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PENDANT LA TERREUR

On ne saurait penser sans attendrisse-' ment et sans admiration à la conduite des femmes à l'époque de la terreur. Dans toutes les villes où l'on emprisonna , où l'on égorgea , il n'est pas de périls que les femmes ne bravèrent , pas de sollicitations qu'elles ne firent , pas de sacrifices qu'elles ne s'imposèrent pour sauver, voir ou consoler les objets de leurs affections; et plus d'une fois , lorsqu'elles ne purent ni obtenir leur liberté ni les arracher à la mort, elles partagèrent volontairement leur captivité et leur supplice. C'est un devoir de signaler le nom de quelques unes de ceshéroïnes à l'admiration des siècles.

Madame Lefort, dans un des départements de l'Ouest , tremblait pour son ma'

ri, incarcéré comme conspirateur. Elle acheta la permission de le voir. An déclin du jour, elle vole le trouver ; elle obtient de lui qu'ils changeront d'habillements, et qu'il sortira de la prison , en l'y laissant à sa place. On ne découvrit que le lendemain sa pieuse supercherie. « Malheureuse, qu'avez-vons fait? lui dit nn représentant. — Mon devoir , répond-elle , fais le tien, »

On n'oubliera jamais la conduite de la princesse de Monaco, le matin de son exécution. Une demi-heure avant le fatal moment , elle avait cherché à se procurer une paire de ciseaux pour se couper les cheveux ; enfin elle brisa une vitre de la fenêtre , et avec un morceau de verre se dépouilla de sa chevelure, qu'elle confia à un ami pour remettre à ses enfants; elle prit ensuite un pot de rouge et eut soin de s'en mettre assez pour que la populace ne pût s'apercevoir de sa pâleur, si elle avait un instant de faiblesse.

LES FEMMES. lo5

La célèbre madame Roland montra encore un plus grand courage. Conduite à l'échafaud avec un homme qui tremblait aux approches de la mort, elle chercha à ranimer ses esprits abattus ; mais , arrivée au pied de la fatale machine, elle vit bien qu'il ne pourrait contempler de sang-froid le spectacle de son exécution ; elle l'invita à monter le premier. « Monsieur , ajouta-t-elle, vous êtes trop bien élevé pour refuser la dernière demande d'une dame. »

Madame Davaux suivit de sa propre volonté son mari , qu'on transférait à la Conciergerie. Enfermée avec lui dans un cachot, elle n'en sortit que pour l'accompagner à l'échafaud.

Madame Lavergne, femme du commandant de Longwy, éleva pour lui la voix au tribunal révolutionnaire lorsqu'il y fut interrogé sur la reddition de cette place. Effort impuissant! sa sentence fut prononcée devant elle. Elle n'écoute plus

que le désespoir. Il suffisait de proférer le cri de Vive le roi! pour être immolé : elle en fit retentir la salle. En vain les juges voulurent la regarder comme aliénée :

elle s'obstina à répéter ce cri jusqu'à qu'elle obtint un arrêt de mort.

On avait conduit le maréchal de Mouchyj au Luxembourg. A peine y était-il que sa femme s'y rend. On lui représente que l'acte d'arrestation ne fait nullement mention d'elle. « Puisque mon mari est atTeté , je le suis aussi. » Il est traduit au tribunal révolutionnaire; elle l'y accompagne. L'accusateur public l'avertit que l'on ne l'a point mandée. « Puisque mon mari est viande, répond-elle, je le suis aussi. » Il reçoit son arrêt de mort ; elle monte avec lui dans la fatale charrette. Le bourreau lui dit qu'elle n'est point condamnée. « Puisque mon mari est condamné , je le suis aussi , » telle fut son unique réponse.

La tendresse fraternelle inspira des sa-

crifices dignes d'être placés à côté de ceux de l'amour conjugal.

Mademoiselle Maillé , détenue rue de Sèvres , s'immola pour sa belle-sœur, en se présentant pour subir la condamnation qui pesait sur la tête de la femme de son frère.

Madame Elisabeth , qui était restée en France pour mourir avec son frère et son roi, conserva en marchant à la mort les vertus qui avaient rempli sa vie. Dans la voiture qui la menait au supplice , son fichu tomba. « Au nom de la pudeur, dit-elle au bourreau, couvrez-moi le se ùi. » Si on ajoute à ce mot sublime la réponse de la reine aux juges qui l'accusaient d'avoir corrompu son fils , « J'en appelle à toutes les mères, et le courage de cette princesse sur l'échafaud , on aura une idée de cette époque extraordinaire en grandes vertus , en grands crimes , ' en victoires et en erreurs; de cette époque où les plus nobles sacrifices du patriotisme

étaient à côté des excès de la licence et de

la barbarie.

Faut-il rappeler encore cette pieuse fille de Lyon qui suppliait les juges de la faire fusiller avec ses frères ; mademoiselle Dclleglace, qui suivit à pied le chariot qui transportait son père de Lyon à la Conciergerie de Paris, mendiant dans chaque ville des aliments , vêtue d'une couverture pour l'empêcher de mourir de faim et de froid ; mademoiselle de Larochefoucauld, qui déroba l'auteur de ses jours au supplice, après la guerre de la Vendée, et trouva dans un général républicain un protecteur généreux qui n'avait point oublié qu'où le malheur commence , la patrie ne doit plus faire de distinction des partis ; cette jeune Bois-Béranger , qui se plaignait de ne pas mourir avec sa famille , qui reçut son arrêt comme une heureuse nouvelle, et marcha à l'échafaud comme à une fête j et mademoiselle de Sombreuil buvant du sang pour obtenir la vie de sou

père ; et madame Rosambo, qui lui adressait ces belles paroles eu marchant au suppliceavcc le vénérable Malesherbes v.Vous avez eu la gloire de sauver votre père, moi j'ai la consolation de mourir avec le mie 7i. »

Dans ce temps-là l'héroïsme était de toutes les classes comme de tous les partis. Lanjuinais est sauvé par la femme de chambre de sa mère. Marie, servant dans une maison d'arrêt à Bordeaux , expose sa tête en facilitant l'évasion de deux captifs. Madame Payssac offre une asyle à Rabaut Saint-Etienne, et, découverte avec lui, le suit à l'échafaud. « Je suis hors la loi! dit Condorcet à une femme qui voulait le cacher. Suis-je hot~s l'humanité , répondelle?

A aucune autre époque de l'histoire les femmes n'avaient montré tant de vertus j à aucune autre époque de l'histoire on n'avait vu les épouses, les mères , les filles, accomplir avec tant de courage de si novi. 10

I)les sacrifices. Sans perdre les douces vérins de leur sexe , elles avaient pris les vertus plus mâles du nôtre. Des femmes élevées dans toutes les jouissances du luxe et les délicatesses de la cour semblaient s'être faites au lit de paille , aux exhalaisons fétides des cachots! Des femmes habituées à s'évanouir au mouvement trop précipité d'une voiture , à l'accident le plus léger, le moins terrible , voyaient d'un œil serein les apprêts du supplice ; et, sans que leur figure fût plus pâle , sans que leur cœur battît plus vite , elles tendaient la tête aux bourreaux.

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