‹ Le Port de La Rochelle-PalliceChapitre 5 sur 50 · CHAPITRE Il · texte numérisé non relu

CHAPITRE Il

La prospérité rochelaise et le commerce avec le nouveau monde au XVI el au XV IL Siècles

Pendant les guerres de religion l'activité commerciale de La Rochelle avait été pratiquement nulle. Les anciens débouchés vers les pays du Nord se ferment de plus en plus et les Rochelais doivent se tourner vers d’autres activités. De récents voyages d'exploration et de découverte ont fait connaître les richesses du nouveau monde et montré des possibilités de négoce avec ces terres encore mal connues.

Dès 1606, l'avocat parisien Lescarbot signale que les marins rochelais vont à Terre Neuve se livrer à la pêche à la morue et il dit avoir vu « comme une forêt de navires à Chef de Baie, qui s'en « allèrent au grand banc tout d’une volte ». Ce n'était pas là une activité nouvelle pour les Rochelais qui eurent toujours le goût des voyages aventureux. Dès 1402, Jean de Béthencourt, acompagné de deux navires rochelais avait été prendre possession des Canaries au nom du roi de France. meute

Au XVII siècle, les produits coloniaux sont fort recherchés en France, et en particulier les pelieteries de la Nouvelle France et de l’Acadie. En échange, les colonies réclament des produits fabriqués et les marchandises de pacotille nécessaire pour les échanges avec les indigènes.

En 1606, deux négociants rochelais, Georges et Macquin s’associent avec un gentilhomme saintongeais, Pierre du Gua, sieur de Monts, nommé par Henri IV, lieutenant général de l’Acadie pour

l'exploitation du monopole concédé au dit Pierre de Monts pour le commerce des pelleteries et l’exploitation des mines de cuivre et de platine situées entre le 40° et le 46° parallèle.

Après le siège de 1628, des Rochelais vont fonder plusieurs établissements à Saint-Domingue.

Durant tout le cours du XVII° siècle, le commerce avec les pays d'outremer s'organise et se développe. On manque malheureusement de renseignements précis sur cette époque et il n’existe pas dans les archives de statistiques donnant le mouvement du port et le nombre des vaisseaux. Il faudra pour cela attendre la création de la Chambre de Commerce en 1710.

Au début du XVII siècle, La Rochelle bénéficie aussi de la disparition du port militaire et commerçant de Brouage qui, en 1488 comptait une flotte de 80 à roo bâtiments. Complètement ensablé, RBrouage doit être abandonné après 1630. Le port militaire est transféré à Rochefort, fondé par Colbert en 1665, et le trafic commercial se transporte à La Rochelle.

Les grandes expéditions de découverte partent généralement de ce dernier port. D’après Arcère, c’est là que s’embarqua le 24 juillet 1684 Cavelier de la Salle pour aller reconnaître l'embouchure et ie cours du Mississipi.

Le port faillit à nouveau être complètement ruiné à la fin du XVII° siècle. La révocation de l’édit de Nantes en 1685 amena l’émigration en masse des protestants. On estime à 100.000 le nombre des fugitifs originaires de La Rochelle, de l’Aunis et de la Saintonge, soit à peu près un tiers de la population. Les émigrants passèrent, soit en Angleterre et de là en Amérique où il existe encore des traces de leur présence, comme en témoigne la ville de New Rochelle dans l’état de New-York, soit en Hollande et de là en Afrique du Sud.

C’est à la même époque que le Conseil du Roi voulut faire combler le port de La Rochelle qui, non défendu, offrait une base facile pour un débarquement ennemi. Mais les protestations véhémentes des commerçants rochelais empêchèrent d'en arriver à cette extrémité.

Quelques années plus tard le mouvement commercial avait repris plus.actif que jamais : en 1695, 1696, 1698, 1701,. 1703 des flottes entières partent de La Rochelle pour aller trafiquer en Amérique du Nord et au Mississipi. Le o juin 1711, Duguay-Trouin quitte Chef de Baie et fait voile avec toute une flotte pour Rio de Janeiro.

La création de la Chambre de Commerce de La Rochelle donne une grande impulsion au commerce qu elle réorganise et développe.

La Chambre de Commerce prévue par un règlement royal du 21 octobre 1710 est établie définitivement par un règlement royal du 15 juillet 1719 qui lui donne pour armes un navire aux voiles gonflées de vent avec la devise : « Favente ditabo », à sa faveur je m'enrichirai. Primitivement, elle était composée de cinq membres (1).

Avant d'examiner en détail la progression du commerce rochelais au XVIII siècle, il faut voir comment cette prospérité tient à deux causes principales : le commerce est entre les mains des protestants ; le système douanier de l’époque favorise particulièrement La Rochelle.

