L-'oûts champêtres était modiste il me semble
([ue j'en avais d('jà connu i\o<, modistes, ou. je dois
/,,■( inlic royrireufiO du Dey iPAlqor
(':i avoir connu l'avais rencontre Zclio nn
jour (lo giboulées, ollo était on dérouto, la pauvre enfant, la bourrasque lui enlevait son chapeau, son carton de modes, et lui soulevait les jupes avec toute l'inconvenance que peuvent y mettre des zé-
Porijnisilion--
pliyrs en i,^aîté. Mon intervention la sauva du désastre, je lui ollris d'abord mon parapluie et mon bras... Comment, après avoir prusieurs fois cavalcade dans les bois de Montmorency avec la petite modiste, me retrouvai -je un jour dans les mêmes bois avec M'"'' riortensc. sa patronne, assise sur le mémo âne':' ("est assez simple; en allant certains soirs prendre
Zolio à son maçfasin, je romarqiiai la patronne, bcaiitô brune en plein épanouissement, et la patronne me remarqua. Il n'y a dans cet aveu aucune fatuité de ma part, elle me remarqua et l'impression que je lis sur son esprit ne fut pas désagréable puisque trois semaines après notre première entrevue, comme je tombais un soir à ses genoux, — le magasin était vide, j'avais vu partir ces demoiselles, — elle se laissa choir dans mes bras.
Aimable, gracieuse, gaie, spirituelle, ma modiste possède bien des qualités, mais elle est possédée par un terrible défaut. De toutes les jalouses que jai connues, c'est bien la plus ennuyeuse dans ses accès, — à part Constance qui était vraiment exceplionnelle sous ce rapport. — Je ne suis pourtant pas jaloux de son passé, je ne lui parle jamais de son mari, parti sans donner d'adresse, paraît-il, mais elle no peut pas me laisser tranquille. Elle opère des fouilles dans mes tiroirs, elle bouleverse mes papiers de famille et met à sac les pauvres paquets de lettres d'autrefois. Un jour, elle a mis la main sur les lettres d'I'^lodie. 1808! I^llc m'a regardé.
— Parbleu ! ai-je dit, j'étais au collège en 1808, j'ai hérité ces lettres d'un oncle mauvais sujet!...
Les lettres d'Élodie étaient sauvées ! Si elle s'était doutée de mes ])romenades avec Zélie, sans nul doute elle m'eùr arraché les yeux !
Quelque temps après, à tous mes défauts s'aj )uta la gourmandise.
Jamais auparavant je n";i\nis culri\é c-o y\co-
la tabl(^ cola m'était bien égal !
Certainement je n'étais pas une mauvaise fourchette, j'avais bon pied, bon œil et bon appétit, je ne dédaignais pas un ])lat réussi et je dégustais avee plaisir un vin aimable, mais je n'accordais pas aux satisfactions d(^ l'estomac une iin])ortance exceptionnelle. A cette époque de ma vie, le cœur se fit complice de l'estomac. Celle ([ue j'aimais alors aimait les bonnes choses et commença mon éducation de gourmet. Elle me fit changer de cuisinière et ne dédaigna pas de mettre parfois ses belles mains à la pâte. Quels repas! J'étais riche, Mvec mes 7,500 fr. de rente, je pouvais m'adoiuier à la gastronomie.
Je veux passer rapidement sur quelques menues distractions et sur certaines figures agréables qiii embellirent mes jours de 1837 à 1839, pour en arriver à mes deux, non pas dernières, mais avant-dernières folies! Elles furent assez bien remplies, ces années ([ui me séparaient de l'an 40, dont je ne me moquais pas, moi, du redoutable an 40 qui devait me donner... brrr... la soixantaine! Ces années furent consacrées aux nrts, la gastronomie d'abord, — j'y avais pris '.soùi. — puis In musique, la peinture et la danse, Je
Ella aimait les bonnes choses.
donnai dos leçons de peinture ;\ nne dame qni se montra reconnaissante; tontes les romances composées dans le cours de ma vie en l'honneur de nombreuses belles, je les chantai à une autre dame qui les prit pour elle. Je ne connaissais pas une note de musique, mais je chantais agréablement. Que de duos' Quant à la danse, elle fut représentée dans ma vie par une demoiselle du corps de ballet, mon Dieu, oui, une danseuse sans engagement, paroissienne de Sainte- Lorette, vive, enjouée, légère, oh ! légère surtout, car elle disparaissait par moments sans laisser de traces, à croire que dans un entrechat trop vif elle s'était accrochée à quelque nuage passant, et elle revenait aussi soudainement quinze jours ou trois semaines après, saub prévenir comme si, de son nuage, elle retombait sur ses pointes.
J'en arrive à mes
deux avant-dernières lo-
1 i e s. L'antépénultième
était bas-bleu !
La littérature manifuait
/'.D'oi.s.s/c/v)//-' lit' Sninlr>-Lorr;lh
<iiui^ ma vio. Grands l)icux! quelle consommation d'encre, ([ucllc tourmente épistolaire! Des lettres, des billets, des mots, c'est-à-dire quinze pages, huit pages, quatre pages! de l'amour, des larmes, des désespoirs — à propos de bottes! — Sommé de répondre, j'aurais avec elle dépensé ma cervelle et mon cœur en phrases brûlantes et mangé mes rentes en ports de lettres.
