! on ne ilisliugue meme plu» d'ici le puapet ; mais on entend b voix du fleuve qui vient »'y briser avec un bruit sinistre... Elle vst Lieu haute, en cc moment, b Seine... elle empur- 1er,* il vite et loin le caduvrc qu'on lui jcterait t...
Rosalie. Quoi!... tu ne reculerai» pa» devant un ineurtic?
Gilbert. Non, s’il devait m’enrichir iiupuncnient, non, mille f.i» non ...
rosaue, refermant la porte virement. Cilbert, quand mi arrive ù de pareilles lemecs.
cV»i soi- même qu'il faut frapper I Gilbert, il fuit mourir...
gilbkr'i. M <«ui ir! Eli bien! soit!
Ru-ALiE. M iis lion ; c'est un crime aussi !... gu bert. Aime» tu mieux que j'en commette lin plu» glalld?
R* «salie. C’*-»t ton dernier mot?
gil: lut. Vivre riche, riche à tout prix, ou mourir...
rosaue, ouvrant la porte. Viens alors !...
nu unit. !.p fleuve? non! pour loi ce serait trop de souffrance .. [.Avec ironie.) J’ai mieux que ça.
(Ebo j>oti*»o le verrou île la porte, il s'éclaire avec le ÜridIimii, et vu chercher dan» l'angle de la haute cheminée, un {façon nflir.)
iosujc. Qu'est -ce que cela?
gilbert. Le plus actif de tous les poisons connus.
Rosalie. Ah!... il lue... tout de suite?,..
ciLntm. Cotnine la foudre.
Rouus, arec un rire forcé. Ah ! tant mieux... mai*, depuis quand doue as-tu re lliroti?
«iumt. Tu sais bien que j'ai étudié la médecine.
ro salie. Mais il y a longtemps?
Gilbert. Oui, c'èst étrange, n’esl-ce pas?... Dans, notre vie d'expédients, j’ai tout vendu, t ntl abandonné... hynaisrc flacon .. Il (n’embarrassait, il m'importunait... vingt f-»i«, j'ai voulu le briser; mais j’éprouvais toujours une s*«ii<le r élance; il semblait s'ace rocher à u>oi . c’était, sans doute, un pressentiment .. (H joiuhv atti» «ur le fuut-i ’.l, Uotaio eu même tempe *'«»t agenouillé pré* «In I ii.| rosalk. Eh bien! donne... car je n'aurais pas le courage de te voir mourir le premier.
(Ou frappe coupa à 1 * porte. Un lemp» de *ilcncc.j
gilbert. On a frappé...
rimvuk. Oui... ( lit écoulent.) Sans doute quelqu’un qui se sera trooqic...
(On frappe de uouvean.)
niM.tir. Non.
rovuje. Yuuvons pas!...
Gilbert. Pourquoi? .. qui sait?...
lll r<TD>.t h» U n on dan» m |*h.I.o, prend le flambcaa et v. ouvrir. Thiilerd parait, d < *t enveloppé d.oi» no man*.«aa qdi lui cache une partie du vuog*.