CONCLUSION
Il n'y a pas de Port de Paris. Pour autant, du moins, que cette expression évoque l'image d'une suite continue de bassins où grouillent des navires et des barques, avec une ceinture de quais d'où surgissent bigues, grues, élévateurs, bordés de docks et entrepôts. Résultat des circonstances variées d'une longue histoire, ce qu'on appelle le port de Paris rassemble sous un même vocable des ports dispersés, reliés par le fleuve, par des canaux. Et l'administration même, si divisée, semble vouloir rendre insaisissable une unité tant recherchée. Et pourtant des conditions naturelles particulièrement heureuses ont permis que, en plein continent, Paris devint le centre d'un commerce par eau que les ports maritimes pourraient envier. Et pourtant, aujourd'hui, plus que jamais, l'agglomération parisienne, fille du port fluvial dont elle assure la valeur, réclame le secours de ce magnifique réseau dont la Seine demeure la reine incontestée.
Il n'y a pas de Port de Paris. Mais il peut être demain. Le cadre est tout près, le trafic assuré. Une centralisation réelle des services trop distingués les uns des autres, une réorganisation administrative qui, brisant les chaînes du servage imposé par les limites dé-
partemen taies, trace au port de Paris des limites imposées par la géographie économlique et les conditions actuelles, une activité méthodique qui dote le port ainsi conçu d'un outillage convenable et effectue au plus tôt les grands travaux indispensables, les aménagements nécessaires à Bonneuil, Pantin, Gennevilliers, la création du canal d'Epinay à l'Oise et ensuite le canal Paris-Diepppe, une organisation commerciale plus moderne soit qu'il s'agisse des affrètements, soit qu'il s'agisse du matériel, l'élaboration enfin de tarifs mixtes qui transforme en aide réciproque et fructueuse l'antique rivalité entre voie d'eau et voie de fer ; autant de problèmes qui peuvent et doivent être résolus aisément, rapidement. L'esssentiel est de vouloir, car les projets, les études sont légion et la cause dès longtemps est plaidée. Il serait désastreux de remettra encore le prononcé du jugement.
Car s'il n'y a pas encore, au sens propre du terme, un port de Paris, si la nature et les circonstances historiques dispersent ses différents organes, du moins ces organes existent, bien vivants, prometteurs d'avenir. Dans les limites que l'on s'est tracées ici, les i6 millions de tonnes de 1 91 3, les 9 millions de tonnes de 1918, qui révèlent une activité considérable, prouvent que le port de Paris est capable de vivre et de prospérer.
La dispersion même du réseau, fleuve et canaux, qui parcourt l'agglomération parisienne, comme circule la sève dans un arbre touffu, favorise plus le commerce que ne pourrait le faire une gare unique, lointaine de bien des centres d'appel. Mais ce réseau devrait être amélioré, de dimensions plus uniformes et surtout soumis à une impulsion unique.
Et c'est précisément, parce que, tel quel, malgré ses imperfections « historiques » et « administratives » ce que nous appelons le port de Paris joue, dans la vie de la capitale, dans la vie de la France, un rôle si important, assure un trafic si considérable, qu'il convenait, semble-t-il, de rappeler les améliorations souhaitables capables de mettre l'outil au niveau de sa besogne. Puisque, en ce moment même, de sérieux efforts sont entrepris pour obtenir enfin la réalisation des aménagements et travaux nécessaires, il serait bon que l'opinion publique, une fois de plus avertie, soutint efficacement les bons citoyens qui voudraient que la voie unique, si belle, qui roule de la Bastille vers l'Arc de Triomphe les flots d'une magnifique histoire, devienne aussi vraiment l'artère vivifiante du premier port de France.