Je lus lâche, je m'enfuis à la campagne et pour retremper mon âme épuisée par les transports épistblaires, je fis de longues courses à cheval, j'essayai de redevenir hussard.
Ce fut au cours de ces promenades équestres que je connus mon avant-dernière folie. Tous les jours je ])assais devant sa terrasse et je la voyais assise coiiïem])lant l'horizon et le cavalier qui passait de ses yeux mélancoliques. Je la rencontrai chez des amis et je pus hii ex])rimer ma sympathie. La malheureuse, elle
était mariée à un ])rosaïï[uc député, ancien avoué
La sympathie ])0ur son malheur m'entraîna un peu loin:
quinze jours après, la pauvre âme incomprise, suspendue à mon cou, exigeait que je l'enlevasse! Italie!
Italie ! Une chaumière au bord d'un lac!
Amour éternel! Azur partout ! Quelle gloire pour un homme de mon âge ! Ah ! si j'avais on quinze ans de moins! Mais de Tân- '/lon hussard, hélas'.
il ne restait ([lie le ehe\;ill i'oiir eiiliuei' la pauvre • •nra'.il, je pj'is un ])arti liéi'oï(|U(! : ^— Auge adorée! ju'éci'iai-je. j'ai ('iii(|ua!ite-ii(Mir ans! l-ille' poussa un ci'i (riiorrciir et s'(''\anouit.
Au niènic instant je ressenlio une Muleute atta(pi<' (le i'huinalisine.
La PeintiU'c.
Regrclt;
L' Expiation
BalicL Taupiii ciUrc dans ma vie. J'ai soixante ans! Un lait do poule et mon bonnet de nuit. Dérange i* l'a dit. voilà tout ce qu'il me faut désormais!
« 0 Tonps, sa-^pends ton vol! )>
Je proteste, j'ai des velléités de révolte, mon cœur est encore jeune, ventrebleu!
Babet n'est pas ma dernière folie, elle est .ma première bêtise. Babet n'a rpie trente-cinq ans. elle est douillette, grasse; le jour où elle débarque chez moi, douce, timide, avec de grands anneaux aux oreilles et le bonnet de sa province sur ses yeux ]>udiquemciit baissés, je la trouve gentille. C'est bien la gouvernante qu'il faut à un jeune vieux garçon • ommemoi, 1-llle e-t mariée. Elle a eu des malheurs, <•(' scélérai. d»' 'laiipiii la battait... horrible' horrible! Je ne rniiiiireuai^, pa.^ Taui)in alor,>!
rremiere tran.'-f >rmation , peu à peu Babet de\iem
Un lait de poule cl son bonnet de nuil.
moins tiniidc. ses yeux se relèvent, son nez prend des mines de petit effronté. Pauvre Taii- ])in!... Bah! puisqu'il la battait!
\'ais-je avoir des scrupules pour Taupin, pour ce brutal?...
Deuxième transformation, Babet devient tout à fait familière.
Troisième transformation , Ba- J)et devient autoritaire. Puisqu'elle est gouvernante, elle doit tenir les rênes du gouvernement. Et elle les saisit d'une main ferme. Je n'ai pour échapper à Babet d'autre ressource ([ue le mariage. Mes vieilles idées matrimoniales me reviennent, il est encore temps de me ranger, comme on dit. Justement une jeune et aimable veuve de mes connaissances ferait bien mon affaire, elle a
trente-six ans, nos âges sont en rapport. Malgré les scènes avec Babet, je fais ma cour, je lui conviens à n'en pas douter, elle se laisse embrasser la main et sourit âmes galanteries respectueuses.
Sans nul- doute ma demande sera bien accueillie, je puis la risquer. Je la risque ! Patatras ! Ballet a fait des siennes ! J'aurais dû m'i'n donlor à Sf^s soui'i- Lid'CL dcilcni fm-nix.-. i 0-. d -û tianquillitc.
L'expialion. — Dahct Tuupin 1840.
Qu'a-t-elle pu raconter, inventer? De mes rhumatismes, gagnés au service de la France quand j'étais hussard, elle a fait je ne sais quoi, des montagnes! Elle m'a peint en valétudinaire! En cacochyme ! en podagre ! .. . Et celle que je considérais déjà comme ma fiancée, me répond par une lettre dans laquelle, sans périphrases, elle m'envoie prendre mes invalides ailleurs ! Mes invalides à 61 ans et demi !
Et voilà comment je ne pus mener à bonne fin ma dernière folie! Mon énergie m'abandonna. Babet reprit son sceptre. J'allais expier toutes mes vieilles fautes! Je commençai la série de mes testaments, léguant à Babet d'abord 600 livres de rente viagère, puis 800, puis 1,030, puis 1,200. En 1850, j'en étais à trois mille.
