JANE GRE Y
Roger Osliam, ayant un jour rendu visite à l'aimable et infortunée Jane Grey , la trouva occupée à lire Platon , tandis que le reste de sa famille était à la chasse. Il parut étonné qu'elle choisît des lectures aussi sérieuses. « Mon Dieu , répondit-elle, je préfère Platon à tous les divertissements. Ah! ceux qui préfèrent la chasse ignorent les véritables plaisirs. »
Elle eut le malheur d'accepter la couronne d'Angleterre, qu'Edouard VI lui avait léguée par testament. Elle et lord Guilford furent les victimes de la sanguinaire Marie. Le jour de son exécution, son mari demanda à la voir ; mais elle ne voulut point y consentir. Elle lui fît dire qu'elle craignait pour le courage de tous les deux le moment de la séparation.
« Bientôt, ajoutait-elle, nous serons réunis dans un séjour d'où n'approcheront ja-
mais la mort et toutes les misères de l'humanité. » La reine avait voulu qu'on exéeutât Jane Grey et sou mari devant la tour ; mais le conseil, craignant que la jeunesse de Jane , sa beauté et son innocence , ne soulevassent le peuple en sa faveur, décida que le supplice aurait lieu dans l'enceinte de la prison. D'une fenêtre où elle se trouvait, elle vit son mari marcher à l'échafaud , et lui fit de la main un signe d'adieu ; puis elle attendit tranquillement l'heure de la mort. On rapportait le corps sanglant de lord Guilford ; elle l'aperçut , et, loin que ce triste spectacle ébranlât sa constance , elle sentit redoubler son courage lorsqu'elle apprit la force d'âme qu'il venait de montrer à ses derniers instants. Même sur l'échafaud, elle n'eut pas un moment de faiblesse. Ceux qui l'entouraient ne pouvaient retenir leurs larmes ; elle leur parla avec une sérénité admirable. Au moment où la hache fatale tomba sur sa tête , les derniers mots qu'elle
prononça furent : « Seigneur , je remets
mon âme entre vos mains. »
Ainsi périt , à l'âge de dix-huit ans , une femme charmante , remarquable par la simplicité de ses manières, la pureté de ses mœurs, et l'étendue de son savoir.
Comme l'a dit Fuller : « Elle réunissait l'innocence du premier âge à la beauté de la jeunesse, l'activité de l'âge mûr à la gravité de la vieillesse. D'une naissance royale , elle possédait le savoir d'un théologien, et vivait comme une sainte; elle mourut de la mort des malfaiteurs, poulies fautes de ses proches. »
On trouva sur la muraille de sa prison ces vers latins qu'elle avait écrits avec la pointe d'une épingle :
Non aliéna putes, hominiquœ obtingerepossunt -7 Sors hodierna mihi , cras erit illa tibi. Jane Grey.
Ne croyez pas que la mort vous soit plus étrar-
LES FEMMES. 1 o3
gère qu'à moi : aujourd'hui c'est mon tour , demain ce sera le vôtre.