SCÈNE VI
GILBERT, ROSALIE
gilrf.rt, après s'être assuré qu'ils sont partis, à Rosal te.) Tu ne pourras donc jamais te défaire de ces airs bouleversés?
rosaue. C’est vrai... mais je n’ai pas été maîtresse de moi.
cilbert. Voyons... qu’est-ce encore? Parle.
rosaub. Tantôt, quand je suis sortie, un homme passait devant la maison, et il a suivi la même route que moi. Je n’y fis pas d'abord grande attention... mais, après avoir passé par plusieurs rues, je le vis encore à la même distance.
Gilbert, l’n hasard, sans doute.
Rosalie. Je le crus d'abord comme toi...
mais il me regardait d'une façon si étrange que je voulus éclaircir mes doutes... Je pris, à dessein, vingt rues différentes ; j'entrai dans dix magasins, où je n’avais que taire... mais je le retrouvais toujours sur mes pas. Et cela a duré plus d'une heure, muii ami. Ah ! j'ai eu bien peur, va, j’ai eu bien peur.
Gilbert. Balh ! o.'est sans doute un flâneur, un monsieur qui suit les femmes...
rosaue. U ne m'a dit un mot.
Gilbert. U aura voulu voir d’abord à qui il avait affaire.
rosalie. J'ai peine & croire...
gilblrt, baissant la voix. Sois donc enfin raisonnable... Tu sais bien que nous n’avons rien à craindre... Je te l'ai démontré mille fnjs.
rosalie. Oui... mais quand on n'a pas la conscience tranquille...
gtlbert. La conscience... les remords... de grands mots vides de sens. L’important, c’est d’être riches , et nous le sommes.
bosaue. Oui... mais si l’on savait...
| gilbebt. Sans doute, mais on ne sait pas.
on ne peut pu savoir; on ne saura jamais- Allons femme, au lieu de nourrir des crainte» chimériques, jouis de la redite. Va te parer | de deiiü Iles et de diamants; et. en se prosternant devant toi, le monde te prouvera que j’ai raison.
rosai.ii:. Oui... oui... j'étais folle ..
gilbert. Allons, va et reviens-moi vite, bien belle et bien gaie, surtout!.., bien gaie.
Rosalie Je tAclicrai.
(Elle entre à gaucho.)