Un lait de poule et mon bonnet de nuit ! Je n'étais plus fringant du tout. Babet devenait une grosse bourgeoise portant châle et chapeau. Son nez n'avait
plus la gentillesse de 1840 et son caractère s'aigrissait de plus en plus. 0 Taupin, tu avais pris le parti le plus sage, tu l'avais plantée là jadis! Moi je ne pouvais pas; à soixantequinze ans passés, on n'aime pas les scènes. Et puis était-ce bien la peine de lutter pour les quelques jours qui me restaient à vivre? car je comptais bien que mes rhumatismes et mes ennuis allaient abréger mes jours et je me préparais à
Dabcl se transforme.
— salaire bonne mine au nautonier Caron, comme on disait dans mon temps. Les années passèrent et, à mon grand étonnement, je durais toujours. Je
Dernières velléités matrimo7iiales.
reverdissais même pendant que Babet grossissait et s'alourdissait. Par mon testament de 1860, je lui léguai cinq mille francs de rente viagère, je ne lésinais plus, un vague espoir venait de naître dans mon
cœur, l'espoir d'enterrer Babet. Hé, hé ! une bonne farce à lui faire! Avec une volonté ferme, avec de la ténacité je pouvais y arriver. La gaîté revint, ma vie avait un but !
Comme tout changeait autour de moi, les gouvernements, les gens, les mœurs, Babet et tout ! Retiré à la campagne dans le village de Belleville, en 1840. j'avais vu la ville me gagner et enfermer peu à peu mon jardin plein de roses dans une ceinture de maisons; il poussait des cheminées oîi j'avais vu pousser du blé ; à la place des vignes qui donnaient de la
Les scènes de Dabet.
I)i<|uettc pour les cabarets de la barrière, je voyais de laides bâtisses ou des usines. Plus de poésie dans ce triste monde, plus beaucoup d'amour peut-être, ce sentiment doit s'être transformé lui aussi , plus de galanterie, de la grossièreté! plus rien! Comme les femmes doivent être malheureuses! je suis certain (pi'en ce siècle plein de prosaïsme, on ne voit plus aucune jeune fille s'engager par amour dans les luissards!
Babet continuait à se transformer, elle devenait monstrueuse; dans le quartier elle était très considérée, c'était Madame Taupin, « une cligne parente qui se dévoue à soigner ce vieux M. Aubespin de Saint- Ainour !...)) J'avais parlé de la faire ma légataire
universelle et elle ne inc pressait nullement de porter ces nouvelles dispositions sur papier timbré. Elle me regardait d'un œil inquiet, évidemment elle commençait à craindre de partir avant moi, le vieux qui n'avait plus d'âge. Je savourais ses frémissements et ses inquiétudes, c'était ma vengeance!...
Et pendant cette longue, longue période, pendant ces années que je m'obstine à vivre pour e.muyer Babet, mon seul bonheur, bonheur doux et amer, est de m'éloigner de ce monde nouveau que j'ignore, où personne ne me connaît plus et ne m'aime plus, et de retourner en arrière dans l'ancien monde disparu, de m'enfoncer dans mes souvenirs, de passer la revue des joies du passé. Celles que j'ai aimées, — et qui me l'ont un peu rendu. — je les aime encore, rétrospectivement, hélas! je fais plus que les aimer, je leur voue un culte! Il me semble que je ne les ai pas chéries, adorées...
Comme je voudrais pouvoir ressaisir quelques heures de ce passé si lointain pour leur dire des choses que je dois avoir oublié de leur dire et qui me reviennent maintenant!... Et j'ai eu des torts aussi que je voudrais bien réparer... et j'ai des explications que je voudrais bien donner... O vous les belles volages qui m'avez trompé jadis, il y a longtemps que je vous ai pardonné, vous êtes là comme
Dabct grosse boanjaolse.
suffisamm :^nt appréciées,
Réminiscences .
les antres devant moi, fantômes chéris, et je vous aime tout autant...
Hélas! sourires féminins, rayons d'un soleil disparu qui n'illuminerez plus ma vie, c'est fini, vous ne flamberez plus pour moi, le vieux centenaire, dans ce monde-ci du moins. Il n'y a plus que Babet et Babet ne sourit pas.
L'expiation. — Babet Taupin 1S80.
Que dis-je, Babet! La voilà partie à son tour! Maintenant mon obstination n'a plus aucun motif et je serais impardonnable de rester plus longtemps, je dois paraître indiscret ! Je dbis m'en aller. Voyons Talmanach, ce carton cruel que je cache dès que le facteur me l'a donné avec ses souhaits, — c'est d'ailleurs la seule chose qu'il m'apporte puisque personne ne peut plus m'écrire. Voyons, en quelle année sommes-nous au juste? Ciel! mais je vais avoir cent un ans dans quelques jours!...
Encore quelques journées de patience, au plus quelques semaines à user dans la contemplation de mes portraits aimés... Vous reverrai-je là-haut, chères aimées, fidèles ou volages? Qui sait? Le premier mome:it sera gênant, mais après une explication franche, j'ose espérer que tout s'arrangera, que Babet ne sera pas là et que vous me sourirez ■encore !
Dernière passion.