‹ Le PontRouge melodrame en cinq actes et huit tableauxChapitre 26 sur 62 · MARTIN, GILBERT, PROSPER · texte numérisé non relu

MARTIN, GILBERT, PROSPER

martin, <i Gilbert. Monsieur, v'Ià un monsieur qui voudrait parler à monsieur.

Gilbert, étonné et un peu inquiet. Ab ! soo nom ?

prosper, se retournant. Fortuné, Félix, Prosper, Leriche.

(Martin sort.)

GILBERT, arec joie. Toi, cher ami? je et croyais à Rouen.

PROSPER. En effet, j’ai habilé trois ans celte cité marécageuse, en qualité de chef d’orchestre au petit théâtre. Mais dans l'intervalle de mes soucis et de me* répétitions...

GiLBLRT. C’est-à-dire, la nuit?

prosper . Précisément. Donc, la nuit j'ai 1 composé un opéra. Je l ui envoyé ici —il a été

reçu.— J'ai passé mon archet à un autre eltnc Voilà, le plus huileux des hommes... et cela, prdif a qui?.. grâce au malheur et surtout à i 'injustice de mes amis.

gilbert. Toujours les paradoxes !

prosper. C'est une t»elle et lionne vérité !.. Si j'avais eu de la fortune, vous n’auriez pas manqué de me proclamer un génie, et je me serais endormi au doux murmure de vos éloges; tandis que, pauvre comme Joli, traité de songe-creux par la plupart d'entre vous, il m’a fallu travailler comme un negre, pour vivre, d'abord, et ensuite pour vous convaincre. Quand i'élais à Rouen, j’entendais là bas les camarades. « Eh bien! ce Mozart, ce Bee- « Üi >ven, le voilà à scier du violon en pro- « vince pour gagner quinze cent» francs par • an... autant vaut scier du bois à Pans — »

Ht mon orgueil s'en indignait, et je redoublais d'énergie, afin de leur prouver que, pour le véritable artiste, l'obstacle est un stimulant et la uiisére un baptême.

gilbert. Enfin tu es heureux?

prosper. Ah! je crois bien ! et toi?

Gilbert. Moi?., moi aussi; car mes affaires ont prospéré, j’ai de l’argent, donc je suis heureux.

prospcr, riant. Tu dis cela comine si tu n'en étais pas bien sûr.

giiblxt. Que veux tu dire?

prosper. Je plaisante. — Ah cà, dis-moi, en entrant j’ai vu ta maison toute bouleversée; — est-ce que tu déménages?

Gilbert. Non ! je donne une petite fête, une soirée musicale, afin de distraire un peu Rosalie;— car depuis quelque temps elle est d'une tristesse...

prosper. Ab!., il parait que pour elle la fortune ne suffit pas...

GILBERT. Elle est toujours malade, un peu de musique lui fera du bien; mais cette soirce s'annonce mal, tout va de travers : plusieurs de mes invités ne peuvent venir : j'espère bien I du moins que ta présence fera compensation.

prosper. Impossible ! je dois conduire ce soir à l'Opera une daine de lues amis, une pianiste des plus distinguées.

gilbert. El pourquoi, au lieu d’aller à l'Opéra, ne viettairais-tu pas ici avec elle? je cherche précisément une maîtresse de piano pour Rosalie.

prosper. Oh! à de telles conditions j'ac :cpte et de grand cœur. Tu peux compter et sur elle et sur moi. (If lui prend le bras et se promène avec lui.) Mais, dis-moi, vais-je retrouver ici beaucoup de nos anciens amis?

gilbert. Quelques-uns : Joseph, Michel, Théodore.

prosper. EtToto? ta sais... Tolo..?

gilbert. Paul llupré ... Oui, il doit venir... prosper. Est-il toujours aussi fureteur et tatillon?..

Gilbert. Il en est insupportable.

prosper. Pourquoi l’as-lu engage ?

gilbert. Le moyen de faire autrement... il a trouvé dans un tiroir la liste de mes invités. prosper. Je le reconnais bien là.

Gilbert. On dirait que ma maison est la sienne; il v entre, il en sort, comme s'il était chez lui. ôu trouver le courage d'indisposer contre soi un homme si bavard et qui connaît Uni de monde. (Bruit de w?«x.) El tiens, justement, le void...

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