AMAZONES
Les vieux historiens donnent pour certaine l'existence d'une nation guerrière composée de femmes qui fondèrent un empire dans l'Asie-Mineure, sur les bords du Thermodon , le long des côtes de la mer Noire. On les appelait Amazones. Elles formaient , dit-on , un état d'où les hommes étaient exclus. Cependant , même dans l'antiquité , on a révoqué en doute l'existence de cette tribu belliqueuse.
On nous représente les Amazones armées d'arcs et de flèches, de javelines et de haches d'une forme particulière , qu'on appelait les haches des Amazones. On cite d'elles de nombreux exploits ; on attribue à leur chef des actions nobles et glorieuses. Elles se montrèrent, dit-on, très formidables , fondèrent des villes , agrandirent leur territoire, et soumirent plusieurs autres nations.
Un grand nombre d'écrivains modernes, entre autres M. Petit, médecin français, prétendent que leur existence est prouvée par le témoignage des historiens de l'antiquité et de médailles dont quelques unes existent encore.
Il est peu probable que des femmes, sans le secours des hommes , aient bâti des villes et les aient gouvernées ; mais il se peut qu'il y ait eu des femmes assez fortes et assez courageuses pour supporter les fatigues de la guerre et en être sorties victorieuses, quoique nos mœurs s'opposent à ce genre de vie. Sans doute on a débité beaucoup de fables sur les Amazones, mais les monuments et les médailles où elles sont représentées se trouvent en si grand nombre, le témoignage des écrivains de l'antiquité a tant de force , qu'on ne saurait rejeter entièrement leur existence.
Des exemples d'héroïsme qui rappellent l'intrépidité des Amazones se rencontrent dans les temps modernes, et la chevalerie,
qui mit à la mode les grandes entreprises et la passion des aventures , inspira aux femmes des goûts semblables. On les vit au milieu des camps et des armées ; elles quittèrent les douces occupations de leur intérieur pour les fatigues et les dangers des combats. Pendant les croisades, animées d'un enthousiasme religieux et guerrier, elles se distinguèrent souvent par des exploits extraordinaires. Elles obtinrent des indulgences sur le champ de bataille , et moururent les armes à la main, à côté de leurs amants et de leurs maris.
Un historien rapporte que, du temps où Lucius Antonius commandait les Romains dans la Bretagne , il demanda de nouveaux secours à Rome. « La hardiesse des ennemis , disait-il dans ses dépêches, ne faisait qu'augmenter • les femmes même s'embarrassaient peu de perdre la vie, pourvu qu'elles ne mourussent pas sans vengeance. » Dans plusieurs combats que les Romains livrèrent aux Bretons, les femmes
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âgées accompagnèrent les hommes sur le champ de bataille, les exhortèrent à combattre vaillamment , et souvent lancèrent des pierres aux ennemis , tandis que les jeunes servaient dans les rangs des guerriers.
Des femmes attaquèrent et défendirent des fortifications ; des princesses commandèrent des armées et gagnèrent des victoires. On se rappelle la célèbre Jeanne de Montfort, qui combattit pour la défense de son duché de Bretagne. On n'a point oublié non plus Marguerite d'Anjou, femme de Henri VI d'Angleterre , dont le génie soutint si long-temps un faible monarque, lui apprit à vaincre, le replaça sur le trône , lui ouvrit deux fois les portes d'une prison , et ne se soumit à la destinée qu'après avoir assisté à douze batailles. L'abbé Arnaud raconte que la comtesse de Belmont suivait son mari à la guerre , et combattait à ses côtés. Elle envoya plusieurs Espagnols qu'elle avait faits
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prisonniers au maréchal de Feuqnières.
Et. ce qu'il y a de remarquable, c'est qu'elle était d'un caractère doux et affable.
Cet esprit guerrier continua à se montrer, parmi les femmes tant que durèrent les siècles de barbarie , où la force décide de tout. Ce fut surtout dans des moments de danger national qu'elles se distinguèrent par un plus grand courage. On se rappelle la valeur dont elles donnèrent des preuves en Hongrie , au quinzième et au seizième siècles , ainsi que dans les îles de l'Archipel et de la Méditerranée , au moment de l'invasion musulmane.