CHAPITRE PREMIER
Le port et le commerce rochelais des origines au début du XVII: Siécle
À l’époque gallo-romaine, on ne connaissait guère comme ports sur la côte atlantique que Nantes et Bordeaux. Située à vingt kilomètres au nord de l'embouchure de la Charente, entourée de marais. La Rochelle est restée longtemps une bourgade isolée, presque sans communication avec l’intérieur du pays auquel ne la reliait aucune grande voie fluviale. Son origine «est ignorée. « Tout est obscurité « pour l’œil de l’historien qui recherche les commencements de cette « ville. Méritait-elle le nom de cité ? Ou n'’était-elle qu’un simple « hameau ou un bourg peu remarquable ? On ne sait ! » (1)
Quoiqu'il en soit la première mention qui en est faite pour signaler son activité commerciale se trouve dans la Charte de la Restauration de l’abbaye de Saint-Michel en 961, où il est parlé de l’ancrage et du lestage des navires dans tous les ports ide Saintonge, de La Rochelle jusqu’à Blaye « a Blaira ad Rupellam usque ».
Le port primitif n’était vraisemblablement qu’un canal vaseux où venaient s’abriter les bâtiments des pêcheurs et des navigateurs. Ceux-ci, primitivement domiciliés au hameau de Cougnes (2), étaient peu à peu venus bâtir leurs demeures au bord de la mer.
En 1127, la destruction par Guillaume X, comte de Poitiers et duc d'Aquitaine, du château fort et de la cité commerçante de Chätelaillon, situés à une dizaine de kilomètres au Sud de La Rochelle
(x) ARCÈRE : histoire de la ville de La Rochelle. (2) Aujourd’hui Cognehors, faubourg de La Rochelle,
vint accroître l'importance de cette dernière débarrassée d’une rivale dangereuse : la ville bénéficia alors d’un fort accroissement de population fourni par les Châtelaillonais fugitifs.
A la fin du XII° siècle apparaît un nouveau port remplaçant le canal primitif devenu insuffisant : c’est le havre d’échouage actuel, protégé par les deux tours qui en défendent l'entrée : la tour de Ia Chaîne édifiée en 1209, et la tour Saint-Nicolas qui date de 1350.
Le développement de La Rochelle est, à cette époque, fort rapide. Au XIII siècle, Nicolas de Braïa la qualifie de « Ville floris- « sante, célèbre dans le monde et puissante par la richesse que lui « apportaient ses vaisseaux ».
En cette période de féodalité où les communications étaient per sûres et les routes terrestres à peu près inexistantes, les transports commerciaux se faisaient presque exclusivement par eau. La situation de La Rochelle sur la « mer Océane » favorisait son commerce d'exportation venu s’adjoindre à l’industrie primitive de la pêche.
Les Rochelais exportaient à peu près uniquement du vin et du se] vers les pays du Nord et les provinces baltiques. Le sol de l’Aunis et de la Saintonge, jurassique, pauvre en terre arable, sablonneux en beaucoup d’endroits, avec le climat tempéré de la région, était propice à la culture de la vigne. Les marais charentais et vendéens permettaient l'établissement sur la côte de nombreux marais salants. Le sel récolté était fort prisé des Hollandais qui s’en servaient pour la conservation ides harengs et « les côtes de l’Aulnis et de la Sain- « tonge étaient presque les seules qui fournissoient autrefois à l’ap- « provisionnement des peuples du Nord » (3).
Les navires rochelais rapportaient en échange le blé que la région ne fournissait pas, car « La Rochelle est située en pays de vignobles « et en lieu où ne croissent aulcuns grains » (4).
Les vins charentais étaient recherchés principalement par les Français du Nord, les Anglais, les Néerlandais et les Hanséates.
(3) ARCÈRE : histoire de la ville de La Rochelle. (4) Ordonnance de Charles VII de 1424,
Dès le XIV° siècle, les Gênois établirent aussi des relations maritimes suivies avec La Rochelle où ils venaient trafiquer des produits méditerranéens.
Pourtant, à partir du XV° siècle, les relations commerciales deviennent plus sûres. Le pays est pacifié et la voie de terre, plus rapide et moins dangereuse, est préférée. Des concurrences nouvelles apparaissent et les débouchés nordiques deviennent instables.
Les guerres de religion sévissent avec intensité à La Rochelle, citadelle du protestantisme. Le siège mis devant la ville par Louis XIII et Richelieu en 1627-1628 interrompt tout trafic. Pour empêcher les communications et le ravitaillement de la ville par mer, Richelieu fait construire dans la baie une digue de 1.500 mètres, dont les vestiges subsistent encore de nos jours. Cette dernière fut après le siège percée d’une brèche de cent mètres de large; malgré tout, l'ouvrage contribua rapidement à l’envasement et au comblement de ja baie, rendant ainsi fort difficile la navigation dans le chenal d'accès.