LES ALBANAISES
Les Albanaises portent leur dot sur leurs têtes ; leurs bonnets de drap écarlate sont entourés de plusieurs rangs de paras turcs , de piastres et d'autres monnaies; quelquefois des cordons ornés de la même manière fixent le bonnet sovis le menton, et leurs longues tresses flottantes étalent aux regards leur trésor nuptial. Dans les classes riches on remarque, dans la coiffure des femmes, des sequins de Venise entremêlés avec l'argent. On ne saurait s i-
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maginer quelle fatigue supportera une pauvre paysanne pour ajouter un -para à son trésor, quelles privations elle s'imposera plutôt que de le diminuer en rien : toutes les espérances d'établissement dépendent de ce douaire ; la beauté la plus rare , l'attachement le plus vif, ne bâteront pas le jour du mariage ; la coutume veut que Plutus précède l'hymen. Au milieu de ces trésors on voit souvent d'antiques médailles de la Grèce qu'elles ont reçues de leurs amis et de leurs parents, ou qu'elles ont ramassées dans les ruines. Un voyageur n'a pas de meilleur moyeu d'augmenter sa collection que de marchander la coiffure d'une jeune Albanaise ; la somme qu'on lui offre surpasse tellement la valeur intrinsèque de la médaille , qu'elle hésite rarement à conclure le marché. Cependant il arrive quelquefois qu'elle rejette constamment toutes les offres : c'est dans la superstition qu'il faut chercher la raison de cette opiniâtreté. Les Albanaises regardent les lettres gravées sur
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la médaille comme une amulette ou un charme , qui a, ainsi que les lettres éphésiennes de l'antiquité, la puissance de chasser les mauvais esprits et d'écarter les contagions.