Depuis la révocation de l’édit de Nantes, il est impossible aux protestants d'acheter une charge ou un office. Seul le commerce reste ouvert à leur activité. Il se forme ainsi de grandes familles de commerçants et d’armateurs qui se succèdent de père en fils et qui atteignent une très grande prospérité. « Ces messieurs des ports des Océans », comme ils étaient appelés à Versailles, siégeaient en corps à la Chambre de Commerce. S’intéressant à toutes les grandes questions économiques du temps, ils acquièrent à La Rochelle une énorme influence et amassent des fortunes considérables.

D'autre part, le régime douanier de l’époque favorise La Rochelle au détriment de Nantes et de Bordeaux. La France du XVIII° siècle, au point de vue des douanes intérieures, est divisée en trois catégories : les provinces réputées étrangères, les pays dits à l'instar

(1) Elle en compte 15 aujourd’hui,

de l’étrangèr, entourés chacun d’une barrière douanière, et la province dite des cinq grosses fermes à l’intérieur de laquelle les marchandises circulent librement. Cette province comprenait tout le Nord de la France au-dessus d’une ligne passant approximativement par La Rochelle et Genève à l'exclusion toutefois de la Bretagne (y compris Nantes), de l’Artois, des Flandres, de l'Alsace, de la Lorraine et de la Franche-Comié. Dans ceite province régnait une union douanière parfaite et tous les pays qu’elle comprenait étaient soumis uniformément aux tarifs de 1664. La Rochelle avait le gros avantage d’être le seul port de cette province sur l’Atlantique.

À la fin du règne de Louis XIV, La Rochelle recevait principalement les marchandises suivantes (2) : en provenance de l'Amérique du Nord, de la morue, du saumon salé, des anguilles, de l'huile de poisson et des pelleteries; des Antilles, du tabac, du cacao, du quinquina, de la vanille, des matières colorantes, des perles, des émerau-

des; du Brésil, du sucre, des bois précieux, du chocolat, des oranges et des citrons; ée la Côte d'Afrique, des cuirs, de l’ivoire, de 1a cire, de la gomme et de la poudre d’or.

En échange, les Rochelais exportaient surtout ce qui était nécessaire pour le ravitaillement des îles. Savary dans son « Parfait Négociant » (3) énumère les marchandises qui composent la cargaison du navire. « Les marchandises dont on compose ordinairement une car- « gaison pour les dites îles, supposé que le vaisseau parte de La « Rochelle où de Bordeaux, sont du bœuf et lard salé, farine, eau- « de-vie, vins de La Rochelle et de Bordeaux ou de Madère si l’on « y passe, morues, harengs, huiles d'olive, fromages, beurres, savons, « fer, toiles, chaudières et autres sortes de marchandises de mercerie « et quincaillerie ».

. Les Rochelais ne se contentent pas de trafiquer simplement avec

(2) Liste dressée par DE VAUX DE FOLETIER dans l'Histoire d’Aunis et de Saintonge. (3) Cité par ROBERT : le commerce rochelais et les Antilles pendant le XVII siècle.

les îles : ils y fondent aussi de nombreux établissements, en particulier à Saint-Domingue comme le constate un rapport de la Chambre de Commerce de La Rochelle (4) « que l’on suive l’histoire de l’éta- « blissement de nos colonies, partout l’on verra les Rochelais ouvrir « Ja route et la tracer aux autres places. Nulle part on ne verra avec « plus d'énergie cette ambition qui sait également s'élever au-dessus « des dangers et les surmonter ».

Le développement de la flotte marchande suit parallèlement l’accroissement du commerce. Alors qu’en 1718, La Rochelle ne compte que 52 navires d’un tonnage allant de 70 à 300 tonneaux en 1751, elle en a 118 qui jaugent ensemble 26.090 tonneaux. Des lettres patentes de 1717 et 1721 donnent le monopole du trafic des îles à un petit nombre de ports français dont .La Rochelle. Des lettres patentes en forme d’édit d'août 1717 donnent à ce dernier port le droit de faire seul pendant vingt-cinq ans le commerce avec la Louisiane. C’est aussi le port de débarquement en France de la Compagnie du Castor qui reçoit en exclusivité les peaux de castor du Canada préparées par les habitants.

349 navires sont, de 1739 à 1792, armés pour le commerce des esclaves.

Les statistiques établies par la Chambre de Commerce depuis 1718 montrent l'accroissement continuel du trafic (5).

En 1718, trafic : avec l’étranger (valeur en livres) :

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