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LES DAMES DE LA VALLÉE DE LLANGOLLEN

On a peut-être entendu parler des célèbres solitaires de la vallée de Llangollen.

« Quoiqu'elles ne se soient pas absentées plus de trente heures , dit miss Se-

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ward, depuis que, dans la fleur de la jeunesse , elles se retirèrent dans cet asyle , jamais pendant les longues soirées et les froides journées d'hiver elles n'éprouvèrent un moment d'ennui ou le moindre désir de revoir le monde. Vous vous rappelez , dit le même écrivain dans une de ses lettres , du compliment que fit M. Hayley à l'aimable peintre en miniature Myers :

« Son magique pinceau , dans un étroit espace , a Semble multiplier la grâce et la beauté. »

« On peut dire la même chose du talent et du goût qui transformèrent une petite cabane et un champ de quatre arpents en un palais de fées, au milieu des bosquets de Calypso.

« La maison est distribuée en quatre petits appartements. L'extrême propreté de la cuisine et de ses ustensiles ne le cède qu'à la parfaite élégance de la petite salle à manger. A côté est la bibliothèque, d'uiv.

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genre plus grave et plus sévère. Cette salle est ornée dans le style gothique ; la porte et les grandes fenêtres à vitres peintes oifrent le même ordre d'architecture. Les amies ont inventé une lanterne à prisme qui éclaire l'entrée. Une harpe éolienne est placée sur une des fenêtres : on l'ouvre dès que le vent est favorahle , et cet instrument règle ses modulations d'après le murmure des airs.

« Le salon de Minerve renferme les plus belles éditions des meilleurs auteurs , en prose et en vers , de l'Angleterre , de la France et de l'Italie. Au-dessus on voit des portraits en miniature et des tableaux représentant les personnages que leur amitié rendit célèbres, tels que Thésée et Pirithoiis, David et Jonathas. Entre le portrait de lady Bradfort et la cheminée , on remarque de superbes médaillons offerts aux dames de la vallée de Llangollen par madame de Genlis. Ils représentent cette dernière et sa pupille Paméla. Au milieu

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d'elles on a placé une guirlande de fleurs cueillies dans le jardin par lady Eléonore , et offertes à madame de Genlis.

« L'étable, où il y a de la place pour une vache, n'est pas la partie la moins curieuse du petit établissement. On y arrive par une allée courte et rapide. Les ustensiles en sont d'une propreté remarquable. Au milieu est une petite barette avec laquelle elles peuvent battre une demi-livre de beurre pour leur déjeuner, sans aucun travail manuel.

« On éprouve une certaine émotion en entrant dans la petite bibliothèque, quand la lumière de la lanterne à prisme dissipe à peine les ténèbres de la nuit. On aperçoit de la fenêtre la prairie couverte des ombres du soir. La vue se repose sur des bois de cyprès , de yeuses et de lilas. An moment où je contemplais cette scène champêtre, l'étoile du soir s'éleva derrière la montagne , et la harpe éolienue fit entendre des accords d'une harmonie sau-

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vage, comme pour célébrer ce moment

solennel.

« Vous vous attendez à ce que je dise un mot des enchanteresses dont la baguette magique a produit tant de merveilles. Lady Eléonore est d'une taille moyenne ; elle a la figure ronde , le teint blanc , et les couleurs de la santé. Elle n'a pas de beaux traits, mais ils sont agréables. Ses yeux ont quelque chose d'inspiré; son sourire est bienveillant. Elle possède une mémoire extraordinaire , un goût très vif pour les ouvrages d'imagination , et surtout pour la poésie 'y elle exprime tout ce qu'elle éprouve avec une naïve ardeur qui étonne les esprits froids. Ces dames lisent et parlent la plupart des langues modernes ; elles ont la plus grande admiration pour la poésie italienne, surtout pour celle du Dante.

« Miss Ponsonby a beaucoup de grâce dans le maintien ; son abord aimable prévient en sa faveur, et sa voix est douce et basse. La forme de sa figure est un peu

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longue 5 son teint est lisse , mais sans fraîcheur ; sa physionomie mélancolique inspire un intérêt tout particulier. S'il n'y a point de beauté dans ses traits, on y remarque une certaine douceur féminine. On découvre , sous le voile de modestie qui cache ses talents et son esprit , un mérite qui n'est pas inférieur à celui de sa charmante amie lady Eléonore. »

Un autre écrivain , miss Hutton , qui a visité Llangollen en 1816, donne de nouveaux détails sur les amies solitaires.

« D'après ce que j'ai entendu dire , les dames de la vallée de Llangollen sont issues d'une famille noble d'Irlande. Renonçant d'un commun accord à la société des hommes , elles se vouèrent une éternelle amitié , abandonnèrent toutes leurs connaissances , et se fixèrent enfin dans le voisinage de Llangollen. La cabane était déjà bâtie ; elles s'y établirent , en payant un loyer de vingt livres sterling j mais elles ont beaucoup dépensé en embellissements..

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L'intérieur est d'une telle élégance , que des femmes seules pouvaient y atteindre. Elles ne reçoivent jamais d'hommes; leurs parents, et leur jardinier, qui est marié , ont seuls accès dans la maison. Elles voient souvent des femmes de leurs amies , et miss Seward fut du nombre j mais jamais elles ne logent personne. Leur domestique est composé de deux servantes , et d'une femme de charge qu'elles ont amenée avec elles. C'est une personne de confiance pour laquelle elles ont la plus haute estime. Elles aiment leur jardin. Il est entretenu avec un soin et une propreté si recherchée, qu'on a été jusqu'à dire qu'on se servait d'un balai de crin pour nettoyer les allées. »

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